Question de Mme JOUVE Mireille (Bouches-du-Rhône - RDSE) publiée le 12/06/2025

Mme Mireille Jouve appelle l'attention de M. le ministre délégué auprès du ministre de l'Europe et des affaires étrangères, chargé du commerce extérieur et des Français de l'étranger sur les menaces pesant sur la filière viticole après l'annonce par le président américain de nouvelles taxes américaines sur les produits importés. Dans la continuité de cette guerre commerciale, les États-Unis ont réintroduit une nouvelle taxe de 20 %, s'appliquant sur l'ensemble des produits européens, notamment les vins et spiritueux français. Par un executive order du 9 avril 2025, les droits dits réciproques ont été suspendus pour une durée de 90 jours, jusqu'au 9 juillet 2025. Cette décision frappera brutalement la filière viticole de notre pays principalement celle des vins rosés AOP qui sont très présents et appréciés sur le marché nord-américain. En effet, c'est près de 39 % de cette production qui est exportée vers les États-Unis représentant, pour la seule année 2024, 22 millions de bouteilles et 150 millions d'euros. Les pertes induites par ces nouvelles taxes seraient estimées à plus de 40 millions d'euros : pertes de contrats, diminution des volumes exportés, baisse de la compétitivité sur un marché de l'excellence. Ces prévisions auront des répercussions substantielles sur la pérennité économique de la filière viticole des AOP qui subit, d'ores et déjà, une situation économique altérée par l'inflation des coûts de production, une pression concurrentielle croissante mais également par un dérèglement climatique de plus en plus marqué. Cette tarification à la hausse toucherait, selon les professionnels des vins de Provence, tant les grands domaines que les plus petites exploitations familiales et aurait des incidences sur près de 25 000 emplois directs et indirects pour le seule région Provence-Alpes-Côte d'Azur. Elle lui demande dans ces conditions ce que le Gouvernement entend mettre en oeuvre afin de prévenir les difficultés de la filière des vins de Provence.

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Transmise au Ministère de l'Europe et des affaires étrangères


Réponse du Ministère délégué auprès du ministre de l'Europe et des affaires étrangères, chargé de la francophonie, des partenariats internationaux et des Français de l'étranger publiée le 11/02/2026

Réponse apportée en séance publique le 10/02/2026

M. le président. La parole est à Mme Mireille Jouve, auteur de la question n° 602, adressée à M. le ministre de l'Europe et des affaires étrangères.

Mme Mireille Jouve. Madame la ministre, après quelques mois d'accalmie, que d'aucuns qualifieraient de « précaire », Washington se plaît derechef à jouer de menaces commerciales contre l'Europe.

Souvenons-nous : en mars 2025 déjà, Donald Trump agressait l'Union européenne en réintroduisant une taxe de 20 % sur l'ensemble des produits importés aux États-Unis, notamment les vins et spiritueux français.

Ces derniers jours, en menaçant d'imposer des droits de douane de 200 % sur le vin et le champagne français pour punir nos choix diplomatiques au Moyen-Orient - des choix fondés, rappelons-le, sur le respect élémentaire du droit international -, Donald Trump franchit une nouvelle limite.

Une telle décision frapperait brutalement la filière viticole, principalement celle des vins rosés d'appellation d'origine protégée (AOP), très présents et appréciés sur le marché nord-américain. En effet, près de 39 % de cette production est exportée vers les États-Unis, ce qui représente, pour la seule année 2024, 22 millions de bouteilles et 150 millions d'euros.

Il en découlerait des pertes induites - perte de contrats, diminution des volumes exportés, baisse de la compétitivité sur un marché de l'excellence - estimées à plus de 400 millions d'euros.

Les répercussions sur la pérennité de la filière viticole des AOP seraient substantielles, alors même que la filière est déjà confrontée à une situation économique altérée par l'inflation des coûts de production, une pression concurrentielle croissante, mais également un dérèglement climatique de plus en plus marqué. Selon les professionnels des vins de Provence, la décision toucherait autant les grands domaines que les plus petites exploitations familiales et aurait des incidences sur près de 200 000 emplois directs et indirects pour la seule région Provence-Alpes-Côte d'Azur.

Dans ces conditions, que comptez-vous mettre en oeuvre afin de prévenir les difficultés de la filière des vins de Provence ?

M. le président. La parole est à Mme la ministre déléguée.

Mme Eléonore Caroit, ministre déléguée auprès du ministre de l'Europe et des affaires étrangères, chargée de la francophonie, des partenariats internationaux et des Français de l'étranger. Madame la sénatrice, je vous remercie de mettre l'accent sur une filière extrêmement importante pour notre pays, tant elle constitue une partie de notre identité : le savoir-vivre à la Française, la gastronomie, l'alcool - avec modération. La filière viticole, notamment celle des rosés de Provence, fait partie de ce que nous sommes et de ce que nous exportons le mieux.

Vous l'avez indiqué, le commerce international est aujourd'hui mis à mal par l'imposition unilatérale de droits de douane qui viennent particulièrement affecter cette filière, laquelle dépend beaucoup de l'exportation. Vous avez rappelé les vicissitudes que nous connaissons et le caractère aléatoire de ces différentes menaces de droits de douane. Ces derniers sont aujourd'hui stabilisés à environ 15 %, mais les négociations se poursuivent, et nous savons que ces droits sont désormais devenus un instrument de politique étrangère, alors qu'ils ne devraient pas l'être.

Face à cela, la France répond de manière ordonnée. La filière viticole a su absorber les hausses déjà enregistrées au cours de l'année dernière. Nous aurons, cet après-midi même, les chiffres exacts pour 2025 de notre commerce extérieur, et de cette filière en particulier.

Le Président de la République, qui s'est rendu hier à la foire Wine Paris, a rappelé que nous étions tous engagés pour protéger la filière viticole et, de manière générale, toutes nos filières qui sont mises en danger par l'imposition de droits de douane de manière unilatérale.

Comment y répondre ? En nous organisant et en agissant avec nos partenaires au niveau européen, en défendant ce savoir-faire unique, grâce notamment aux appellations d'origine protégée, et en continuant de diversifier nos exportations vers des marchés toujours plus désireux de profiter de notre savoir-faire et de l'expertise française en la matière, en particulier dans la filière du rosé.

Le Gouvernement poursuit son action, madame la sénatrice, avec le soutien de tous les élus, de tous les parlementaires et de ceux qui, comme vous, continuent à travailler pour protéger nos exportateurs et l'ensemble de cette filière.

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