Question de Mme NOËL Sylviane (Haute-Savoie - Les Républicains) publiée le 24/07/2025
Mme Sylviane Noël attire l'attention de M. le ministre d'État, ministre de l'intérieur sur l'absence de dispositif spécifique permettant de signaler aisément les actes antichrétiens, dans un contexte où ces derniers connaissent une augmentation préoccupante.
Selon les données communiquées par le ministère de l'intérieur pour les cinq premiers mois de l'année 2025, 322 actes antichrétiens ont été recensés, contre 284 sur la même période en 2024, soit une progression de 13 %. Ces chiffres confirment une tendance de fond, régulièrement observée ces dernières années, notamment à travers les atteintes commises à l'encontre des lieux de culte, des édifices religieux ou des symboles chrétiens.
Les actes anti-chrétiens sont en hausse en Europe, le nombre d'incendies criminels visant les églises a augmenté de plus de 30 % sur cette période selon l'observatoire sur l'intolérance et les discriminations envers les chrétiens en Europe qui a recensé plus de 2 400 actes de haine antichrétiens en 2023.
Elle observe que, pour lutter contre les actes antisémites ou antimusulmans, les pouvoirs publics ont mis en place divers dispositifs spécifiques, accessibles et clairement identifiables : plateformes dédiées, partenariats associatifs, numéros d'alerte, accompagnement des victimes, etc. Or, il n'existe à ce jour aucune mesure équivalente permettant de signaler facilement et efficacement les actes antichrétiens.
Cette asymétrie interroge. Si toutes les formes de haine religieuse doivent être combattues avec la même vigueur, conformément aux principes républicains et à l'exigence d'égalité devant la loi, force est de constater que les actes visant la religion chrétienne, pourtant première religion en France, ne bénéficient d'aucune visibilité institutionnelle comparable, ni d'un outil de signalement dédié.
Ce différentiel de traitement, bien que probablement non intentionnel, peut être perçu comme une forme d'indifférence de l'État à l'égard des chrétiens de France, et contribue à nourrir un sentiment d'injustice et de marginalisation parmi nombre de nos concitoyens.
En conséquence, elle souhaiterait savoir si le Gouvernement envisage de mettre en place un dispositif spécifique de signalement et d'accompagnement des victimes d'actes antichrétiens, accessible au grand public ; et plus largement, quelles actions le ministère entend déployer pour garantir une égalité de traitement entre les différentes confessions en matière de prévention et de répression des actes de haine religieuse.
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Transmise au Ministère de l'intérieur
Réponse du Ministère de l'intérieur publiée le 28/05/2026
Les actes antireligieux touchent à certains des fondements de notre démocratie que sont les libertés de conscience, d'exercice du culte et d'engagement de chaque individu. La sécurité permet l'exercice plein de ces libertés. En 2025, 843 actes antichrétiens ont été recensés par la direction nationale du renseignement territorial (DNRT). Ces actes peuvent prendre la forme d'atteintes aux personnes (propos et gestes menaçants, agressions, homicides ) et aux biens (vols, dégradations, incendies). Ces faits sont en augmentation de 9 % par rapport à la même période en 2024. Les actes antichrétiens (qui concernent principalement le culte catholique) se singularisent par la prédominance des atteintes aux biens qui représentent environ 87 % des faits. Il convient également de préciser que les atteintes aux personnes, moins nombreuses sont en augmentation de 70 % par rapport à la même période en 2024. Pour cette raison, le ministère de l'intérieur est pleinement mobilisé pour sécuriser les lieux de cultes et prévenir et lutter contre les actes antireligieux, toutes confessions confondues. Cette sécurisation consiste en la mise en place de dispositifs de surveillance, en lien avec les responsables du lieu de culte, les élus, les polices municipales et les militaires de l'opération Sentinelle, par rondes et patrouilles et points fixes aux abords des sites les plus sensibles. Des instructions sont en outre régulièrement données aux préfets, à l'occasion des fêtes religieuses, pour leur demander de rehausser le niveau de vigilance aux abords des édifices religieux et lors des offices. En parallèle, les responsables des lieux de culte peuvent bénéficier des conseils des référents sûreté de la police et de la gendarmerie nationales en matière de prévention situationnelle. Les missions du référent sûreté s'inscrivent dans le cadre de la démarche de prévention de la délinquance de la gendarmerie et de la police. Leur intervention, gratuite, est sans contrepartie ni obligation. Le ministère de l'intérieur mène également un important travail en vue de sensibiliser les gestionnaires de lieux de culte aux enjeux de sûreté et de sécurité. Un module de formation conçu par les services de police et de gendarmerie est aujourd'hui déployé dans l'ensemble des départements sous l'égide des préfets en vue d'acculturer les acteurs des cultes aux enjeux multidimensionnels de la sécurité. Renforcer la vigilance, avoir immédiatement les bons réflexes, savoir plus rapidement identifier un risque ou un comportement suspect, être capable de donner l'alerte aux forces de police ou de gendarmerie ou savoir s'adresser aux bons interlocuteurs constituent autant de compétences qui, une fois acquises, peuvent changer la donne. Ces formations ont d'abord été conçues dans une logique d'acculturation des représentants locaux des cultes aux enjeux multidimensionnels de la sécurité. Le 17 juin 2025, une session nationale de sensibilisation s'est tenue à Beauvau en présence de l'ensemble des cultes. En 2025, 224 sessions de sensibilisation ont été réalisées sur l'ensemble du territoire national, bénéficiant à au moins 1694 représentants de toutes les confessions. Au niveau national, les représentants des différents cultes chrétiens sont régulièrement associés aux travaux du ministère quant à la lutte contre les actes antireligieux. Ce temps de dialogue privilégié, et apprécié par les cultes, a également pour but de prendre en compte des besoins, signalements ou sollicitations exprimées, par exemple à l'occasion des fêtes religieuses, et de proposer des actions opérationnelles visant à lutter et prévenir les actes antireligieux. Dans ce cadre, le ministère encourage et soutient la mise en oeuvre de réseaux territoriaux de « référents sécurité » au sein des différentes confessions chrétiennes qui puissent être les interlocuteurs privilégiés des forces de sécurité intérieure, des préfets et, le cas échéant, des procureurs. L'autorité judiciaire est associée à ces dispositifs sur le plan préventif et pour la poursuite des auteurs d'infractions ciblant les lieux de culte. En outre, le ministère de l'intérieur soutient financièrement tous les ans plusieurs projets de sécurisation des lieux de culte, tous cultes confondus. Au total, entre 2020 et 2025, les communautés chrétiennes ont perçu 4,1 millions d'euros pour un total de 243 projets financés. La sécurisation des sites cultuels (SSC) et anciennement « programme K » permet de financer des projets de vidéo-protection, des dispositifs anti-intrusion et des projets de sécurisation intérieure des bâtiments cultuels à hauteur de 80 % de leur coût global. Ce dispositif est un outil majeur en matière de sécurité des lieux de culte. Le ministère de l'intérieur est également très investi dans la prévention et la lutte contre les vols au sein des lieux de culte chrétiens. À titre illustratif, en septembre 2023, la relique du « Précieux sang » de l'abbatiale de Fécamp (Seine-Maritime) a été recouvrée aux Pays-Bas grâce à la pugnacité des enquêteurs de l'office central de lutte contre le trafic de biens culturels (OCBC) et a pu être restituée un peu plus d'un an après avoir été dérobée. Vous évoquez la dimension non seulement française mais européenne, du sujet des actes anti-chrétiens, il pourrait être opportun que la Commission européenne se dote, d'un coordinateur sur cette problématique, au même titre qu'il en existe pour les actes antisémites et antimusulmans. Lors de ses voeux aux cultes le 12 janvier 2026, le Président de la République a annoncé le lancement par le Gouvernement d'Assises nationales et territoriales sur la lutte contre les actes antireligieux dans les prochains mois. Le ministère de l'intérieur, en tant que ministère garant de la liberté d'exercice du culte et de l'ordre public y prendra toute sa part pour renforcer encore la mobilisation de l'ensemble des acteurs concernés et identifier des pistes nouvelles pour mieux prévenir et réprimer ces actes graves et intolérables, occasion d'approfondir et de renforcer les travaux déjà engagés.
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