Question de Mme DUMAS Catherine (Paris - Les Républicains) publiée le 30/10/2025
Mme Catherine Dumas attire l'attention de Mme la ministre de la santé, des familles, de l'autonomie et des personnes handicapées sur les effets préoccupants des algorithmes des réseaux sociaux sur la santé mentale et la socialisation des adolescents.
Elle note que ces plateformes, en s'appuyant sur des systèmes de recommandation automatisés, captent fortement l'attention des jeunes utilisateurs et les exposent de manière répétée à des contenus pouvant renforcer des sentiments d'isolement, d'anxiété ou de perte de repères.
Elle précise que des études récentes mettent en lumière le rôle de ces algorithmes dans la création de spirales de contenus homogènes, qui influencent la perception du monde, l'estime de soi et les comportements sociaux des mineurs.
Elle constate que, malgré les efforts menés dans le cadre de l'éducation aux médias et à l'information, les dispositifs actuels demeurent insuffisants pour accompagner les jeunes face à la puissance des mécanismes algorithmiques et à leurs effets sur la concentration, le bien-être et les interactions sociales.
Elle souhaite par conséquent lui demander ce que le Gouvernement entend mettre en oeuvre pour renforcer les politiques publiques d'éducation au numérique responsable, soutenir la recherche sur les effets cognitifs et comportementaux des algorithmes sur les adolescents, et encadrer plus strictement la responsabilité des plateformes numériques en matière de transparence et de protection des mineurs.
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Réponse du Ministère de la santé, des familles, de l'autonomie et des personnes handicapées publiée le 23/04/2026
Il convient effectivement de souligner l'ampleur des défis posés par les mécanismes algorithmiques des réseaux sociaux, dans un contexte marqué par l'augmentation continue du temps d'écran chez les enfants, et la consolidation des constats sanitaires qui y sont associés. Le Gouvernement partage pleinement cette préoccupation et agit avec détermination, notamment dans le cadre de l'année de la santé mentale, Grande cause nationale en 2025. Ce combat repose sur un constat clair : - la surexposition aux écrans entraîne des effets préoccupants et ce, sur plusieurs plans ; - sur la santé physique, l'impact est évident sur la réduction du temps de sommeil, l'augmentation de la sédentarité, le risque de surpoids et d'obésité, et l'aggravation des troubles oculaires ; - sur la santé mentale, les effets liés à l'exposition à des contenus violents ou illicites sont délétères, tout comme l'influence de dispositifs algorithmiques addictogènes. La surexposition aux écrans entraîne également le développement de troubles anxio-dépressifs, un risque d'addiction aux jeux vidéo, ou du cyberharcèlement. Enfin, ont également été identifiés des effets sur les compétences psychosociales des enfants et des adolescents, avec la dégradation des interactions essentielles au développement des compétences sociales, émotionnelles et cognitives des enfants et adolescents. Cette liste de constats délétères a été établie par la commission coprésidée par le docteur Servane Mouton et le professeur Amine Benyamina, ayant donné lieu à un rapport remis le 30 avril 2024 au Président de la République : « Enfants et écrans, A la recherche du temps perdu ». Face à ces enjeux, le Gouvernement agit sur plusieurs axes : la stratégie nationale du numérique pour l'éducation 2023-2027 vise à renforcer la citoyenneté numérique et les compétences critiques des élèves, en intégrant la compréhension des algorithmes et de leurs effets dans les programmes scolaires. Des travaux sont en cours sur la lutte contre la désinformation en santé en appui sur la mobilisation de l'éducation critique aux médias et à l'information. Des projets de recherche interdisciplinaires tels que DE FACTO associent chercheurs, éducateurs et acteurs des médias pour analyser les pratiques informationnelles des jeunes et lutter contre la désinformation. L'agence nationale de sécurité sanitaire publiera dans les prochaines semaines un rapport sur les impacts des réseaux sociaux numériques sur les adolescents. Sur la régulation, le Gouvernement agit de manière déterminée dans le cadre européen du Règlement européen sur les services numériques (Digital Services Act - DSA), dont les lignes directrices sur la protection des mineurs renforcent la responsabilité des plateformes et ciblent les fonctionnalités susceptibles d'impacter négativement la santé des mineurs. Ces dispositions s'articulent avec la loi française sécuriser et réguler l'espace numérique, qui impose la vérification d'âge pour les contenus sensibles et ouvre la voie à la fixation d'un âge minimal d'accès aux réseaux sociaux. Ces mesures traduisent une conviction forte : la protection des enfants et des adolescents en ligne constitue un enjeu de santé publique et ne saurait être subordonnée aux intérêts économiques des plateformes. La France défend une régulation exigeante, fondée sur la responsabilité et la transparence des acteurs numériques. Enfin, le ministère de la santé, des Familles, de l'autonomie et des personnes handicapées travaille en lien avec d'autres ministères à l'élaboration d'un document stratégique dédié à la santé des enfants face aux écrans. Le Président de la République a d'ailleurs annoncé le lancement d'une mission d'experts en février 2026 pour évaluer l'impact des jeux vidéo et des agents d'IA sur la santé mentale des jeunes.
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