Question de M. BROSSAT Ian (Paris - CRCE-K) publiée le 13/11/2025
M. Ian Brossat attire l'attention de M. le ministre des transports sur la disparition annoncée des trains de nuit Paris-Berlin et Paris-Vienne, conséquence directe de la suppression par l'État de la subvention d'aide au lancement dont ils bénéficiaient depuis leur relance.
Les trains de nuit connaissent pourtant un succès croissant en France : en 2024, plus d'un million de voyageurs les ont empruntés, soit une hausse de 26 % en un an et de 130 % depuis 2019. Une étude récente du réseau action climat estime même leur potentiel à 12 millions de voyageurs par an, à condition d'investir dans une flotte modernisée d'environ 1 200 voitures-couchettes. Or, la France n'en compte aujourd'hui que 129, pour la plupart âgées de près de cinquante ans.
Dans ce contexte national de redécouverte du train de nuit, la fermeture des liaisons Paris-Berlin et Paris-Vienne serait un recul majeur. Ces lignes, opérées conjointement par la SNCF, les chemins de fer autrichiens (ÖBB) et la Deutsche Bahn, avaient été inaugurées en décembre 2021 (Paris-Vienne) et décembre 2023 (Paris-Berlin) dans le cadre d'une politique européenne de relance du rail de nuit. Elles rencontrent un succès indéniable : en 2024, plus de 66 000 voyageurs ont emprunté le Paris-Berlin, avec un taux d'occupation moyen de 70 %, malgré une circulation limitée à un jour sur deux.
Pourtant, faute de renouvellement de la subvention de l'État, d'un montant de 5,5 millions d'euros par an, ces trains ne seront plus exploités à compter du 14 décembre 2025. Les compagnies ferroviaires jugent cette aide indispensable pour assurer la viabilité économique de ces liaisons, d'autant que la SNCF refuse de les commercialiser sur sa propre plateforme (SNCF Connect), ce qui limite leur visibilité et leur rentabilité.
Cette décision suscite une forte mobilisation citoyenne : la pétition « Sauvons les trains de nuit Paris-Berlin et Paris-Vienne ! » a déjà recueilli plus de 90 000 signatures, signe de l'attachement des usagers à ces lignes, qui constituent une alternative écologique et populaire à l'avion. Les trains de nuit contribuent pleinement aux objectifs de décarbonation des transports, la disparition de ces lignes emblématiques, à peine deux ans après leur relance, enverrait un signal désastreux au moment où nos voisins renforcent leurs offres ferroviaires nocturnes.
C'est donc dans ce contexte qu'il lui demande si le Gouvernement entend rétablir la subvention d'aide au lancement des trains de nuit Paris-Berlin et Paris-Vienne, indispensable à leur maintien.
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Réponse du Ministère des transports publiée le 22/01/2026
Le train de nuit reliant Paris à Vienne et Paris à Berlin, a été mis en service en 2021 pour Paris-Vienne et en 2023 pour Paris-Berlin. Alors que le service avait été lancé dans un premier temps comme une expérimentation par l'opérateur autrichien (ÖBB) et la SNCF, sans subvention, l'État a publié en 2022 un appel à manifestation d'intérêt pour les trains de nuit internationaux. Parmi les opérateurs ayant répondu, SNCF Voyageurs a sollicité une aide financière au démarrage pour le service. Une subvention a ainsi été versée par les États français et autrichien en 2024 et en 2025. L'État a donc pleinement joué son rôle pour faciliter le démarrage de cette desserte de nuit internationale. Cette liaison, exploitée conjointement par les exploitants nationaux français, autrichien et allemand, connaît des difficultés importantes en matière de régularité, notamment suite aux travaux sur le réseau en Allemagne. La massification des travaux sur le réseau ferré, en particulier en Allemagne qui a récemment fortement renforcé son volume de travaux, perturbe fortement les possibilités de circulation pour ces trains. Cela ne permet pas à la desserte Paris-Vienne et Paris-Berlin de circuler de façon suffisamment régulière et donc de trouver son équilibre économique. Les subventions de l'Etat à ces lignes Paris-Vienne et Paris-Berlin représentent un surcoût important par comparaison avec les lignes de trains de nuit intérieures : 85euros par billet contre 65euros par billet pour les lignes françaises. Le poids de ces subventions est d'autant plus lourd à assumer que l'Allemagne ne participe pas au financement de ces lignes qui desservent son territoire. Un dialogue a été initié avec le ministère des Transports allemand pour envisager une participation de l'Allemagne à ce service, dont elle bénéficie, mais les discussions n'ont pas abouti. En 2026, dans un contexte de redressement de nos comptes publics, la priorité est donnée au fonctionnement et à la qualité de service des dessertes de nuit nationales, comme en atteste le projet de commande de matériels roulant pour les trains de nuit. La subvention versée par l'État n'est donc pas reconduite pour l'année 2026. D'ailleurs un projet de reprise de la ligne par une compagnie ferroviaire européenne, sans subvention publique, est suffisamment avancé pour avoir fait l'objet d'informations dans la presse, mentionnant une perspective de reprise des circulations au mois de mars 2026.
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