Question de M. BITZ Olivier (Orne - UC) publiée le 13/11/2025
M. Olivier Bitz attire l'attention de Mme la ministre de la santé, des familles, de l'autonomie et des personnes handicapées sur les moyens dédiés à la santé mentale dans les territoires ruraux.
Depuis la sortie de la pandémie du coronavirus, un consensus étayé par plusieurs auditions et rapports pluridisciplinaires se dégage pour alerter sur la situation dégradée de la santé mentale de nos compatriotes ainsi que sur les difficultés pesant envers les services psychiatriques chargés de prendre en charge ces pathologies.
Face à la succession des crises et en dépit des mobilisations des Gouvernements successifs, l'ensemble des indicatifs s'est en effet détérioré. L'inventaire des maux, régulièrement documenté par Santé Publique France notamment, doit nous interpeller collectivement d'autant plus fortement que les jeunes sont particulièrement frappés par ces pathologies.
Érigée comme priorité gouvernementale puis en grande cause nationale, la filière a besoin de moyens rehaussés, d'un horizon pluriannuel et de dispositifs davantage ciblés pour prendre en charge encore plus efficacement ces pathologies. La présentation du plan psychiatrie le 11 juin 2025 atteste de la mobilisation du Gouvernement pour enrayer la dynamique actuelle et améliorer dans la durée cette filière qui ne doit plus demeurer « le parent pauvre de l'hôpital ».
Le plan psychiatrie mentionne le mal-être grandissant des jeunes, mais souligne insuffisamment les maux ciblant plus spécifiquement les jeunes ruraux. L'isolement, l'anxiété et les troubles psychiques plus complexes prennent de l'ampleur dans ces territoires. En effet, si aucun département n'est épargné par ces pathologies, les territoires à dominance rurale, structurellement carencées en matière de soins à l'instar de l'Orne, sont particulièrement concernés.
Bien que les établissements et services psychothérapiques s'efforcent de parer chaque jour à des défis plus nombreux et plus sévères, les professionnels comme patients expriment de vives attentes. Il est primordial de redonner des moyens à la psychiatrie de proximité comme premier rempart. Par ailleurs, les enjeux relevant de la prévention, de la formation, de l'attractivité de ces métiers et l'accessibilité à ces services sont au coeur d'une politique à renforcer. La santé mentale pourrait constituer un pilier robuste de notre système de santé en vue de mieux prévenir et traiter d'autres pathologies connexes.
Le Gouvernement porte une ambition claire pour fortifier l'offre de soins dans ce domaine comme le souligne les 26 premières mesures du plan psychiatrie. Cette feuille de route ne doit toutefois pas omettre les spécificités des territoires ruraux et les facteurs de fragilité plus spécifiques qui ciblent ces bassins de vie, en particulier auprès des jeunes. Aussi, il souhaite connaître les orientations que le Gouvernement entend mettre en oeuvre pour décliner et adapter ces mesures en milieu rural.
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Réponse du Ministère délégué auprès du ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle, énergétique et numérique, chargé de l'intelligence artificielle et du numérique publiée le 21/01/2026
Réponse apportée en séance publique le 20/01/2026
Mme la présidente. La parole est à M. Olivier Bitz, auteur de la question n° 789, adressée à Mme la ministre de la santé, des familles, de l'autonomie et des personnes handicapées.
M. Olivier Bitz. Madame la ministre, chacune et chacun le sait ici, les inégalités territoriales de santé sont une réalité subie par nombre de nos concitoyens, tout particulièrement en zone rurale. L'existence de ces déserts médicaux a des conséquences dramatiques, à la fois en termes de retard de diagnostic, mais aussi d'absence de traitement de certaines pathologies chroniques. Non seulement ces inégalités donnent à nos concitoyens vivant en zone rurale un sentiment de relégation, mais elles ont aussi, évidemment, un impact sur leur espérance de vie. Et je ne parle pas du sentiment qu'ils ont, parfois, de payer des cotisations pour des soins auxquels ils n'ont concrètement pas accès.
L'État n'est pas resté inactif. Depuis 2018, notamment, et la suppression du numerus clausus, toute une série de mesures ont été prises pour essayer de lutter contre ces déserts médicaux. Les collectivités locales, elles aussi, sont très engagées sur le sujet, mais force est de reconnaître que les résultats ne sont pas encore au rendez-vous.
Permettez-moi de citer comme exemple le département de l'Orne, où il faudrait deux fois plus de médecins généralistes simplement pour atteindre le nombre moyen de médecins généralistes par habitant à l'échelon national. Cette réalité, qui existe pour les médecins généralistes, est encore plus criante s'agissant des médecins spécialistes, en particulier des psychiatres. Dans mon département, on compte moins de dix psychiatres en exercice.
Alors que, selon Santé publique France, les pathologies mentales augmentent de manière extrêmement forte, nous n'avons pas encore de réponses. La psychiatrie a été érigée il y a plusieurs années au rang de priorité gouvernementale, la santé mentale a été déclarée Grande cause nationale cette année encore, un plan santé mentale et psychiatrie a été présenté le 11 juin dernier, mais force est de reconnaître que nous ne constatons pas encore de résultats tangibles sur le terrain dans ce domaine.
Quel éclairage, madame la ministre, pourriez-vous nous apporter sur l'application du plan santé mentale et psychiatrie en milieu rural ?
Mme la présidente. La parole est à Mme la ministre déléguée.
Mme Anne Le Hénanff, ministre déléguée auprès du ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle, énergétique et numérique, chargée de l'intelligence artificielle et du numérique. Monsieur le sénateur Bitz, je salue votre vigilance sur la situation spécifique de la santé mentale dans les territoires ruraux, où les fragilités sont souvent cumulatives, comme vous l'avez dit : éloignement des soins, isolement social, tension sur les ressources humaines et pression accrue sur les jeunes, notamment.
Notre ambition se décline dans les 104 projets territoriaux de santé mentale (PTSM), qui couvrent l'ensemble du territoire. Sur la base d'un diagnostic partagé, ils coordonnent l'action des établissements de santé, de la médecine de ville, du secteur médico-social, des collectivités et des associations.
La deuxième génération des PTSM, engagée dès cette année, renforcera cette territorialisation - j'espère que l'Orne s'en rendra compte le plus rapidement possible. Elle vise à améliorer la prise en compte des spécificités rurales et l'organisation des parcours de soins, de la prévention à la gestion des crises.
Dans les territoires ruraux, l'action repose notamment sur le développement des dispositifs dits d'aller-vers, que nous renforçons. Depuis 2019, ce sont 150 millions d'euros qui ont permis de financer 435 projets. Ils ont conduit à créer ou à renforcer 157 équipes mobiles en psychiatrie intervenant au plus près des lieux de vie, à tous les âges et dans toutes les situations de crise.
Les 125 maisons des adolescents constituent également des points d'appui territoriaux essentiels : plus de 56 % disposent d'antennes de proximité et 22 % portent déjà une équipe mobile, ce qui renforce leur capacité à couvrir les territoires.
La Grande cause nationale 2026 dédiée à la santé mentale, que vous avez mentionnée, permettra de consolider cet engagement dans une approche interministérielle. Nous allons agir sur les déterminants sociaux, éducatifs et territoriaux de la santé mentale. C'est ainsi que nous ferons de la psychiatrie de proximité, y compris en milieu rural, un pilier à part entière de notre système de santé.
En ce qui concerne votre territoire spécifiquement, je vous invite, monsieur le sénateur, à vous rapprocher de la ministre de la santé et à lui faire part de vos préoccupations.
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