Question de M. ROJOUAN Bruno (Allier - Les Républicains-R) publiée le 11/12/2025

M. Bruno Rojouan attire l'attention de Mme la ministre de l'agriculture, de l'agro-alimentaire et de la souveraineté alimentaire sur la position de la France au sujet de l'accord entre l'Union européenne et les pays du Mercosur.
À l'approche des discussions européennes prévues mi-décembre sur l'accord de libre-échange entre l'Union européenne et les pays du Mercosur (Brésil, Argentine, Paraguay, Uruguay), les agriculteurs français expriment de profondes inquiétudes. Ils alertent sur une concurrence déloyale qui accentuera la pression sur les prix et fragilisera durablement nos filières agricoles déjà sous tension, notamment les filières bovine, porcine, avicole, laitière, sucrière, céréalière et maïsicole.
Cet accord permettra de fait l'entrée sur le marché européen de volumes importants de produits agricoles issus de pays où les normes environnementales, sanitaires et sociales sont beaucoup moins strictes et faiblement encadrées que celles imposées en France. Les écarts de réglementations sont majeurs et très préoccupants, avec par exemple l'utilisation de molécules interdites dans l'Union européenne pour leur toxicité (herbicides, insecticides), l'utilisation d'hormones de croissance dans les pratiques d'élevage de bovins, des conditions de production moins exigeantes (sur le respect du bien-être animal, de la qualité sanitaire des aliments, etc.) ou encore l'absence de garanties sociales ou environnementales. Même si des contrôles et des clauses miroirs sont mis en place, les volumes de marchandises qui entreront dans l'Union européenne seront tels qu'ils empêcheront toute application sérieuse de ces exigences.
Par ailleurs, l'impact de cet accord sur le renouvellement des générations agricoles est un sujet préoccupant sur lequel il avait interpellé la ministre de l'Agriculture lors des Questions Orales du 20 mai 2025 au Sénat. Alors que les jeunes agriculteurs font déjà face à des freins importants à leur installation (procédures complexes ; difficultés d'accès aux équipements, au crédit et au foncier ; rareté et prix élevé des terres) et que les exploitations doivent composer avec une complexité croissante des normes et exigences administratives, introduire une concurrence accrue de produits sud-américains meilleur marché affaiblira davantage les exploitations vulnérables et découragera l'installation des jeunes agriculteurs. Une pression supplémentaire sur les prix compromettra la viabilité de nombreux projets de reprise ou d'installation, pourtant essentiels pour assurer la relève agricole et maintenir l'activité dans les territoires ruraux.
Alors que la porte-parole du Gouvernement a récemment déclaré que l'accord « n'était pas acceptable en l'état », la nature même de celui-ci et ses conséquences prévisibles montrent qu'il ne sera pas acceptable, même amendé, au regard de ces impacts économiques, sanitaires, environnementaux et territoriaux. Il souhaite donc connaître la position ferme et définitive du Gouvernement et savoir si la France s'opposera clairement à la conclusion de cet accord lors des discussions européennes à venir.

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Réponse du Ministère de l'agriculture, de l'agro-alimentaire et de la souveraineté alimentaire publiée le 30/04/2026

Le 9 janvier 2026, la France a voté contre la signature de l'accord de partenariat conclu entre l'Union européenne (UE) et ses États membres d'une part et les pays du marché commun du Sud (Mercosur) d'autre part ainsi que l'accord intérimaire sur le commerce, qui regroupe les seules dispositions commerciales de l'accord. Ni le contenu des textes négociés, ni les avancées obtenues courant 2025 sur les mécanismes de sauvegarde et la réciprocité des normes n'ont été en mesure de répondre pleinement aux conditions posées par la France pour rendre l'accord acceptable. Le Conseil de l'UE s'étant prononcé à la majorité qualifiée en faveur de la signature par l'UE de ces deux accords, ceux-ci ont été signés par la présidente de la Commission européenne, au nom de l'UE, le 17 janvier 2026. Désormais, il revient au Parlement européen de se prononcer sur ces accords avant leurs potentielles conclusions par le Conseil de l'UE et entrées en vigueur définitives. Ce vote au Parlement européen ne pourra avoir lieu qu'après que la Cour de justice de l'UE se sera prononcée sur la légalité des accords, ce qui pourrait prendre plusieurs mois. Néanmoins, le droit européen permet une application provisoire de l'accord intérimaire sur le commerce avant la fin de ce processus législatif, si la Commission européenne le décide. C'est le choix qu'a fait la présidente de la Commission européenne, qui a annoncé le 27 février 2026 son intention d'appliquer provisoirement l'accord intérimaire sur le commerce avec les pays du Mercosur ayant ratifié l'accord. Cette application provisoire débutera, au plus tôt, le 1er mai 2026, date à laquelle l'UE et les pays du Mercosur pourront commencer à utiliser les avantages commerciaux qu'ils ont respectivement obtenus dans l'accord. Il faut néanmoins noter que ces avantages seront progressifs (par exemple, les contingents accordés par l'UE sur certains produits agricoles sensibles seront ouverts graduellement sur plusieurs années). Si la France ne peut pas, seule, empêcher l'entrée en vigueur de l'accord intérimaire sur le commerce, ni son application provisoire, elle peut s'assurer de la concrétisation des avancées, obtenues sous impulsion française, afin de mieux protéger les agriculteurs de potentielles déstabilisations causées par celui-ci. Premièrement, les colégislateurs ont adopté un règlement du Parlement européen et du Conseil qui met en oeuvre la clause de sauvegarde bilatérale prévue par l'accord de partenariat UE-Mercosur et l'accord intérimaire UE-Mercosur sur le commerce, pour les produits agricoles sensibles. Adopté par le Parlement européen en février, puis par le Conseil de l'UE le 5 mars 2026, ce règlement entrera en vigueur 20 jours après sa publication au Journal officiel de l'UE. Ce règlement prévoit une surveillance proactive et permanente des importations européennes depuis le Mercosur et facilite l'ouverture d'enquêtes de sauvegarde en cas de menace de déstabilisation des marchés européens de produits jugés sensibles, dont la viande bovine, la viande de volaille, le sucre et l'éthanol. Avec des seuils de déclenchement fixés à 5 % de hausse des volumes intra-contingentaires ou de baisse des prix à l'importation, ce mécanisme de sauvegarde est le plus robuste jamais négocié. Ce mécanisme de sauvegarde renforcé constitue un filet de sécurité afin de pouvoir réagir rapidement en cas de perturbations sur le marché agricole européen, y compris français. Deuxièmement, bien que l'accord n'offre pas aux pays du Mercosur de dérogations au respect des normes de commercialisation et de production applicables à l'entrée sur le marché européen, la conclusion de cet accord a ravivé les inquiétudes sur les différentiels de normes entre les produits du Mercosur et les productions européennes, et les risques de concurrence déloyale associés. Pour répondre à cela, la France a demandé à la Commission européenne de déployer plus rapidement et concrètement les outils permettant la réciprocité des normes en matière sanitaire, environnementale et de bien-être animal. Outre la mesure conservatoire prise début janvier 2026 interdisant la mise sur le marché français de denrées alimentaires contenant des résidus de certains produits phytopharmaceutiques interdits dans l'UE, la Commission européenne a proposé une nouvelle législation sur la sécurité alimentaire en vue d'appliquer, à terme, aux produits importés les mêmes limites maximales de résidus de pesticides que celles prévues pour les productions européennes. Le Gouvernement va continuer de travailler pour renforcer cette disposition, notamment pour renforcer son caractère automatique. Un renforcement des contrôles dans l'UE et dans les pays tiers a également été annoncé par la Commission européenne, afin de garantir que les normes applicables dans l'UE soient mieux respectées, notamment par les produits importés de pays tiers. La Commission européenne devrait ainsi accroître les contrôles sur les produits importés à leur entrée dans l'UE et mener davantage d'audits dans les pays tiers, et assurer un meilleur suivi de ces contrôles afin de tirer toutes les conséquences d'éventuelles non-conformités qui seraient constatées, en allant jusqu'à suspendre la possibilité d''exportation jusqu'à la prise de mesures correctives lorsque cela est nécessaire.

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