Question de Mme PAOLI-GAGIN Vanina (Aube - Les Indépendants) publiée le 15/01/2026

Question posée en séance publique le 14/01/2026

M. le président. La parole est à Mme Vanina Paoli-Gagin, pour le groupe Les Indépendants - République et Territoires. (Applaudissements sur les travées du groupe INDEP.)

Mme Vanina Paoli-Gagin. Ma question s'adresse à Mme la ministre de la culture.

Le site de Clairvaux est emblématique de notre histoire : abbaye cistercienne fondée par Saint-Bernard au XIIe siècle, prison sous Napoléon, désormais vitrine coûteuse et - pardon de le dire - un peu honteuse de l'impéritie publique.

En novembre 2016, mon prédécesseur, Philippe Adnot, avait dénoncé dans ce même hémicycle la décision de fermer la centrale, dans un contexte national, déjà, de surpopulation carcérale et après une rénovation récente du bâti. Cette décision avait été prise sans concertation préalable avec les élus locaux : sans doute le vestige d'un certain art du deal de l'époque ...

Clairvaux ne serait plus une prison. Dont acte ! Pour en écrire un nouveau chapitre, l'État a engagé une procédure de sélection longue et exigeante : appel à idées en 2019, puis à manifestation d'intérêt en 2022. Sur la minuscule poignée d'opérateurs privés candidats, le lauréat retenu fin 2023, à savoir une filiale de Vinci Construction, n'a finalement pas été conforté en 2024.

Dix ans après sa fermeture, ce qui se passe à Clairvaux renvoie une bien triste image de l'action des pouvoirs publics, incapables de construire l'avenir, mais à la tâche pour détruire, sans étude d'impact connue, une part du passé carcéral. Ces démolitions ont aussi un coût. Le département de l'Aube, la région Grand Est et les collectivités sont prêts, mais la latence du côté de l'État repousse encore la création du groupement d'intérêt public consacré à la reconfiguration et à la reconversion du site.

Madame la ministre de la culture, allez-vous stopper les destructions en cours, d'autant que n'ont été consultés ni les élus locaux ni les représentants de l'association Renaissance de l'abbaye de Clairvaux (Arac), et que ces destructions peuvent menacer de futurs projets de reconversion culturelle de ce site exceptionnel ? (Applaudissements sur les travées du groupe INDEP.)


Réponse du Ministère de la justice publiée le 15/01/2026

Réponse apportée en séance publique le 14/01/2026

M. le président. La parole est à M. le garde des sceaux, ministre de la justice.

M. Gérald Darmanin, garde des sceaux, ministre de la justice. Madame la sénatrice, Clairvaux, pour moi, c'est d'abord le souvenir de Nicole Comte, infirmière, et de Guy Girardot, surveillant pénitentiaire, pris en otage puis assassinés et égorgés le 22 septembre 1971 par les détenus Claude Buffet et Roger Bontems. C'est également le souvenir de Marc Dormont, surveillant pénitentiaire, assassiné par balles alors qu'il tentait d'empêcher une tentative d'évasion le 11 septembre 1992.

Quand nous parlons de Clairvaux, nous parlons avant tout de ces meurtrissures pour la République. Je veux avoir ici une pensée pour ces agents pénitentiaires.

Vous comprendrez donc, mesdames, messieurs les sénateurs, pourquoi c'est le ministre en charge de l'immobilier pénitentiaire et non pas Mme la ministre de la culture, que je tiens à saluer, qui répond à cette question.

En 2017, un de mes prédécesseurs, M. Urvoas, a décidé de fermer le site de Clairvaux dans des circonstances que vous avez rappelées. Je veux redire ici à quel point nous tenons, au ministère de la justice, à ce site immense. L'État n'est pas resté inactif, madame la sénatrice, puisque 60 millions d'euros ont déjà été investis. Je m'y suis rendu personnellement voilà quelques semaines, vous le savez, et j'ai pu admirer le cloître de l'abbaye complètement refait. Des tournages de films s'y feront d'ailleurs, y compris dans le domaine pénitentiaire - 60 millions d'euros d'argent public accordés par l'État, ce n'est pas rien.

Cependant, madame la sénatrice, il y a un désaccord entre les élus. M. François Baroin, Mme Bazin et Mme Perrot, sénatrice de l'Aube, ne sont pas tout à fait d'accord sur les projections faites par le ministère de la culture et le ministère de la justice ni sur la perspective de rouvrir un site pénitentiaire.

J'ai donc chargé Claude d'Harcourt, en accord avec François Baroin, de mener une mission de préfiguration pour installer une seconde école pénitentiaire, dont nous avons besoin, sur le site. Pourquoi pas ? Ce dernier étant immense, il peut être à la fois un lieu culturel et un lieu mémoriel, éducatif et de formation pour l'administration pénitentiaire.

Vous serez d'accord, j'en suis certain, pour que nous prenions notre temps avant de dépenser quelques centaines de millions d'euros à Clairvaux. En attendant, souvenons-nous de ces fonctionnaires morts pour la République. (Applaudissements sur les travées du groupe RDPI.)

M. le président. La parole est à Mme Vanina Paoli-Gagin, pour la réplique.

Mme Vanina Paoli-Gagin. J'avoue que je suis assez surprise par le déplacement du barycentre de ce dossier, sachant qu'un projet de reconversion culturelle était envisagé à l'origine. Monsieur le garde des sceaux, le fait que ce soit vous qui me répondiez annonce la couleur. Je crains que la messe ne soit dite, mais c'est très bien que nos élus locaux soient ainsi informés par votre truchement. (Applaudissements sur les travées du groupe INDEP.)

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