Question de Mme DELATTRE Nathalie (Gironde - RDSE) publiée le 15/01/2026

Question posée en séance publique le 14/01/2026

M. le président. La parole est à Mme Nathalie Delattre, pour le groupe du Rassemblement Démocratique et Social Européen. (Applaudissements sur les travées du groupe RDSE. - M. Thani Mohamed Soilihi applaudit également.)

Mme Nathalie Delattre. Monsieur le président, mes chers collègues, madame la ministre, la crise agricole actuelle n'est pas un accident. Elle met en lumière notre perte de culture de la gestion de crise et notre absence de stratégie agricole, ce qui nous a conduits, pour la première fois depuis cinquante ans, à une balance commerciale déficitaire.

Nous empilons depuis trop longtemps des décisions politiques d'urgence court-termistes et des normes toujours plus complexes, sans donner de visibilité à nos agriculteurs.

L'exemple de l'accord avec le Mercosur est révélateur : nous exigeons de nos producteurs des standards sanitaires et environnementaux élevés, tout en ouvrant notre marché à des productions qui ne respectent pas ces règles.

J'observe la même incohérence dans notre gestion sanitaire. Je vous parlerai non pas de dermatose nodulaire contagieuse (DNC), mais de tuberculose bovine : la France se déclare indemne, alors que la réalité de terrain est très différente. Faute de filière nationale de protéines d'engraissement, en l'absence de financement depuis deux ans dans le projet de loi de finances, nos broutards sont envoyés en Italie et sillonnent les routes dans des circuits absurdes pour préserver une fiction administrative.

Cette même logique court-termiste met aujourd'hui en danger nos distilleries vinicoles, essentielles à l'équilibre de la viticulture et à la transition énergétique. L'ouverture à une concurrence mondiale sur les alcools pour biocarburants a entraîné un effondrement de près de 50 % des cours, menaçant la survie de ces entreprises qu'il suffirait pourtant de protéger dans l'incitation à la réduction de l'intensité carbone des carburants (Iricc) par un sous-objectif viticole.

Le Premier ministre a annoncé hier un projet de loi d'urgence agricole. Dont acte ! Cependant, sans vision stratégique, l'urgence sera insuffisante face à cette crise structurelle qui traverse tous nos territoires.

Ma question est simple : le Gouvernement est-il prêt à convoquer un Varenne, ou plutôt un conclave de l'agriculture pour bâtir de façon transpartisane des stratégies croisées de filières de nature à garantir, dans la durée, notre souveraineté alimentaire et notre modèle économique agricole ? (Applaudissements sur les travées du groupe RDSE.)


Réponse du Ministère délégué auprès du Premier ministre, porte-parole du Gouvernement publiée le 15/01/2026

Réponse apportée en séance publique le 14/01/2026

M. le président. La parole est à Mme la ministre déléguée, porte-parole du Gouvernement.

Mme Maud Bregeon, ministre déléguée auprès du Premier ministre, porte-parole du Gouvernement. Monsieur le président, mesdames, messieurs les sénateurs, je vous prie de nouveau de bien vouloir excuser la ministre de l'agriculture, Annie Genevard, qui est toujours retenue à l'Assemblée nationale.

Madame la sénatrice Delattre, vous avez raison, dans un contexte géopolitique marqué par des incertitudes profondes et grandissantes pour nos agriculteurs, la souveraineté alimentaire ne doit pas être qu'un slogan. Pour autant, j'imagine votre réaction si je vous annonçais aujourd'hui un énième conclave, Varenne, Beauvau ou Grenelle de l'agriculture, et vous auriez bien raison.

Nous devons apporter des réponses immédiates aux crises, mais également des réponses structurelles. Vous le savez, la ministre de l'agriculture a fait inscrire dans la loi d'orientation pour la souveraineté alimentaire et le renouvellement des générations en agriculture, votée il y a quelques mois, l'organisation de conférences de la souveraineté alimentaire.

Celles-ci ont été lancées le mois dernier à Rungis. Elles réunissent tous les acteurs dans l'objectif de permettre aux filières de réactualiser leur plan de filière à l'aune de trois grands facteurs majeurs : l'évolution du contexte géopolitique, la demande des consommateurs et la prise en compte du changement climatique.

L'objectif de ces conférences est d'établir une véritable stratégie de production et de transformation agricoles pour les dix ans qui viennent, alors que, vous l'avez souligné, notre balance commerciale agricole et alimentaire recule fortement cette année. L'exercice comporte une phase de déclinaison opérationnelle dans les territoires pour que chaque région et chaque filière puissent s'engager de manière éclairée sur une feuille de route de production et de transformation.

Par ailleurs, concernant la stratégie sanitaire que vous avez évoquée, je rappelle que la ministre de l'agriculture a lancé, dès son arrivée, les assises du sanitaire animal. Les travaux de ces assises devront être conclus avant la fin du premier semestre 2026, conformément à l'engagement du Gouvernement, en accordant une attention toute particulière aux épizooties émergentes.

Ce n'est peut-être pas le « Grand Varenne » que vous appeliez de vos voeux, madame la sénatrice, mais reconnaissez que le Gouvernement s'attache à répondre aux questions de fond que se posent nos agriculteurs.

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