Question de Mme GACQUERRE Amel (Pas-de-Calais - UC) publiée le 15/01/2026

Question posée en séance publique le 14/01/2026

M. le président. La parole est à Mme Amel Gacquerre, pour le groupe Union Centriste. (Applaudissements sur les travées du groupe UC.)

Mme Amel Gacquerre. Monsieur le président, monsieur le ministre, mes chers collègues, ma question porte sur la situation extrêmement préoccupante du verrier Arc France, implanté dans le Pas-de-Calais. Il s'agit d'un fleuron industriel de notre pays, de mon territoire, et de l'un des plus importants employeurs privés du département, avec 3 500 salariés.

Mercredi dernier, un véritable coup de tonnerre a frappé l'Audomarois : Arc France a été placé en redressement judiciaire à la demande de sa direction. Derrière cette décision, des milliers de salariés et de familles s'inquiètent légitimement pour leur avenir. Je souhaite leur apporter tout mon soutien.

Depuis des années, l'entreprise fait face à des difficultés économiques : des effectifs divisés par trois en vingt ans ; près de 200 millions d'euros investis par le propriétaire depuis 2014 et un accompagnement financier massif des pouvoirs publics - État, région et communauté d'agglomération du Pays de Saint-Omer. Ce soutien essentiel n'a néanmoins permis que de rembourser des dettes.

Si la situation est aujourd'hui aussi critique, c'est parce que l'entreprise subit de plein fouet la flambée des coûts de l'énergie, la crise du pouvoir d'achat, mais surtout une concurrence internationale d'une extrême agressivité, notamment de la part de la Chine. Devant cette situation, un protectionnisme européen assumé et intelligent ne doit plus être un tabou.

Monsieur le ministre, mon interpellation porte sur trois enjeux.

Comment le Gouvernement entend-il, aux côtés des collectivités, garantir une reprise réussie de l'entreprise afin de sauver un maximum d'emplois et d'accompagner les salariés qui viendraient à perdre leur emploi ?

Après la fermeture de Wizpaper, le redressement judiciaire d'Arc France et les terribles inondations de 2023, l'État prévoit-il un contrat de réindustrialisation pour ce territoire, à l'instar de ce que nous avons réussi à faire dans le Cambrésis ou le Béthunois après la fermeture de Bridgestone ?

Enfin, face à la concurrence internationale déloyale qui fait vaciller nombre de nos entreprises françaises, quelle décision forte comptez-vous prendre dès aujourd'hui pour défendre enfin notre tissu industriel et ses emplois ? (Applaudissements sur les travées du groupe UC. - Mme Frédérique Puissat applaudit également.)


Réponse du Ministère de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle, énergétique et numérique publiée le 15/01/2026

Réponse apportée en séance publique le 14/01/2026

M. le président. La parole est à M. le ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle, énergétique et numérique.

M. Roland Lescure, ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle, énergétique et numérique. Monsieur le président, mesdames, messieurs les sénateurs, madame la sénatrice Gacquerre, la réponse est « oui », trois fois « oui », à chacune de vos questions. Je vais développer mes arguments rapidement.

Il s'agit d'une histoire extrêmement triste pour les salariés. Vous l'avez dit, ils sont plus de 3 000 à être frappés de plein fouet par cette décision.

C'est une histoire triste également pour le territoire. Vous le connaissez bien et je le connais bien aussi pour l'avoir visité à de nombreuses reprises dans le passé. C'est d'autant plus triste qu'il a déjà été frappé, vous l'avez dit, par des inondations, par des catastrophes climatiques, mais aussi par de véritables difficultés industrielles et économiques.

C'est enfin une histoire triste pour moi, parce que j'étais ministre de l'industrie quand la crise consécutive à la guerre en Ukraine a frappé le territoire. J'avais accompagné personnellement l'entreprise pour faire face à la hausse des coûts de l'énergie. J'avais également commencé à examiner les dossiers de reprise. Cette affaire a été ensuite suivie par mon successeur. Il y a à peine plus d'un an, un repreneur avait été trouvé, mais celui-ci vient de « lâcher la serviette », si je puis dire, voilà maintenant quelques jours.

Je le répète, c'est une histoire extrêmement triste à laquelle nous devons nous atteler.

J'ai demandé à mon ministre délégué chargé de l'industrie, Sébastien Martin, de se charger de ce dossier. Il a commencé en recevant, avec les élus locaux, comme vous le savez, un repreneur potentiel. Nous allons travailler, comme cela a toujours été le cas dans cette affaire, en étroite collaboration avec la mairie, l'intercommunalité, le département et la région pour trouver une solution pour l'entreprise.

Nous souhaitons aussi travailler sur le territoire. Vous l'avez rappelé, l'État est déjà intervenu dans la région de Béthune. Nous devons le faire aussi autour d'Arc France pour trouver des solutions de revitalisation industrielle.

Enfin, vous avez raison, il y a un véritable enjeu de concurrence internationale. Nous plaidons auprès de la Commission européenne pour que l'industrie du verre soit incluse dans ce que l'on appelle le MACF, le mécanisme d'ajustement carbone aux frontières, parce que la manière dont le verre est produit en France est beaucoup plus vertueuse qu'ailleurs, notamment qu'en Chine. Cela doit se retrouver dans les tarifs à l'importation du verre chinois.

Nous travaillons donc sur ces trois dimensions : l'entreprise ; la recherche d'un repreneur avec un plan d'affaires robuste, en collaboration avec les autorités locales du territoire et du département ; la concurrence internationale. (Applaudissements sur les travées du groupe RDPI.)

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