Question de Mme BOYER Valérie (Bouches-du-Rhône - Les Républicains) publiée le 15/01/2026
Question posée en séance publique le 14/01/2026
M. le président. La parole est à Mme Valérie Boyer, pour le groupe Les Républicains. (Applaudissements sur les travées du groupe Les Républicains.)
Mme Valérie Boyer. Monsieur le président, monsieur le ministre, en Iran, un peuple entier se soulève et la réponse du régime islamiste est sans retenue, toujours la même : la gouvernance par la mort - balles, prison, torture, pendaison. Des milliers de manifestants ont été arrêtés ; des milliers ont été exécutés ; des femmes ont été battues à mort pour avoir montré une mèche de cheveux ou soigné des blessés et des adolescents ont été pendus pour avoir crié « liberté ! ».
Pour étouffer la vérité sur ces massacres à huis clos, les mollahs coupent internet, isolent le pays et plongent les villes dans le silence numérique pour tuer sans témoins.
Depuis dix-sept jours, en Iran, ce ne sont pas des émeutes économiques ou de simples troubles : ce sont des libertés que l'on assassine ; ce sont des crimes contre l'humanité perpétrés par la dictature islamiste qui étouffe la grande civilisation perse depuis quarante-sept ans. Ses seuls succès sont la répression contre son peuple et la propagation des idées islamistes auprès de ses « proxys » : guerre hybride, communication, attentats, mouvements terroristes, ingérence, antisémitisme. Il s'agit non pas d'une répression, mais d'une terreur organisée, dans un pays où des femmes sont assassinées depuis des décennies pour avoir enlevé leur voile.
Pendant ce temps, en France et en Europe, certains défendent le voilement des petites filles. Mahsa Amini est le symbole du mouvement Femme, vie, liberté ; Erfan Soltani, qui devrait être pendu publiquement à 26 ans, aujourd'hui, sera celui de cette révolte. L'histoire se répète dans le sang, avec toujours les mêmes bourreaux et trop souvent le même silence. Pour ces courageux Iraniens, il n'y a pas de manifestations, pas de bougies, pas de boycotts de concours de chant, pas de croisières.
Quelle est la stratégie de la France face à l'Iran, monsieur le ministre ? Quelle est la stratégie de la France, avec ses partenaires européens, pour les Iraniens ? Que fait la France pour que la demande de liberté ne soit pas, en Iran, une condamnation à mort ? (Applaudissements sur les travées du groupe Les Républicains.)
Mme Frédérique Puissat. Très bien !
Réponse du Ministère de l'Europe et des affaires étrangères publiée le 15/01/2026
Réponse apportée en séance publique le 14/01/2026
M. le président. La parole est à M. le ministre de l'Europe et des affaires étrangères.
M. Jean-Noël Barrot, ministre de l'Europe et des affaires étrangères. Madame la sénatrice, vous avez inscrit dans une perspective historique les événements tragiques, insupportables, qui se déroulent aujourd'hui à Téhéran et dans les villes et les provinces d'Iran. Je ne peux que vous donner raison.
En effet, bien que nous assistions à la répression la plus violente de l'histoire contemporaine de l'Iran, ce n'est pas la première fois que le peuple iranien se soulève. Vous avez cité le mouvement Femme, vie, liberté, qui a lui aussi été réprimé dans une grande violence en 2022.
La posture de la France et de ses partenaires, en particulier l'Allemagne et le Royaume-Uni, s'inscrit, elle aussi, dans une histoire ancienne. Elle vise à contenir les risques que l'Iran fait peser sur la stabilité du Moyen et du Proche-Orient, sur la sécurité d'Israël, ainsi que sur nos propres intérêts sécuritaires.
C'est pourquoi, à l'approche du dixième anniversaire de l'accord sur le nucléaire iranien conclu en juillet 2015, nous avons engagé avec l'Iran un dialogue exigeant pour obtenir un nouveau règlement de nos divergences avec le régime. Ces discussions ont concerné en particulier les contraintes placées sur le programme nucléaire iranien, les activités de déstabilisation régionale menées par le biais du soutien octroyé aux proxys que sont le Hamas, les Houthis et le Hezbollah, mais aussi la cessation du soutien, direct et indirect, apporté par l'Iran à la guerre d'agression russe en Ukraine.
Notre priorité, outre le sort des deux Français otages du régime iranien, demeure la sécurité de nos ressortissants dans cette crise. On compte à peu près un millier de Français en Iran, parmi lesquels beaucoup de binationaux. Notre préoccupation première est leur sécurité, celle de nos agents et de nos deux otages, mais aussi celle de nos emprises dans la région, ainsi que celles des États avec lesquels nous lient des accords de défense.
C'est dans ce cadre que nous nous mobilisons pour apporter un soutien à la société civile iranienne, mais aussi pour qualifier les événements en cours. Comme le Président de la République l'a fait, j'appelle, à mon niveau, les autorités iraniennes à mettre fin à cette répression inhumaine, intolérable et insupportable. (MM. François Patriat et Thani Mohamed Soilihi applaudissent.)
M. le président. La parole est à Mme Valérie Boyer, pour la réplique.
Mme Valérie Boyer. Monsieur le ministre, convoquer l'ambassadeur d'Iran ne suffira pas : il faut adopter une stratégie ferme face à ce régime cruel, qui a maintes fois eu recours à l'assassinat, y compris en France. Ainsi, nous devrions inscrire les organisations islamistes iraniennes, en particulier les Pasdaran, sur la liste des organisations terroristes. La pieuvre islamiste de Téhéran a des tentacules dans toutes les démocraties occidentales ; elle nous mène une guerre féroce depuis 1979. Demeurer impuissants face à cette cruauté, c'est continuer de donner des gages à l'oppresseur.
Alors, soyons concrets, car l'histoire ne retiendra ni nos déclarations timorées ni nos silences à l'ONU ou à Bruxelles ; elle se souviendra uniquement de ceux qui ont choisi le camp de la liberté. Il nous faut, enfin, une stratégie face à ces bourreaux ! (Applaudissements sur les travées du groupe Les Républicains.)
Page mise à jour le