Question de M. CIGOLOTTI Olivier (Haute-Loire - UC) publiée le 22/01/2026
Question posée en séance publique le 21/01/2026
M. le président. La parole est à M. Olivier Cigolotti, pour le groupe Union Centriste. (Applaudissements sur les travées du groupe UC.)
M. Olivier Cigolotti. Ma question s'adresse à Mme la ministre des armées.
Combien de temps allons-nous encore être dans le déni ? Combien de temps allons-nous refuser de voir que l'ordre international issu de la Seconde Guerre mondiale a fait long feu ?
L'affaire du Groenland devrait pourtant nous ouvrir les yeux. Depuis son retour à la Maison-Blanche, le président Trump n'a cessé d'avertir les Européens qu'ils ne peuvent plus compter sur les États-Unis pour assurer leur défense.
Aujourd'hui, l'inimaginable est en train de se produire : notre principal allié d'hier menace désormais l'intégrité territoriale d'un autre pays membre de l'Otan.
Cette réalité, il faut la regarder en face et en tirer la seule conclusion qui s'impose : l'Europe doit prendre en main son destin militaire. C'est l'unique solution pour résister demain aux prédations venues de l'Est comme de l'Ouest.
Le 11 janvier dernier, le commissaire européen à la défense a plaidé pour la constitution d'un contingent de 100 000 soldats européens capables de remplacer, à terme, si nécessaire, les 100 000 Américains stationnés en Europe que Donald Trump menace de redéployer ailleurs dans le monde. Il a aussi proposé la création d'un conseil de sécurité européen regroupant les grandes puissances du continent.
Madame la ministre, ma question est double : l'Otan n'est-elle pas dès aujourd'hui menacée d'implosion et la France va-t-elle appuyer la proposition de constitution d'une armée européenne ? (Applaudissements sur les travées du groupe UC, ainsi que sur des travées du groupe INDEP. - M. Cédric Perrin applaudit également.)
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Réponse du Ministère délégué auprès de la ministre des armées et des anciens combattants publiée le 22/01/2026
Réponse apportée en séance publique le 21/01/2026
M. le président. La parole est à Mme la ministre déléguée.
Mme Alice Rufo, ministre déléguée auprès de la ministre des armées et des anciens combattants. Monsieur le sénateur, vous avez parfaitement raison, et nous avons d'ailleurs les yeux grands ouverts. Personne n'est dans le déni. Nous assistons à l'effondrement de l'ordre international tel qu'il existait depuis 1945 et à l'une des plus graves crises de la relation transatlantique que nous ayons connues. Sur ce point, j'y insiste, nous ne sommes pas dans le déni.
Nous affirmons clairement notre volonté et notre détermination à défendre la souveraineté des États, qu'il s'agisse de l'Ukraine ou d'un territoire de l'Union européenne et de l'Otan - en l'espèce, le Danemark et le Groenland. Nous appelons à une réaction forte de l'Europe et nous sommes d'ailleurs largement soutenus par nos partenaires sur ce point.
Il faut renforcer considérablement la défense de l'Europe. Cela doit passer par le pilier européen de l'Otan, dans lequel la plupart de nos partenaires ont investi. L'embryon de ce pilier est la coalition des volontaires, une initiative en grande partie mise en oeuvre sous le leadership des Français et des Britanniques. L'exercice auquel nous participons à la demande des autorités danoises en est aussi une illustration : les Européens prennent leurs responsabilités dans le cadre de l'Otan.
L'Union européenne doit avancer plus vite et plus fort sur les sujets qui relèvent de sa compétence. Elle doit faire davantage en matière de mobilité militaire ou dans le domaine spatial. En ce qui concerne l'industrie de défense, il faut que l'Europe soit plus rapide, ce qui nécessite un choc de simplification et une diminution du poids des normes qui entravent la production et notre compétitivité face au reste du monde.
Toutefois, la définition d'un modèle d'armée ou d'une posture militaire relève de la prérogative des États membres. Par conséquent, je ne pense pas que la solution prônée par le commissaire sera soutenue par la France. Là n'est pas le sujet. Dans l'immédiat, il faut que chacun fasse ce qu'il a à faire. Plus tard, nous serons plus ambitieux, si nous le pouvons et si les temps sont plus calmes. (Applaudissements sur des travées du groupe RDPI.)
M. le président. La parole est à M. Olivier Cigolotti, pour la réplique.
M. Olivier Cigolotti. Madame la ministre, pour être respecté, il faut être craint ; et pour être craint, il faut être fort. (M. Rachid Temal s'exclame.)
Pour mémoire, c'est la France qui avait fait échouer la Communauté européenne de défense en 1954. Allons-nous enfin tenter de corriger ce péché originel ?
Aujourd'hui, notre survie dépend de notre capacité à faire émerger une véritable souveraineté européenne. Si nous savons réagir, la crise groenlandaise pourrait constituer une chance pour l'Europe. (Applaudissements sur les travées du groupe UC, ainsi que sur des travées du groupe Les Républicains. - M. Marc Laménie applaudit également.)
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