Question de M. LE GLEUT Ronan (Français établis hors de France - Les Républicains) publiée le 22/01/2026

Question posée en séance publique le 21/01/2026

M. le président. La parole est à M. Ronan Le Gleut, pour le groupe Les Républicains. (Applaudissements sur les travées du groupe Les Républicains. - M. Olivier Cigolotti applaudit également.)

M. Ronan Le Gleut. Ma question s'adresse à M. le ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle, énergétique et numérique.

Monsieur le ministre, dans le rapport de force qui s'est installé avec l'administration Trump, nos producteurs viticoles, une fois de plus, se retrouvent en première ligne. La menace américaine d'une hausse massive des droits de douane suffit déjà, en tant que telle, à fragiliser nos filières, à geler les investissements et à pénaliser nos territoires.

Dans ce nouveau monde tel qu'il se dessine, la faiblesse n'apaise rien ; elle appelle au contraire l'escalade.

Les Européens tergiversent, discutent, temporisent. Néanmoins, hier, le Parlement européen a décidé de suspendre le processus de ratification de l'accord commercial avec les États-Unis. Cette première étape doit être amplifiée par l'action des États membres.

L'instrument anti-coercition permet de riposter quand un pays nous menace. Dès lors, la France a une responsabilité : entraînera-t-elle l'Europe hors de l'hésitation stratégique et vers une posture claire, lisible et dissuasive ? (Applaudissements sur les travées du groupe Les Républicains. - M. Claude Malhuret applaudit également.)

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Réponse du Ministère de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle, énergétique et numérique publiée le 22/01/2026

Réponse apportée en séance publique le 21/01/2026

M. le président. La parole est à M. le ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle, énergétique et numérique.

M. Roland Lescure, ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle, énergétique et numérique. Monsieur le sénateur Ronan Le Gleut, nous sommes sans doute au bord du basculement de l'ordre international, géopolitique et économique que nous avons connu depuis quatre-vingts ans. Les institutions internationales comme l'ONU, l'Otan, mais aussi le FMI ou le G7 sont précieuses et nous devons les préserver.

Le chef d'un État qui est notre ami depuis 250 ans menace d'utiliser une arme économique, les tarifs commerciaux. Nous ne sommes jamais très favorables à de tels droits de douane, mais en l'occurrence ils sont mis au service d'une attaque géopolitique, de surcroît dirigée contre l'un de nos alliés.

Nous devons donc réagir de manière ferme, en Européens, et même au-delà : le Royaume-Uni, la Norvège, le Canada, par l'intermédiaire de son Premier ministre, ont été très fermes. Nous partageons une même volonté de résister ensemble.

Nous avons deux objectifs. Dans un premier temps, quand quelqu'un négocie avec un pistolet sur la table, il faut montrer que nous aussi avons des armes, comme vous l'avez souligné, monsieur le sénateur.

L'instrument anti-coercition en est une, assez puissante, mais il y en a d'autres : le gel de l'accord commercial avec les États-Unis a ainsi été voté par le Parlement européen. L'Union européenne pourrait également décider d'imposer des tarifs, mis en place de manière provisoire en juillet, puis suspendus pendant six mois ; ils pourraient être rétablis dès le mois de février.

Une fois cela posé sur la table, nous devons rester engagés. Dans un second temps, après avoir affirmé avec force notre position, notre objectif doit être aussi de permettre la désescalade. Toutefois, si j'en juge par la longue intervention du président Trump à Davos, ce n'est pas encore à l'ordre du jour...

Il faut néanmoins continuer. J'ai engagé un dialogue avec mes homologues du G7, avec lesquels j'espère pouvoir organiser une réunion dès la semaine prochaine. Vous le savez, le Président de la République a appelé lui aussi à une réunion du G7. Nous devons rester engagés dans un dialogue franc, sincère et parfois difficile avec les États-Unis.

Malheureusement, si l'escalade doit avoir lieu, elle aura lieu.

M. Hussein Bourgi. Elle a déjà eu lieu !

M. Roland Lescure, ministre. En attendant, faisons tout pour que la pression retombe et montrons avec force que l'intégrité territoriale de l'Europe ne se négocie pas. (M. François Patriat applaudit.)

M. le président. La parole est à M. Ronan Le Gleut, pour la réplique.

M. Ronan Le Gleut. Monsieur le ministre, la situation que nous évoquons est non pas conjoncturelle, mais structurelle. Elle dit quelque chose de profond sur l'évolution des relations internationales et sur la place que l'Europe accepte - ou non - d'y occuper.

La menace brandie par Donald Trump montre une chose simple : dans le monde actuel, la pression est déjà une action. Devant une telle situation, l'attentisme n'est pas de la sagesse, c'est un message envoyé à ceux qui testent notre résistance.

L'Europe ne peut pas être forte dans ses discours et fragile dans ses réponses. On dissuade non pas avec des intentions, mais avec de la crédibilité. Défendre nos producteurs, ce n'est pas leur demander de tenir sous la menace, c'est refuser que la menace devienne une méthode. (Bravo ! et applaudissements sur les travées du groupe Les Républicains, ainsi que sur des travées du groupe INDEP.)

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