Question de Mme BELLAMY Marie-Jeanne (Vienne - Les Républicains-A) publiée le 22/01/2026
Question posée en séance publique le 21/01/2026
M. le président. La parole est à Mme Marie-Jeanne Bellamy, pour le groupe Les Républicains. (Applaudissements sur les travées du groupe Les Républicains.)
Mme Marie-Jeanne Bellamy. Ma question s'adresse à M. le ministre de l'éducation nationale.
Pour la première fois depuis 1945, notre pays a compté plus de décès que de naissances. La réalité est triste : nos territoires se vident.
Des classes ferment, parfois des écoles entières, et des enfants doivent parcourir toujours plus de kilomètres pour apprendre. À cela s'ajoutent de fréquents changements de programmes, mais aussi la valse des ministres de l'éducation nationale.
La baisse du niveau scolaire de nos enfants est multifactorielle : leurs problèmes de concentration et leurs difficultés à maîtriser l'écrit sont dus, entre autres, à l'omniprésence des écrans. Nous devons faire du changement démographique une opportunité pour améliorer les conditions de scolarisation des enfants et faciliter le travail des enseignants.
Monsieur le Premier ministre, les enfants ne sont pas des chiffres sur une carte scolaire. L'école ne se résume pas à une addition d'effectifs ou de ratios budgétaires. Acceptons d'avoir des classes comportant moins d'effectifs ; donnons à nos enfants les moyens de progresser. Cela suppose davantage de moyens humains, de la reconnaissance et du temps pour accompagner chaque élève. Faisons le choix d'une école plus humaine, plus inclusive, plus ambitieuse, d'une école qui tienne compte des réalités d'aujourd'hui et qui prépare l'avenir.
Monsieur le ministre, l'école rurale répond précisément à ces enjeux. Quand lui donnerez-vous les moyens d'un service public de qualité ? (Applaudissements sur des travées du groupe Les Républicains.)
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Réponse du Ministère de l'éducation nationale publiée le 22/01/2026
Réponse apportée en séance publique le 21/01/2026
M. le président. La parole est à M. le ministre de l'éducation nationale.
M. Edouard Geffray, ministre de l'éducation nationale. Madame la sénatrice Bellamy, veuillez m'excuser, mais l'école rurale n'est pas le parent pauvre de l'éducation nationale. En ruralité, on compte 30 % des écoles de France, mais 18 % des élèves - pardonnez-moi de rappeler ces chiffres, mais ils sont importants. Dans le rural éloigné, on compte en moyenne 19,5 élèves par classe, contre 23 élèves en moyenne en milieu urbain.
En revanche, ainsi que vous l'avez souligné à juste titre, la réalité est que la démographie est en chute libre - au demeurant, cela n'est pas nouveau. Si la prise de conscience vient d'avoir lieu, parce qu'il y a désormais plus de décès que de naissances en France, cela fait dix ans que les chiffres sont en chute libre et que nous perdons des élèves. Nous en perdrons 150 000 de plus à la rentrée prochaine.
Ce phénomène touche notamment le monde rural. Dans un département comme la Vienne, on compte 800 élèves de moins dans le premier degré à chaque rentrée. Le nombre d'élèves dans ce département est passé de 34 000 à 28 000 en six ans. Il y a donc une énorme difficulté.
Ma ligne, que je défends depuis ma nomination, est que nous ne pouvons continuer de subir en nous demandant chaque année, lors de la préparation de la rentrée suivante, combien il y aura d'élèves en moins, de postes en moins et combien de classes nous fermerons. Nous devons agir et penser l'école autant comme un enjeu éducatif que comme un élément de l'aménagement du territoire, parce que l'école est le clocher de la République.
Nous devons donc travailler, notamment avec les observatoires des dynamiques rurales et territoriales, que Laurent Nunez et moi-même avons généralisés, pour nous assurer qu'ils couvrent tout le territoire.
Si vous me permettez de citer des propos attribués à Auguste Comte, il faut savoir pour prévoir et prévoir pour pouvoir. Savoir et partager les données démographiques nous permet donc de prévoir et d'ensuite agir en réfléchissant à ce que sera la carte scolaire à un horizon de dix ou de vingt ans, en se donnant le temps. Nous devons aussi travailler sur l'organisation de l'offre scolaire : en ruralité, elle produit des résultats, mais pose d'autres problèmes, notamment en matière d'orientation et de poursuite d'études, ces domaines étant nettement moins favorables à nos élèves.
Telle est la ligne que je défends depuis le début ; je continuerai d'y travailler avec vous.
M. le président. La parole est à Mme Marie-Jeanne Bellamy, pour la réplique.
Mme Marie-Jeanne Bellamy. Monsieur le ministre, je vous remercie de votre réponse, mais combien de kilomètres devront être parcourus et combien de classes seront encore fermées avant que l'État ne tienne sa promesse d'égalité ?
La baisse démographique ne doit pas être un prétexte à l'abandon. Au contraire, elle doit être une chance. Donnez enfin à l'école rurale un service public adapté. (Applaudissements sur des travées du groupe Les Républicains. - Mme Marie-Pierre Monier s'exclame.)
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