Question de M. FÉRAUD Rémi (Paris - SER) publiée le 22/01/2026
Question posée en séance publique le 21/01/2026
M. le président. La parole est à M. Rémi Féraud, pour le groupe Socialiste, Écologiste et Républicain. (Applaudissements sur les travées du groupe SER.)
M. Rémi Féraud. Ma question s'adresse à Mme la ministre déléguée auprès du ministre de l'Europe et des affaires étrangères, chargée de la francophonie, des partenariats internationaux et des Français de l'étranger.
Madame la ministre, je souhaite interpeller le Gouvernement sur la situation du Nord-Est syrien, où les Kurdes sont en grand danger depuis que leurs quartiers à Alep ont été attaqués début janvier. Nous assistons au risque d'effondrement du Rojava, la région autonome du Nord-Est, face aux milices islamistes qui constituent l'essentiel de l'armée syrienne, au soutien que leur apporte la Turquie et au laisser-faire américain.
Depuis ces derniers mois, toutes les minorités de Syrie sont persécutées : les Druzes, les Alaouites, les Yézidis comme les Chrétiens et, bien sûr, les Kurdes. Ne soyons pas dupes du nouveau régime, qui, sous l'égide de son président Ahmed al-Charaa, lui-même un ancien milicien islamiste, montre son vrai visage. Nous faisons face à des crimes de guerre, à un risque d'épuration ethnique et, aussi, à la résurgence de la menace terroriste, car des milliers d'anciens djihadistes qui étaient emprisonnés dans le camp d'al-Hol semblent désormais dans la nature.
Ne détournons pas le regard : dix ans après les attentats de Paris et de Nice, c'est une menace directe pour notre sécurité. Les Kurdes de Syrie ont combattu les islamistes de Daech à nos côtés, mais ils sont, une nouvelle fois, sacrifiés par la communauté internationale. Ne peuvent-ils compter que sur eux-mêmes ou peuvent-ils espérer de la France ? Madame la ministre, que compte dire et faire notre pays pour leur venir en aide et pour défendre ainsi nos valeurs et nos intérêts ? (Applaudissements sur les travées des groupes SER et GEST. - MM. Bruno Retailleau, Roger Karoutchi et Jean-Baptiste Lemoyne applaudissent également.)
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Réponse du Ministère délégué auprès du ministre de l'Europe et des affaires étrangères, chargé de la francophonie, des partenariats internationaux et des Français de l'étranger publiée le 22/01/2026
Réponse apportée en séance publique le 21/01/2026
M. le président. La parole est à Mme la ministre déléguée chargée de la francophonie, des partenariats internationaux et des Français de l'étranger.
Mme Eléonore Caroit, ministre déléguée auprès du ministre de l'Europe et des affaires étrangères, chargée de la francophonie, des partenariats internationaux et des Français de l'étranger. Monsieur le sénateur Féraud, je tiens tout d'abord à vous remercier d'évoquer le basculement qui a lieu en ce moment au nord de la Syrie. Nous en parlons peu, somme toute, tant l'actualité internationale est dense. C'est pourtant l'une des grandes préoccupations de la France en ce moment. J'ai parlé ce matin même à notre consul général, basé au Liban : il suit de très près la situation en Syrie, car il est en charge de la sécurité de nos compatriotes dans ce pays.
Comme vous l'avez indiqué, la reprise par le gouvernement syrien des quartiers kurdes de la ville d'Alep, de la rive ouest de l'Euphrate et des provinces de Raqqa et de Deir ez-Zor interpelle. La France est fortement mobilisée, au travers de ses diplomates que je tiens à saluer, pour obtenir un cessez-le-feu et un accord politique favorisant l'unité de la Syrie et l'intégration du peuple kurde en son sein. Le président de la République s'est entretenu avec le président syrien al-Charaa, mais aussi avec le président Barzani. Le Quai d'Orsay est en contact constant avec le général Mazloum.
Ces efforts ont permis la conclusion, hier, d'un cessez-le-feu de quatre jours. Nous voulons au bout de cette période un accord politique et agissons en ce sens, car celui-ci est absolument nécessaire. Il faut des garanties politiques et sécuritaires pour les minorités de la région, en particulier pour les Kurdes. Je pense à une reconnaissance de leurs droits civils, culturels et linguistiques. Ces quatre jours seront donc décisifs et j'invite toute la représentation nationale à rester attentive.
Ces efforts doivent également permettre de ne pas baisser la garde dans la lutte contre Daech. C'est une priorité de notre ministère et du ministère des armées. Je rappelle que, le 3 janvier dernier, nos alliés britanniques et nous-mêmes avons mené des opérations militaires à cette fin. La force peut être au service du droit. Elle doit l'être. C'est un exemple qu'il convient de souligner.
Fidèle à ses principes, résolument engagée en faveur de l'unité et de l'intégrité de la Syrie, la France poursuivra ses efforts pour soutenir la transition politique vers une Syrie stable, unie, plurielle et, surtout, riche de la diversité de toutes ses composantes.
M. le président. La parole est à M. Rémi Féraud, pour la réplique.
M. Rémi Féraud. Même si je vous remercie de votre réponse, j'ai lancé une alerte sur la situation en Syrie : où est la France ? Force est de constater que, jusqu'à présent, elle s'est fait remarquer par son silence et son inaction.
Madame la ministre, monsieur le Premier ministre, soyons d'abord lucides sur le nouveau régime syrien et fermes à son endroit. Tenons-nous ensuite, dans ces jours décisifs, aux côtés des forces démocratiques syriennes et du général Mazloum. Surtout, n'abandonnons pas les Kurdes de ce pays. (Applaudissements sur les travées du groupe SER.)
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