Question de Mme PHINERA-HORTH Marie-Laure (Guyane - RDPI) publiée le 29/01/2026
Question posée en séance publique le 28/01/2026
M. le président. La parole est à Mme Marie-Laure Phinera-Horth, pour le groupe Rassemblement des démocrates, progressistes et indépendants. (Applaudissements sur les travées du groupe RDPI.)
Mme Marie-Laure Phinera-Horth. Madame la ministre des outre-mer, chaque année, près de dix tonnes d'or sont pillées illégalement en Guyane, ce qui représente un préjudice économique estimé à 1,2 milliard d'euros pour l'État et nos collectivités.
Malgré les opérations « 100 % contrôle » qui ont été conduites à l'aéroport Félix Éboué, la Guyane reste un point de transit majeur du narcotrafic vers l'Europe.
Plus grave encore, quatre factions armées brésiliennes sont en train de s'implanter durablement en Guyane pour contrôler à la fois l'orpaillage illégal et le business du narcotrafic.
Dans le même temps, plus de cinquante navires pillent quotidiennement la zone économique exclusive (ZEE) guyanaise, mettant en péril une filière de pêche déjà fragile.
Ces constats, établis par la commission des affaires étrangères du Sénat dans un rapport présenté au début du mois, ne font que confirmer ce que les Guyanais vivent depuis trop longtemps : le recul de la souveraineté de l'État en Guyane.
À cela s'ajoute un contexte géopolitique régional de plus en plus instable. La crise profonde que traverse actuellement le Venezuela, aggravée par les tensions diplomatiques récentes, n'est pas sans conséquences pour notre territoire.
Celle-ci alimentera certainement des flux migratoires non maîtrisés. Elle pourrait également faciliter l'implantation de réseaux criminels et aggraver la circulation des armes. Tout cela renforce la pression sur les frontières terrestres et maritimes de la Guyane.
Madame la ministre des outre-mer, ma question est simple : quelle est l'ambition de la France pour la Guyane ?
Quelles décisions concrètes et rapides le Gouvernement entend-il prendre pour assurer le contrôle de l'or et de la pêche, pour endiguer durablement l'implantation des organisations criminelles, pour moderniser les moyens de l'État et pour bâtir enfin un projet de développement économique garantissant aux Guyanais à la fois sécurité et emploi ?
La Guyane ne peut plus se contenter de promesses non suivies d'effet, alors qu'elle dispose de ressources considérables dont elle ne peut pleinement bénéficier. (Applaudissements sur les travées des groupes RDPI et SER.)
Réponse du Ministère des outre-mer publiée le 29/01/2026
Réponse apportée en séance publique le 28/01/2026
M. le président. La parole est à Mme la ministre des outre-mer.
Mme Naïma Moutchou, ministre des outre-mer. Madame la sénatrice Marie-Laure Phinera-Horth, vous avez abordé plusieurs sujets avec beaucoup de justesse, en particulier autour des questions de sécurité et de développement économique de la Guyane.
Vous avez raison, comme les autres, les Guyanais doivent bénéficier d'une sécurité solide et d'un développement économique pérenne. L'État apporte des solutions aujourd'hui et en apportera demain.
Permettez-moi de vous donner quelques chiffres. Sur le bilan de la lutte contre la délinquance, on constate une nette diminution de la criminalité violente : -18 % d'homicides, -33 % de violences avec armes à feu. Le trafic de stupéfiants est également en baisse : les saisies au départ de Cayenne ont diminué de moitié.
Je sais votre engagement, madame la sénatrice, dans la lutte contre le narcotrafic, qui est un fléau dans les outre-mer. Je connais les travaux parlementaires que vous avez menés, notamment dans le cadre de la loi visant à sortir la France du piège du narcotrafic. Je veux vous en remercier, car ils constituent des outils précieux pour la suite.
Toutefois, vous l'avez dit, le niveau de violence en Guyane reste élevé. Je pense notamment au nombre d'homicides chaque année. J'indique néanmoins que la tendance à la hausse a été cassée, grâce à l'engagement accru de la police et de la gendarmerie.
Pour ce qui est de la lutte contre la pêche illégale, l'État déploie de nombreux moyens humains, techniques et juridiques pour endiguer ces pratiques. Les services de la ministre chargée de la mer et de la pêche, avec l'aide de la marine nationale, sont à pied d'oeuvre. Ces moyens seront pérennisés.
Il est vrai que la Guyane dispose de nombreux atouts et potentialités. Sa position géostratégique est un atout majeur, qu'il faut faire fructifier. Vous avez abordé la question de l'or et celle de la pêche. Le bois, la jeunesse et le tourisme sont d'autres atouts qu'il convient de valoriser pour en faire des leviers de croissance.
Par conséquent, la ministre de la transition écologique et moi-même sommes en train de construire une feuille de route stratégique ambitieuse pour le développement du territoire guyanais. Nous avons d'ores et déjà identifié plusieurs axes de travail : le transfert du foncier ; la simplification des procédures minières ; l'encouragement de la filière d'orpaillage légale ; le renforcement des contrôles ; le renouvellement de la flotte de pêche.
Madame la sénatrice, vous avez raison, nous ferons en sorte...
M. le président. Il faut conclure !
Mme Naïma Moutchou, ministre. ... que la souveraineté de la Guyane profite à la souveraineté nationale. (M. François Patriat applaudit.)
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