Question de M. DUROX Aymeric (Seine-et-Marne - NI) publiée le 29/01/2026
Question posée en séance publique le 28/01/2026
M. le président. La parole est à M. Aymeric Durox, pour la réunion administrative des sénateurs ne figurant sur la liste d'aucun groupe. (MM. Stéphane Ravier, Christopher Szczurek et Joshua Hochart applaudissent.)
M. Aymeric Durox. Monsieur le ministre de l'intérieur, les chiffres publiés hier par votre ministère sur l'immigration sont catastrophiques. En 2025, la France a délivré 384 000 premiers titres de séjour : c'est un record historique, supérieur de 11,2 % à celui qui avait été atteint en 2024.
Chaque année, la situation s'aggrave sous l'autorité des gouvernements successifs ; chaque année, la barre est franchie, puis dépassée. Le plus préoccupant n'est pas seulement le volume de l'immigration, c'est sa nature même.
L'immigration de travail ne représente plus que 13 % des titres délivrés en 2025, contre 17 % en 2024. Autrement dit, alors que notre pays connaît des difficultés budgétaires majeures et que les Français sont appelés à faire des sacrifices, la France continue de privilégier une immigration majoritairement familiale - la plus élevée de toute l'Union européenne !
Selon une étude publiée par l'OCDE en 2021, la France est l'un des pays d'Europe où la contribution économique de l'immigration est la plus défavorable, avec un impact négatif estimé à moins de 1,4 % du PIB, soit un coût net évalué à environ 40 milliards d'euros par an. Voilà une source d'économie que votre gouvernement s'est soigneusement gardé d'examiner.
Ces chiffres, déjà considérables, ne prennent même pas en compte les mineurs non accompagnés (MNA) étrangers ni les entrées irrégulières sur le territoire. En octobre dernier, vous avez reconnu, contraint et forcé, la présence d'environ 700 000 clandestins sur notre sol, soit exactement le même chiffre qu'en 2021, alors que l'immigration légale n'a cessé d'augmenter depuis.
Monsieur le ministre, cela fait cinquante ans que les Français n'ont jamais été consultés sur la politique migratoire de leur pays, alors qu'elle transforme profondément leur quotidien, leurs finances publiques, leurs services sociaux et la cohésion du pays.
Et lorsque la représentation nationale tente, notamment ici, de reprendre timidement la main, ses décisions sont régulièrement censurées par des instances non élues.
Ma question est donc simple : le Gouvernement reconnaît-il enfin que la politique migratoire qu'il conduit est un échec massif ? Entend-il changer radicalement de cap ou persistera-t-il à ignorer la volonté des Français, jusqu'à ce que les conséquences deviennent irréversibles ? (MM. Stéphane Ravier, Christopher Szczurek et Joshua Hochart applaudissent. - M. Guislain Cambier applaudit également.)
Réponse du Ministère de l'intérieur publiée le 29/01/2026
Réponse apportée en séance publique le 28/01/2026
M. le président. La parole est à M. le ministre de l'intérieur.
M. Laurent Nunez, ministre de l'intérieur. Monsieur le sénateur, les chiffres que vous donnez sont rigoureusement exacts ; ils sont issus des statistiques du ministère de l'intérieur. En effet, le nombre de premiers titres de séjour délivrés a augmenté de 11,2 %, ce qui s'explique essentiellement par l'augmentation de l'asile.
L'Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra) est une institution indépendante qui offre la protection due à ceux qui remplissent certaines conditions. L'immigration augmente aussi en raison de l'octroi des titres étudiants.
Vous pouvez qualifier l'immigration comme vous le souhaitez, mais c'est ainsi qu'elle se passe depuis plusieurs années.
Vous évoquez pêle-mêle les étrangers en situation irrégulière, mais il s'agit d'un tout autre sujet. Je crois qu'en matière d'immigration nous menons une politique d'une grande fermeté. (M. Stéphane Ravier s'esclaffe.)
D'ailleurs, les chiffres que nous avons publiés hier en attestent : le nombre d'éloignements forcés augmente de 16 % et celui de l'ensemble des éloignements de 21 %.
M. Stéphane Ravier. Forcément, on part de tellement bas !
M. Laurent Nunez, ministre. Puisque vous faites des comparaisons, la France est, avec l'Allemagne, l'État européen qui réalise le plus de reconduites forcées vers les pays tiers. Nous poursuivrons cette politique très offensive en ouvrant des places au sein des centres de rétention administrative (CRA).
Puisque vous parlez de l'immigration légale, je vous rappelle que nous appliquons de la loi du 26 janvier 2024 pour contrôler l'immigration, améliorer l'intégration, qui permet de retirer des titres, de ne pas les renouveler ou de ne pas les attribuer à des personnes ayant causé des troubles à l'ordre public.
Les chiffres que nous avons publiés hier montrent que nous avons appliqué cette mesure deux fois plus que l'année dernière, grâce à l'impulsion donnée par les gouvernements successifs.
Bref, il est difficile de dire que nous ne faisons rien. Nous sommes à l'offensive en ce qui concerne tant la gestion du séjour que celle des reconduites.
Concernant le séjour, vous savez que le pacte sur la migration et l'asile entrera en vigueur le 12 juin prochain. Il permettra d'assurer une meilleure coordination entre tous les États européens, pour qu'il y ait une meilleure gestion de l'asile et que la France soit moins un pays de mouvement secondaire qu'elle ne l'est actuellement. (Applaudissements sur les travées du groupe RDPI.)
M. Stéphane Ravier. Et le Gouvernement espagnol ? (Exclamations sur les travées des groupes SER et GEST.)
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