Question de M. BILHAC Christian (Hérault - RDSE) publiée le 05/02/2026

Question posée en séance publique le 04/02/2026

M. le président. La parole est à M. Christian Bilhac, pour le groupe du Rassemblement Démocratique et Social Européen. (Applaudissements sur les travées du groupe RDSE.)

M. Christian Bilhac. On fait du neuf avec du vieux ! Voici que, vingt ans après, le Medef tente de ressusciter le CPE, le contrat première embauche. Il s'agit, nous dit-il, de résoudre le chômage des jeunes : à cette fin, on créerait un nouveau contrat de travail à durée indéterminée « pouvant être rompu sans motif dès les premières années », dans des conditions qui, aujourd'hui, ne sont pas dans la légalité.

C'est une provocation pure et simple, dangereuse et susceptible d'aggraver encore la précarité des jeunes salariés.

Je rappelle que le taux de chômage des moins de 25 ans atteint 18 % dans notre pays, contre 14 % en moyenne dans l'Union européenne.

Cette annonce intervient alors que le Medef ne participe pas à la conférence travail-emploi-retraites, qui rendra ses conclusions au mois de juin prochain. Tout cela aggrave la crise de confiance entre le monde de l'entreprise et les jeunes, sans oublier les syndicats.

J'ai déjà eu l'occasion, lors de précédentes questions d'actualité au Gouvernement, de souligner dans cet hémicycle combien il est urgent de valoriser l'apprentissage, l'une des meilleures portes d'entrée des jeunes sur le marché du travail. Pourtant, les aides ont été réduites tant pour les employeurs que pour les apprentis.

Je déplore aussi que le projet de loi de finances pour 2026 ne consacre pas plus de moyens à l'emploi des jeunes. Sa version finale supprime en particulier l'aide de 500 euros octroyée aux apprentis désireux de passer le permis de conduire, ainsi que la possibilité de le financer par le compte personnel de formation. C'est pour les jeunes ruraux un fort handicap, car il est impossible de travailler en milieu rural sans permis ni voiture.

Pour en revenir à ce nouveau CPE, j'ai noté que le Gouvernement a rejeté cette idée du patronat, mais je ne m'en inquiète pas moins.

Alors, monsieur le ministre, quelle politique comptez-vous mettre en oeuvre pour rassurer ces jeunes qui, aujourd'hui encore, croient à la valeur travail ? (Applaudissements sur les travées du groupe RDSE, ainsi que sur des travées des groupes SER et CRCE-K. - M. Yannick Jadot applaudit également.)

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Réponse du Ministère du travail et des solidarités publiée le 05/02/2026

Réponse apportée en séance publique le 04/02/2026

M. le président. La parole est à M. le ministre du travail et des solidarités.

M. Jean-Pierre Farandou, ministre du travail et des solidarités. Monsieur le sénateur Bilhac, comme vous, j'ai la préoccupation de donner un avenir à notre jeunesse. Une bonne manière d'y parvenir est de favoriser son insertion dans le monde professionnel.

Commençons par couper court aux inquiétudes : le Gouvernement ne dicte pas ses propositions au Medef. (Exclamations amusées sur les travées du groupe CRCE-K.)

M. Fabien Gay. C'est plutôt l'inverse !

M. Jean-Pierre Farandou, ministre. Celle-ci a été faite, directement auprès des syndicats, dans le cadre de l'agenda social autonome. Je veux le dire de manière très claire devant votre assemblée : de telles propositions ne sont pas à l'ordre du jour du Gouvernement.

M. Fabien Gay. Pas encore !

M. Jean-Pierre Farandou, ministre. Elles ne correspondent pas à ma conception de la manière dont on peut aider les jeunes à entrer dans le monde du travail. Ce n'en est pas moins un enjeu important : un nombre insuffisant de jeunes y parviennent et il faut oeuvrer en la matière.

Vous avez mentionné un point clé pour ce faire : l'apprentissage. En la matière, nous avons écouté les débats qui se sont tenus au Sénat et, malgré un contexte budgétaire difficile, il me semble que nous avons préservé l'essentiel en assurant le maintien des aides jusqu'au niveau de diplôme bac+2. Je vous rassure : les entreprises qui accueillent ces apprentis continueront d'être aidées.

De la sorte, plusieurs centaines de milliers de jeunes entreront cette année encore dans l'apprentissage en France. C'est à saluer, parce que, vous l'avez dit vous-même, l'apprentissage est quelque chose qui fonctionne.

Les débats qui ont eu lieu au Sénat nous ont également permis de converger pour l'insertion des jeunes qui connaissent plus de difficultés. Nous avons ainsi adapté la copie que nous avions présentée, de manière à préserver l'essentiel des ressources destinées à l'insertion des jeunes, notamment par le biais des missions locales et du contrat d'engagement jeune.

Vous voyez donc que nous partageons la préoccupation de l'emploi des jeunes. C'est d'ailleurs pourquoi j'ai tenu à ce que, au sein de la conférence travail-emploi-retraites, un atelier soit consacré exclusivement à ce sujet. J'y insiste, nous soutenons l'emploi des jeunes et leur insertion dans la vie professionnelle. (Applaudissements sur les travées du groupe RDPI. - M. Bernard Fialaire et Mme Guylène Pantel applaudissent également.)

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