Question de M. BASQUIN Alexandre (Nord - CRCE-K) publiée le 05/02/2026
Question posée en séance publique le 04/02/2026
M. le président. La parole est à M. Alexandre Basquin, pour le groupe Communiste Républicain Citoyen et Écologiste - Kanaky.
M. Alexandre Basquin. Ma question s'adresse à M. le ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle, énergétique et numérique.
Amazon, IBM, Capgemini, Microsoft, Intel, Hewlett-Packard... La liste des entreprises qui annoncent des licenciements massifs en lien avec le développement de l'intelligence artificielle ne cesse malheureusement de s'allonger.
Selon l'OCDE, 95 % des emplois administratifs pourraient être remplacés par l'IA et de nombreux corps de métiers sont menacés, notamment dans les domaines du management, des ressources humaines, de l'infographie, de la traduction, des services, sans oublier bien évidemment toutes les professions liées au monde de la création.
En plus de supprimer des emplois, l'IA exerce une pression sur les salariés, à l'image du management algorithmique, comme l'a démontré le sociologue Juan Sebastián Carbonell dans son ouvrage Un taylorisme augmenté. Ces changements profitent surtout aux multinationales qui, comble du cynisme, font des licenciements un argument marketing et voient le cours de leurs actions en bourse s'envoler.
L'IA est devenue avant tout un instrument aux mains du capital, des géants du numérique et des grands donneurs d'ordre. Dans leur récit, ces derniers nous vendent des avancées technologiques qui seraient toujours socialement bénéfiques. Cette illusion masque surtout des objectifs économiques - diminuer les coûts de main-d'oeuvre et optimiser les profits -, mais aussi des objectifs politiques - fragmenter la société, isoler les individus et mettre fin à toute forme de collectif, notamment au travail. L'intelligence artificielle peut ainsi vite devenir un outil de domination et d'exploitation. La preuve, c'est que si elle existe, c'est aussi et surtout parce que des millions de « travailleurs du clic » l'alimentent chaque jour dans des conditions misérables et déplorables.
En ces temps où l'IA, notamment l'IA générative, prend une place de plus en plus importante au sein de notre société, il nous faut nous éloigner de toute technophilie béate et ne pas oublier que les savoir-faire des salariés français nous sont indispensables et précieux.
Ma question est simple, monsieur le ministre : quel arsenal législatif et juridique envisagez-vous de mettre en oeuvre pour protéger les salariés de l'IA et de ses effets sur l'emploi ? (Applaudissements sur les travées du groupe CRCE-K. - M. Mickaël Vallet applaudit également.)
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Réponse du Ministère de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle, énergétique et numérique publiée le 05/02/2026
Réponse apportée en séance publique le 04/02/2026
M. le président. La parole est à M. le ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle, énergétique et numérique.
M. Roland Lescure, ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle, énergétique et numérique. Monsieur le sénateur Basquin, vous le savez, le phénomène dit de destruction créatrice est vieux comme le capitalisme. Il accompagne toutes les innovations en augmentant la productivité et en créant de la richesse et de la prospérité, y compris, évidemment, pour les salariés, mais aussi en détruisant un certain nombre d'activités, ce qui, malheureusement, affecte en premier lieu les personnes qui les exercent. Ce phénomène a été observé lors de l'avènement du chemin de fer, de l'automobile et de l'électrification.
Il est vrai, je suis d'accord avec vous sur ce point, que la destruction créatrice est aujourd'hui à la fois amplifiée et accélérée, ce qui pose des enjeux très forts en termes de politiques publiques.
L'intelligence artificielle crée aujourd'hui beaucoup de richesses, y compris d'ailleurs de l'autre côté de l'Atlantique, et permet d'accroître la productivité et l'efficacité. Elle devrait également rendre plus efficaces les politiques publiques et la relation des administrations avec les usagers. Cela étant, l'IA crée aussi beaucoup de fragilités, et ce à tous les échelons, pas seulement chez les ouvriers qui, historiquement, étaient les premiers affectés par les destructions d'emplois, mais aussi chez les cadres et les employés. Cela pose un défi majeur.
Pour ma part, je ne voudrais pas que la France se trouve dans une situation où elle ne profiterait pas de la création tout en étant très affectée par la destruction. Notre pays se doit donc d'être un champion de l'intelligence artificielle. Il faut pour cela que nous investissions et que nous accompagnions les entreprises qui existent en France aujourd'hui et qui permettront de créer de la prospérité.
Il faut bien évidemment, en parallèle, accompagner ceux qui sont en première ligne et qui risquent d'être affectés par ce phénomène. Cela signifie qu'il faut réguler les plateformes, mais aussi, notamment, l'intelligence artificielle, afin de protéger à la fois les usagers - vous avez mentionné l'intelligence artificielle générative - et les salariés.
Enfin, il nous faut mettre le paquet, et mon collègue ministre du travail et moi-même le ferons évidemment, sur la formation et sur l'adaptation de la main-d'oeuvre à ces nouveaux défis.
Je suis convaincu, par exemple, que les seniors ont un rôle à jouer.
Mme Sophie Primas. Pas seulement ! Les jeunes aussi !
M. Roland Lescure, ministre. On a souvent tendance à les mettre de côté, mais ils ont beaucoup à apporter dans les entreprises face à une intelligence artificielle qui ne fait que reproduire de manière un peu bête et méchante le passé. Il faut que nous en ayons tous conscience. (Applaudissements sur les travées du groupe RDPI.)
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