Question de Mme MARGATÉ Marianne (Seine-et-Marne - CRCE-K) publiée le 19/02/2026
Question posée en séance publique le 18/02/2026
M. le président. La parole est à Mme Marianne Margaté, pour le groupe Communiste Républicain Citoyen et Écologiste - Kanaky.
Mme Marianne Margaté. Monsieur le ministre de l'Europe et des affaires étrangères, depuis le 29 janvier dernier, le président Trump a décidé unilatéralement d'empêcher toute livraison de pétrole à Cuba ; or priver une population d'énergie, c'est créer délibérément une crise humanitaire.
Ce durcissement du blocus contrevient au droit international et à l'exercice le plus élémentaire des droits humains. L'économie cubaine est paralysée et la population s'approche d'une crise humanitaire majeure, subissant vingt heures de coupure d'électricité par jour, comme le soulignait, dès le 4 février, le secrétaire général de l'ONU.
Récemment encore, répondant au président Stéphane Peu, le Premier ministre qualifiait le blocus américain contre Cuba d'illégal. Il affirmait également que la France s'était toujours tenue aux côtés du peuple cubain.
Cela tombe bien, car aujourd'hui, ce peuple déterminé et digne a besoin, plus que jamais, non seulement de mots justes, mais aussi d'actes concrets et immédiats pour faire face à la sauvagerie de l'impérialisme américain, qui engendre un état d'urgence énergétique.
Le 16 février, M. Albares, ministre espagnol des affaires étrangères, s'est engagé à envoyer une aide alimentaire et sanitaire à Cuba. De nombreux pays, dont le Mexique, la Colombie, le Chili, la Chine et le Vietnam, ont le courage de passer outre le diktat du président Trump et apportent une aide à ce pays meurtri.
Nous pouvons, nous aussi, choisir de ne pas être les vassaux des États-Unis. La France, membre permanent du Conseil de sécurité et désormais puissance caribéenne après son entrée dans la Communauté des Caraïbes, ne peut détourner le regard d'un pays voisin dont l'intégrité et le peuple sont ainsi agressés.
Monsieur le ministre, la France prendra-t-elle l'initiative d'un soutien humanitaire et énergétique à Cuba, notamment par l'envoi d'équipements photovoltaïques et la mobilisation du groupe EDF pour fournir le matériel nécessaire à la rénovation des centrales thermiques ?
Dans l'immédiat, que compte faire la France pour affréter un pétrolier afin de pallier les besoins les plus urgents ? (Applaudissements sur les travées du groupe CRCE-K, ainsi que sur des travées du groupe GEST.)
Réponse du Ministère de l'Europe et des affaires étrangères publiée le 19/02/2026
Réponse apportée en séance publique le 18/02/2026
M. le président. La parole est à M. le ministre de l'Europe et des affaires étrangères.
M. Jean-Noël Barrot, ministre de l'Europe et des affaires étrangères. Madame la sénatrice Margaté, je vous remercie de votre question, qui me permet de rappeler ce que vous avez omis, c'est-à-dire ce que la France a d'ores et déjà fait pour Cuba, et ce depuis longtemps.
La France se tient en effet aux côtés du peuple cubain depuis des décennies, alors que celui-ci traverse actuellement une crise très profonde. Cette crise est provoquée, c'est vrai, par les sanctions extraterritoriales auxquelles la France et l'Union européenne s'opposent, car nous ne sommes pas les vassaux des États-Unis d'Amérique.
C'est ainsi que la France, chaque année, vote contre l'embargo aux Nations unies, comme le Premier ministre l'a rappelé ; c'est ainsi que la France a soutenu, dans le cadre du Club de Paris, la restructuration et le refinancement de la dette cubaine ; c'est ainsi que nous avons relancé une ligne de garantie export, permettant d'acheminer vers Cuba du blé et des équipements pour les centrales électriques, afin d'apporter un soutien à la fois alimentaire et énergétique ; c'est ainsi que, en 2021, après la catastrophe Mélissa, une aide humanitaire est parvenue à Cuba depuis la France.
Pour autant, cette crise profonde trouve aussi ses origines dans les décisions du gouvernement cubain lui-même. Les autorités françaises et européennes entretiennent avec ce dernier un dialogue franc, mais nous l'appelons à prendre des mesures d'ouverture démocratique et de respect des droits fondamentaux : protection des lanceurs d'alerte, des journalistes et des artistes ; établissement de l'indépendance de la justice ; garantie du droit à un procès équitable.
Il serait souhaitable que Cuba ratifie le Pacte international relatif aux droits civils et politiques, adopté par l'ONU en 1966, ainsi que le protocole facultatif se rapportant à la Convention contre la torture, et envisage l'abolition de la peine de mort.
Oui, nous nous tenons aux côtés du peuple cubain ; mais oui, il est important que les autorités cubaines prennent les mesures d'ouverture démocratique qui contribueront, elles aussi, à alléger la crise pesant sur les épaules de leur peuple. (Applaudissements sur des travées du groupe RDPI.)
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