Question de M. LEVI Pierre-Antoine (Tarn-et-Garonne - UC) publiée le 19/02/2026

Question posée en séance publique le 18/02/2026

M. le président. La parole est à M. Pierre-Antoine Levi, pour le groupe Union Centriste.

M. Pierre-Antoine Levi. Ma question s'adresse à M. le ministre de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'espace.

Avant toute chose, au nom du groupe Union Centriste, je souhaite m'associer aux hommages rendus à Quentin Deranque. À sa famille, à ses proches et à ses amis, nous adressons nos plus sincères condoléances ; nous les assurons de notre solidarité dans cette épreuve insupportable. Rien, absolument rien ne saurait justifier que l'on tue un homme parce qu'il défend une autre vision de la société. Ce drame nous oblige collectivement.

Monsieur le ministre, de nombreuses questions se posent quant à la responsabilité des établissements d'enseignement supérieur. Les débordements sont devenus récurrents : enseignants contraints de quitter leur amphithéâtre, conférences annulées sous la pression de militants, campus transformés en terrains d'affrontement. Cette violence s'est installée dans une culture de l'impunité que nous avons trop longtemps tolérée.

Alors que Sciences Po Paris avait interdit, en novembre 2024, la venue de Mme Rima Hassan, décision validée par le Conseil d'État, comment comprendre que l'Institut d'études politiques (IEP) de Lyon ait autorisé cet événement, dans un climat de tension parfaitement connu ? La directrice pouvait-elle en ignorer les risques ?

Plus largement, certains responsables politiques, notamment au sein de LFI, soufflent depuis des mois sur les braises de la conflictualité dans nos universités. Les prises de position répétées de Jean-Luc Mélenchon, notamment, contribuent à légitimer des formes de pression qui n'ont pas leur place dans l'enseignement supérieur.

Je salue la circulaire que vous avez cosignée avec M. le ministre de l'intérieur, demandant aux recteurs et aux préfets d'apporter leur expertise aux présidents d'université. Cette initiative était nécessaire, mais elle arrive après le drame. Cette circulaire sera-t-elle suffisante ? Aura-t-elle une force contraignante ou ne risque-t-elle pas d'être contestée au nom de l'autonomie universitaire ?

Les présidents d'université doivent prendre leurs responsabilités et en assumer les conséquences. Quelles mesures concrètes le Gouvernement entend-il prendre à l'encontre de l'Institut d'études politiques de Lyon et de sa direction ?

Plus largement, ne faut-il pas encadrer législativement l'organisation de meetings politiques sur les campus ? L'autonomie universitaire ne peut être le paravent de l'impuissance publique. (Applaudissements sur les travées du groupe UC, ainsi que sur des travées des groupes INDEP et Les Républicains.)


Réponse du Ministère de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'espace publiée le 19/02/2026

Réponse apportée en séance publique le 18/02/2026

M. le président. La parole est à M. le ministre de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'espace.

M. Philippe Baptiste, ministre de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'espace. Monsieur le sénateur Levi, je commencerai par dire, à mon tour, ma tristesse et ma colère devant ce drame. Quentin était étudiant à l'université Lyon-II en sciences des données, dans le domaine du numérique, et je veux aussi exprimer le deuil de l'ensemble de la communauté universitaire. Poursuivre et condamner les auteurs de cette ignominie est la première des priorités. C'est indispensable.

L'université ne doit pas devenir le lieu de la radicalité systématique. Elle doit rester un espace de savoir, de recherche et de transmission. Elle est aussi un lieu de débats contradictoires, vifs parfois, mais jamais violents. Elle doit rester fidèle à cette tradition. Telle est notre conviction, la mienne et celle du Gouvernement, et je sais que c'est aussi la vôtre, monsieur le sénateur.

Tous les élus de la République peuvent intervenir aujourd'hui lors de conférences et il n'est pas question de l'interdire par principe. En revanche, lorsque ces conférences présentent des risques sérieux de troubles à l'ordre public, elles ne doivent pas se tenir.

Le cadre légal actuel le permet et j'ai signé, lundi dernier, avec Laurent Nunez, comme vous l'avez souligné, une circulaire à destination des recteurs et des préfets qui accompagnent les présidents d'université dans leurs prérogatives. En effet, sur la base des informations qui sont remontées aux présidents d'université, ils peuvent décider d'interdire telle ou telle réunion.

Je rappelle par ailleurs que les faits que nous déplorons tous, et qui sont gravissimes, n'ont pas eu lieu au sein de l'établissement, et que Rima Hassan donne des conférences très régulièrement en dehors des établissements d'enseignement supérieur.

M. Christian Cambon. À quel titre ?

M. Philippe Baptiste, ministre. Le message que nous envoyons est simple : nous ne tolérerons dans les universités aucun comportement contraire aux principes et aux valeurs de la République. Je prendrai mes responsabilités chaque fois que cela sera nécessaire.

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