Question de M. KAROUTCHI Roger (Hauts-de-Seine - Les Républicains) publiée le 19/02/2026

Question posée en séance publique le 18/02/2026

M. le président. La parole est à M. Roger Karoutchi, pour le groupe Les Républicains. (Applaudissements sur les travées du groupe Les Républicains.)

M. Roger Karoutchi. Monsieur le Premier ministre, Quentin est mort des mains de l'ultragauche. Dans tout le pays, beaucoup de gens nient l'autorité de l'État et doutent de son efficacité, le tout dans une espèce de désenchantement démocratique.

Comment peut-on, d'ailleurs, dire à tous les Français qu'ils doivent être rassurés, quand des responsables politiques n'hésitent pas à appeler à la violence, à la haine, diffusent des messages antisémites, poussent clairement à la ségrégation et au communautarisme, font élire des députés fichés S et crient à l'intifada dans les rues de Paris ?

Comment peut-on blâmer les Français qui doutent quand, dans nos universités ou nos instituts d'études politiques, qui devraient être des lieux de tolérance et d'étude, on fait de la ségrégation et l'on organise des conférences, parfois avec des élus ou des représentants favorables au terrorisme ?

Comment peut-on blâmer les Français qui doutent quand la délinquance et la drogue touchent des gens de plus en plus jeunes et, surtout, dans tout le territoire ?

Comment peut-on blâmer les Français qui doutent quand, tous les jours, nos valeurs nationales sont critiquées, le sens de la République est attaqué et le sens de l'État est appelé à être détruit ?

Comment peut-on - et c'est là ma question -, retrouver ensemble et collectivement, car cela dépasse les clivages politiques, le sens de ce pays, de la République et de la France ? Comment peut-on retrouver le sens de nos valeurs et espérer un avenir commun ? (Applaudissements sur les travées des groupes Les Républicains, ainsi que sur des travées du groupe UC.)


Réponse du Ministère de la justice publiée le 19/02/2026

Réponse apportée en séance publique le 18/02/2026

M. le président. La parole est à M. le garde des sceaux, ministre de la justice.

M. Gérald Darmanin, garde des sceaux, ministre de la justice. Votre question, monsieur le sénateur Karoutchi, est au coeur des préoccupations de tous ceux qui ont un engagement politique, en tout cas un engagement sincère pour le bien commun.

En effet, les Français peuvent se poser la question, sans doute avec beaucoup de peine, de savoir ce qu'il est arrivé à leur pays, lorsque la drogue touche les plus petits villages, lorsque l'islamisme radical tue, lorsque les juifs se sentent obligés de partir de France, lorsque certains de nos compatriotes sont attaqués pour leur sexualité ou pour leurs opinions politiques et lorsque, manifestement, le poids du corps de la Nation ne se met pas sur les bonnes choses.

Nous sommes plusieurs ici à avoir exercé des fonctions ministérielles, et vous en faites partie. Il nous faut travailler ensemble à rétablir ce lien de confiance entre l'autorité de l'État, qui protège, comme la Nation, les plus pauvres d'entre nous, et les Français, qui iront sinon vers les populismes et qui choisiront la facilité, comme c'est le cas dans d'autres pays européens. Or quand on choisit la facilité, malheureusement, cela se fait toujours au détriment de la solidarité nationale et des valeurs qui sont celles de la grande Nation française.

Nous devons donc oser dire les mots qui doivent être dits et remettre l'église au milieu du village, si je puis me permettre de m'exprimer ainsi, ici, au Sénat.

Tout d'abord, les forces de l'ordre doivent être écoutées et entendues, car leur voix n'équivaut pas à celle d'un voleur ou d'un criminel. Lorsque l'on dit que « la police tue », on inverse les valeurs. Lorsque l'on met en examen ou en garde à vue une personne qui porte l'arme et l'uniforme de la République, pour vérifier que sa parole n'est pas égale à celle du voleur ou du criminel, on inverse l'application de l'autorité de l'État, ce qui nuit profondément à la confiance que lui portent les Français.

Ensuite, il ne faut pas céder à l'inversion des valeurs. Par exemple, ce qui s'est passé le 7 octobre 2023 constitue le plus grave crime antisémite depuis la Shoah. Or par une inversion des valeurs, on a eu l'impression, quelques jours ou quelques semaines plus tard, que le peuple israélien était lui-même exterminateur.

Cela vaut aussi lorsque les élus qui prennent des responsabilités et qui emploient des mots forts ne sont pas soutenus publiquement et sont attaqués sur les réseaux sociaux - je songe à tous les candidats aux élections municipales -, parce qu'ils représentent l'État, une partie de son autorité et de la chose publique, et qu'il n'y a pas grand monde pour les protéger ou pour dire un mot en leur faveur.

Cela vaut aussi, monsieur le sénateur,...

M. le président. Il faut conclure.

M. Gérald Darmanin, garde des sceaux. ... lorsque l'État prend des décisions et qu'elles ne sont pas suivies d'effet. Pour garantir la sécurité durant les jeux Olympiques ou encore au sujet des prisons de haute sécurité, nous avons su montrer l'autorité de l'État. Il faut le faire sur l'ensemble des sujets qui relèvent de l'action publique. Je sais que vous le ferez avec nous. (Applaudissements sur les travées du groupe RDPI, ainsi que sur des travées du groupe Les Républicains.)

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