Question de Mme CONWAY-MOURET Hélène (Français établis hors de France - SER) publiée le 19/02/2026

Question posée en séance publique le 18/02/2026

M. le président. La parole est à Mme Hélène Conway-Mouret, pour le groupe Socialiste, Écologiste et Républicain.

Mme Hélène Conway-Mouret. Le 24 février 2022, la Russie lançait contre l'Ukraine une offensive qu'elle croyait foudroyante, destinée à effectuer des gains territoriaux, mais surtout à soumettre son peuple. C'était sans compter sur la résilience d'une nation entière, qui a résisté, et sur l'engagement, le courage et la détermination des femmes et des hommes qui la forment, dont 60 000 servent actuellement dans l'armée.

Depuis quatre ans, lorsque la conférence de Munich sur la sécurité se réunit, l'Ukraine occupe une place centrale dans les discussions, car son sort sera déterminant pour l'avenir de l'Europe. Cette année encore, j'y ai entendu des témoignages glaçants : celui de ce soldat ukrainien torturé, brisé dans sa chair et traumatisé à vie ; celui de cette femme officier qui était blessée, mais est retournée au front. Ce sont autant de rappels de la réalité de cette guerre, qui détruit des vies et anéantit un pays.

C'est précisément parce qu'elle lutte pour sa survie que l'Ukraine s'est transformée en un temps record. En innovant et en développant ses drones, ses systèmes adaptatifs et sa logistique de combat, et grâce à ses succès en mer Noire et ses opérations audacieuses sur le sol russe, elle a fait de son armée la plus expérimentée d'Europe.

Pendant ce temps, la Russie a externalisé sa guerre en se fournissant à l'étranger, en hommes comme en équipements. De son côté, l'Europe a enfin compris que la paix future du continent passait par l'Ukraine.

Ainsi, la semaine dernière, le Parlement européen a approuvé un prêt de 90 milliards d'euros en faveur de l'Ukraine pour renforcer ses capacités de défense, après les 165 milliards d'euros d'aides européennes déjà apportées. À l'heure actuelle, l'Europe soutient à cent pour cent les efforts de guerre ukrainiens.

Madame la ministre, quelles leçons avons-nous tirées de cette guerre, qui a mis en lumière l'insuffisance des stocks d'armes européens et une grande dépendance énergétique et militaire vis-à-vis de pays tiers ? Où en sommes-nous dans le processus de réarmement de l'Europe ? Nous devons produire du matériel en masse et non plus principalement des équipements haut de gamme pour l'exportation. Surtout, nous devons apprendre à concevoir, à produire, à acheter et à vendre en Europe.

Enfin, si la France a été active sur le plan diplomatique en réunissant plusieurs fois à Paris la coalition des volontaires, elle est absente des négociations qui se tiennent actuellement à Genève, alors que la Russie maintient ses exigences maximalistes, que semblent soutenir les Américains. Madame la ministre, comment passer de notre rôle de spectateur dans ces négociations, à celui de véritable acteur de la paix ? (Applaudissements sur les travées du groupe SER, ainsi que sur des travées du groupe INDEP. - M. Bernard Buis applaudit également.)


Réponse du Ministère des armées et des anciens combattants publiée le 19/02/2026

Réponse apportée en séance publique le 18/02/2026

M. le président. La parole est à Mme la ministre déléguée auprès de la ministre des armées et des anciens combattants.

Mme Alice Rufo, ministre déléguée auprès de la ministre des armées et des anciens combattants. Madame la sénatrice, en effet, cela fait quatre ans que l'agression russe contre l'Ukraine, sous voûte nucléaire, menace directement les intérêts européens, dans une escalade permanente, qu'elle soit militaire, diplomatique, verbale ou hybride, dans tous les domaines de la conflictualité.

Comme vous l'avez rappelé, cela fait quatre ans que l'Ukraine résiste brillamment, avec un courage qui force l'admiration, et que nous sommes à ses côtés. J'en profite pour saluer le rôle de la diplomatie parlementaire, dont je sais qu'elle est très active à Kiev.

Quelles leçons tirons-nous ? Tout d'abord, la Russie n'a pas atteint ses buts de guerre, à savoir soumettre l'Ukraine et diviser l'Europe, la fracturer, l'empêcher d'avancer, la paralyser pour récupérer sa sphère d'influence, qu'elle estime historique. Elle n'est pas parvenue à accomplir son dessein, parce que l'Europe a tenu bon et a fait front aux côtés de l'Ukraine, en immobilisant les avoirs gelés, en créant la coalition des volontaires, en faisant pression sur la Russie, notamment par des actions sur la flotte fantôme et en se réarmant.

Quelles que soient les conclusions des négociations qui sont actuellement menées et quelle que soit l'action des États-Unis, il faudra réunir les Européens autour de la table si nous voulons instaurer une paix robuste en Ukraine. Il le faudra, parce que les Européens financent le soutien à l'Ukraine ; parce qu'ils sont prêts à apporter des garanties de sécurité à l'Ukraine ; et parce que de la manière dont se terminera le conflit en Ukraine dépendra la sécurité de l'Europe à long terme.

Madame la sénatrice, vous pouvez compter sur l'engagement du ministère de l'Europe et des affaires étrangères et, bien évidemment, sur celui du ministère des armées pour réarmer l'Europe de manière à soutenir l'Ukraine et à l'intégrer totalement à la future architecture de sécurité européenne.

J'ajoute, puisque vous l'avez très justement signalé, que l'Ukraine a beaucoup à nous apporter. Nous venons notamment de signer un accord de coproduction de drones, un domaine dans lequel l'Ukraine a un temps d'avance.

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