Question de M. FIALAIRE Bernard (Rhône - RDSE) publiée le 26/02/2026
Question posée en séance publique le 25/02/2026
M. le président. La parole est à M. Bernard Fialaire, pour le groupe du Rassemblement Démocratique et Social Européen. (Applaudissements sur les travées du groupe RDSE, ainsi que sur des travées du groupe UC. - MM. Bernard Buis et Mickaël Vallet applaudissent également.)
M. Bernard Fialaire. Monsieur le ministre de l'intérieur, nous avons tous été bouleversés par la violence qui a provoqué la mort de Quentin Deranque, le 14 février dernier, à Lyon.
La condamnation d'une telle violence par la classe politique quasi unanime pourrait être rassurante, si l'extrême gauche et quelques-uns de ses associés n'avaient fait montre d'une ambiguïté de nature à nous inquiéter.
Mais tout aussi inquiétante fut la manifestation d'hommage dédiée à Quentin Deranque samedi dernier, qui donna lieu à quelques saluts nazis et à des propos racistes et antisémites.
Mme Cécile Cukierman. Tout à fait !
M. Bernard Fialaire. Au-delà de l'exploitation politique qu'en fait l'extrême droite, la violence observée dans les manifestations prolonge celle à laquelle nous assistons ailleurs, dans les universités et les écoles, dans les stades, dans les règlements de compte entre narcotrafiquants, mais aussi dans la rue entre automobilistes et cyclistes, ou même au sein des familles - une violence qui ressemble à des films d'action ou des jeux vidéo, quand elle ne s'en inspire pas.
Au-delà des crimes de guerre commis en Ukraine comme au Proche-Orient, de la brutalité des rapports qu'imposent l'Amérique de Donald Trump ou la Russie de Poutine, ou encore de la répression en Iran, les propos échangés à l'Assemblée nationale n'ont certainement pas de vertu apaisante.
Alors, monsieur le ministre, comment protéger les libertés académiques, en particulier la liberté d'expression dans les universités, afin d'enseigner à notre jeunesse ce qu'est un débat serein et respectueux des opinions diverses et de forger leur esprit citoyen ?
Comment la force publique peut-elle garantir le calme et la sécurité dans les lieux de savoir et d'éducation, ainsi qu'à leurs abords ?
Mme Cécile Cukierman. Elle doit agir partout !
M. Bernard Fialaire. Comment protéger l'autorité morale et scientifique de l'université et de ceux qui en ont la responsabilité ?
Il y va des fondements de notre République, que le groupe RDSE défendra toujours avec vigilance. (Applaudissements sur les travées du groupe RDSE, ainsi que sur des travées des groupes RDPI et SER.)
Réponse du Ministère de l'intérieur publiée le 26/02/2026
Réponse apportée en séance publique le 25/02/2026
M. le président. La parole est à M. le ministre.
M. Laurent Nunez, ministre de l'intérieur. Monsieur le sénateur, un fil relie les nombreux sujets auxquels vous avez fait allusion dans votre question, de la manifestation de samedi dernier jusqu'aux universités : ce trait d'union, c'est la violence des mouvances ultras. Je tiens à le dire ainsi dans cet hémicycle, devant l'ensemble des sénatrices et des sénateurs : la violence des ultras, d'où qu'elle vienne, car ni l'ultragauche ni l'ultradroite n'en ont l'exclusive. (Applaudissements sur des travées des groupes RDPI, RDSE et SER.)
Mme Marie-Arlette Carlotti. Très bien !
M. Laurent Nunez, ministre. On entend trop souvent les uns et les autres essayer de charger plutôt l'autre camp. Non ! Le ministre de l'intérieur que je suis, comme le Gouvernement tout entier, lutte contre toutes les mouvances ultras, car elles sont en dehors du cadre de la République, puisque leur seul mode d'expression est la violence.
À l'évidence, cette violence vient parfois prolonger une radicalité verbale qui s'exprime sur les bancs de l'Assemblée nationale, comme vous avez eu raison de le relever, mais aussi ailleurs. Ainsi, on décomptait hier soir vingt-deux permanences de La France insoumise dégradées au cours des nuits précédentes ; les meetings de certains responsables du Rassemblement national donnent lieu systématiquement à des contre-manifestations...
M. Mickaël Vallet. Ce n'est pas interdit, les contre-manifestations !
M. Laurent Nunez, ministre. ... tout comme, d'ailleurs, ceux de La France insoumise. Il y a là une forme de radicalisation qui ne peut qu'engendrer la violence.
Alors, que faisons-nous face à tout cela ? Avant tout, nous assurons la protection des personnes avec la présence des forces de l'ordre. J'ai donné aux préfets de la République l'instruction de sécuriser l'ensemble des rassemblements en question, y compris quand ils ont lieu dans les universités, puisque vous avez pointé ce cas particulier.
En l'occurrence, mon collègue Philippe Baptiste, chargé de l'enseignement supérieur, et moi-même avons adressé aux recteurs et aux préfets une instruction visant à bien encadrer les réunions qui peuvent se tenir dans les universités. Vous n'ignorez pas la liberté d'organisation qui prévaut en la matière : la tenue de ces réunions relève des présidents d'université. Néanmoins, les préfets et les recteurs disposent de prérogatives en matière de gestion des troubles à l'ordre public qui peuvent survenir. C'est pourquoi ils s'efforcent d'être présents et d'assurer un meilleur encadrement des réunions dont on peut penser, au vu de leur thématique, qu'elles peuvent donner lieu à des expressions favorisant la violence, voire à des faits d'apologie du terrorisme, auquel cas notre devoir sera non plus d'encadrer l'événement, mais de lui mettre un terme. (Applaudissements sur des travées du groupe RDPI. - M. Philippe Grosvalet applaudit également.)
M. le président. La parole est à M. Bernard Fialaire, pour la réplique.
M. Bernard Fialaire. Monsieur le ministre, je vous remercie de votre réponse. La défense de la République est un combat permanent : nous devons tous nous y atteler. (Applaudissements sur les travées du groupe RDSE, ainsi que sur des travées du groupe RDPI. - M. Marc Laménie applaudit également.)
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