Question de M. SAVOLDELLI Pascal (Val-de-Marne - CRCE-K) publiée le 26/02/2026

Question posée en séance publique le 25/02/2026

M. le président. La parole est à M. Pascal Savoldelli, pour le groupe Communiste Républicain Citoyen et Écologiste - Kanaky.

M. Pascal Savoldelli. Monsieur le ministre de l'intérieur, la semaine dernière, votre gouvernement a choisi d'instrumentaliser un drame injustifiable pour criminaliser La France insoumise et, plus largement, la gauche, dévoyant de la sorte le débat public.

Le samedi 21 février, tandis que la Nation honorait Missak Manouchian et les fusillés de l'Affiche rouge, des cortèges néofascistes défilaient dans les rues de Lyon, ville qui fut jadis l'un des principaux foyers de la Résistance. Pourquoi donc avoir autorisé cette manifestation, monsieur le ministre ?

Dans le même temps, l'une de vos collègues parle de « parti anti-France », empruntant ainsi le vocabulaire de Pétain. (Exclamations sur les travées du groupe Les Républicains.)

Le journal l'Humanité a révélé que Némésis organise ces violences et attise la haine. Engagerez-vous la dissolution de ce mouvement identitaire fémonationaliste ?

Monsieur le ministre, face à ces faits, comment expliquez-vous que votre gouvernement criminalise l'antifascisme tout en laissant prospérer ces réseaux néofascistes ? (Applaudissements sur les travées des groupes CRCE-K et GEST, ainsi que sur des travées du groupe SER.)


Réponse du Ministère de l'intérieur publiée le 26/02/2026

Réponse apportée en séance publique le 25/02/2026

M. le président. La parole est à M. le ministre.

M. Laurent Nunez, ministre de l'intérieur. Monsieur le sénateur, personne ne laisse prospérer de réseaux néofascistes.

La manifestation en question a été déclarée à la préfecture comme une marche d'hommage.

M. Pascal Savoldelli. Des saluts nazis, c'est un drôle d'hommage !

M. Laurent Nunez, ministre. Je n'autorise pas les manifestations ; je ne peux interdire que celles dont j'aurai démontré qu'elles donneraient lieu à des troubles à l'ordre public que je ne serais pas en mesure de contenir. (Exclamations sur les travées du groupe CRCE-K.)

Je vous renvoie, monsieur le sénateur, à la marche qui avait été organisée lorsque Clément Méric avait été tué par un militant d'ultradroite.

Mme Cécile Cukierman. Sans saluts nazis !

M. Laurent Nunez, ministre. Le préfet de police de l'époque - nous étions sous le quinquennat de M. François Hollande - ne l'avait pas interdite, au vu de sa nature de marche d'hommage. (Exclamations sur les travées du groupe CRCE-K.)

Le fait que nous n'ayons pas interdit la marche de samedi dernier signifie-t-il que nous approuvons ce que nous y avons entendu ou les gestes que nous y avons vus ? De toute évidence, non ! La préfète du Rhône a saisi la justice au titre de l'article 40 du code de procédure pénale ; des enquêtes judiciaires ont été ouvertes. Les auteurs de ces gestes et de ces paroles seront confondus, et ils seront punis.

Nous ne tolérons aucun débordement de la part des mouvances ultras, qu'elles soient d'ultradroite ou d'ultragauche. Cela nous impose d'engager des actions judiciaires et des procédures de dissolution quand se produisent des appels à la haine ou à la discrimination, voire des actes de violence quand il s'agit de groupes de combat.

Les faits démontrent que nous sommes intraitables en la matière. Depuis l'élection du Président de la République, vingt-quatre structures de cette nature ont été dissoutes, dix-neuf pour l'ultradroite, cinq pour l'ultragauche. Notre main ne tremble pas sur ces questions.

Monsieur le sénateur, vous me posez une question très précise - laissons-nous perdurer les groupes néofascistes - tout en citant spécifiquement le groupe Némésis.

J'ai déjà dit hier, à l'Assemblée nationale, qu'aucun groupe n'échappait à la vigilance du ministre de l'intérieur que je suis ou de ses services ; cela concerne le groupe d'identitaires qu'est Némésis, parmi d'autres. Nous nous attachons donc à déterminer si des propos incitant à la haine ou à la discrimination ont été tenus, voire des appels à la violence. Nous nous sommes réunis hier, autour du Président de la République et du Premier ministre, pour établir notre programme de dissolution, qui porte à la fois sur l'ultragauche et sur l'ultradroite.

Soyez donc certain, monsieur le sénateur, que ce gouvernement ne laissera passer aucune violence ni aucun appel à la violence ! Les ultras, d'où qu'ils viennent, seront toujours combattus par ce gouvernement ? Nous ne tremblerons pas, nous ne faiblirons pas non plus. (Applaudissements sur des travées des groupes RDPI, RDSE et UC.)

M. le président. La parole est à M. Pascal Savoldelli, pour la réplique.

M. Pascal Savoldelli. Monsieur le ministre, la violence de notre société ne vient pas d'un parti de gauche.

La violence, c'est le fait de l'extrême droite, qui n'est que le prolongement d'un capitalisme en crise. (Protestations sur les travées du groupe Les Républicains.)

M. Roger Karoutchi. Grotesque ! La Jeune garde, c'est quoi ?

M. Pascal Savoldelli. La violence, c'est le technofascisme qui fait vaciller nos libertés. C'est à l'extrême droite que se situe le parti le plus condamné pour racisme, antisémitisme et discriminations. (Applaudissements sur les travées des groupes CRCE-K, SER et GEST. - Exclamations sur les travées du groupe Les Républicains.)

Mme Cécile Cukierman. Il a raison ! C'est scandaleux de ne pas applaudir !

M. Pascal Savoldelli. Il est par trop dangereux de nier cette réalité.

La gauche n'est pas un parti unique. Elle connaît des divergences, mais une chose est sûre : elle n'est pas fasciste.

M. Olivier Paccaud. Et Doriot ? Et Laval ?

M. Pascal Savoldelli. Nous, communistes, savons ce que signifie la diabolisation.

Un rappel, pour conclure : en 2024, monsieur le Premier ministre, lors des élections législatives anticipées, 217 désistements venus de la gauche ont fait barrage au Rassemblement national, sans calculs politiciens. (Applaudissements sur les travées des groupes CRCE-K, SER et GEST.) Or voici qu'aujourd'hui, certains ici osent fermer la porte à la gauche, pour mieux entrouvrir celle de l'extrême droite !

Le vrai débat n'oppose pas des étiquettes : il oppose des intérêts de classes.

Mme Sophie Primas. Ce n'est pas vrai !

M. Pascal Savoldelli. Ne vous trompez pas de front : choisissez la République ! choisissez l'antifascisme ! (Vifs applaudissements sur les travées des groupes CRCE-K et GEST, ainsi que sur de nombreuses travées du groupe SER.)

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