Question de M. GONTARD Guillaume (Isère - GEST) publiée le 26/02/2026
Question posée en séance publique le 25/02/2026
M. le président. La parole est à M. Guillaume Gontard, pour le groupe Écologiste - Solidarité et Territoires. (Applaudissements sur les travées du groupe GEST.)
M. Guillaume Gontard. Monsieur le Premier ministre, c'est ici même que, le 15 mai 1945, le général de Gaulle prononça ses premiers mots après la victoire contre le nazisme. (Exclamations sur les travées du groupe Les Républicains.)
M. Mickaël Vallet. Vous le citez assez à tort et à travers !
M. Guillaume Gontard. Samedi dernier, tout ce que la France compte de groupuscules néonazis et néofascistes a défilé au grand jour. Ils laissaient échapper, malgré tous leurs efforts de dissimulation, leur adoration du Reich et leur haine de la différence. En somme, une « facho pride » autorisée par la République et encadrée par sa police !
Peu avant, le Parlement et la région Auvergne-Rhône-Alpes, avec un masochisme incompréhensible, avaient rendu hommage à un ennemi de la République.
Depuis lors, votre collègue chargée de la lutte contre les discriminations cite Charles Maurras sans sourciller. Quant à la candidate du socle commun à Marseille, elle fait sienne la devise pétainiste du régime de Vichy.
M. Olivier Paccaud. Et Doriot, Déat, Laval ?
M. Guillaume Gontard. Le président d'un parti qui se nomme pourtant « Les Républicains », enfin, dénonce « les dérives de l'État de droit ».
Vraiment, le Rassemblement national n'a qu'à attendre son heure pour achever la République !
Depuis le meurtre odieux de Quentin Deranque, un glissement s'opère : une perte totale de repères pour certains, un vernis de respectabilité qui craque pour d'autres.
Profitant de l'émotion légitime suscitée par ce crime, une stratégie de victimisation s'orchestre sous nos yeux pour créer une figure de martyr à même d'autoriser les pires vilenies, les pires références.
Pour laisser le poison fasciste se répandre, on dénonce à grands cris les rares effets secondaires regrettables de l'antidote antifasciste.
L'inversion des valeurs et la banalisation de l'extrême droite à l'oeuvre depuis de longues années dans les démocraties occidentales atteignent aujourd'hui dans notre pays un point de bascule. Des années 1930 en Europe au temps présent aux États-Unis, le chemin est connu, la funeste destination, aussi.
Monsieur le Premier ministre, mes chers collègues, nous faisons face à un choix simple : le sursaut républicain et gaulliste, ou le précipice fasciste. Le moment ne souffre d'aucune ambiguïté. Ne faisons pas bégayer l'Histoire ! (Applaudissements sur les travées des groupes GEST, ainsi que sur des travées des groupes SER et CRCE-K.)
Réponse du Premier ministre publiée le 26/02/2026
Réponse apportée en séance publique le 25/02/2026
M. le président. La parole est à M. le Premier ministre.
M. Sébastien Lecornu, Premier ministre. Monsieur le président Gontard, je pense que le choix est vite fait : la seule voie possible est celle de la plus grande des clartés. Lorsque les choses sont compliquées, je pense qu'il faut les énoncer le plus simplement possible.
À cet égard, mais aussi à la suite de l'échange qui vient d'avoir lieu entre le ministre de l'intérieur et M. Savoldelli, et en particulier de la réplique de ce dernier, je m'interroge : peut-on encore, au Sénat, lors d'une séance de questions d'actualité au Gouvernement, que l'on appartienne à la droite républicaine, jusqu'à la plus affirmée, ou au parti communiste français, refuser la violence d'où qu'elle vienne, de l'extrême droite comme de l'extrême gauche ? (Applaudissements sur les travées des groupes Les Républicains, UC et INDEP, ainsi que sur des travées des groupes RDSE et RDPI. - Mmes Marie-Arlette Carlotti et Laurence Harribey applaudissent également.)
Le message à envoyer est que la violence doit être refusée, écartée. Elle n'est absolument pas le mode normal d'une expression politique dans une démocratie comme la nôtre.
Mme Silvana Silvani. Ce n'est pas le sujet !
M. Sébastien Lecornu, Premier ministre. Si l'on ne commence pas par renoncer à la violence et par la condamner, on ne pourra pas avancer. Cette absence de clarté ne peut pas durer.
Mme Cécile Cukierman. Et après ?
M. Sébastien Lecornu, Premier ministre. Après, chacun a ses engagements politiques.
Pour ma part, je suis un homme de droite. Ces derniers mois, on m'a souvent reproché de dialoguer et de travailler avec la gauche républicaine précisément parce que j'ai voulu que le Gouvernement de la République ne travaille pas avec l'extrême droite. La clarification, c'est aussi cela. (Applaudissements sur les travées du groupe UC.)
Pour autant, la clarification ne s'arrête pas là, monsieur le sénateur Gontard. Elle est dans la fin du « deux poids, deux mesures ». La semaine dernière, lors de la séance de questions d'actualité au Gouvernement, à l'Assemblée nationale, j'ai demandé à la présidente du groupe La France insoumise de faire le ménage dans ses idées et dans ses rangs. (Applaudissements sur les travées du groupe Les Républicains.) Au moment où je vous parle, le député Raphaël Arnault en est toujours l'un des membres. (Mme Cécile Cukierman s'exclame.)
Monsieur le sénateur Gontard, je ne dis pas que votre combat contre l'extrême droite et contre le fascisme n'est pas à la hauteur, mais reconnaissez que ce « deux poids, deux mesures » ne permet plus d'être ni crédible ni audible. (M. Thomas Dossus s'exclame.)
En ce qui me concerne, j'ai une boussole assez simple : refuser la violence d'où qu'elle vienne et lutter contre les extrêmes, gauche et droite confondues. (M. Thomas Dossus s'exclame de nouveau.) En effet, le projet politique que les extrêmes ont pour la France, c'est précisément de nous voir disparaître et de se retrouver face à face au second tour de l'élection présidentielle.
Réveillons-nous ! (Applaudissements sur des travées des groupes Les Républicains, UC, RDSE, RDPI et INDEP. - Mme Laurence Harribey et M. Rémi Féraud applaudissent également.)
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