Question de M. THÉOPHILE Dominique (Guadeloupe - RDPI) publiée le 26/02/2026
Question posée en séance publique le 25/02/2026
M. le président. La parole est à M. Dominique Théophile, pour le groupe Rassemblement des démocrates, progressistes et indépendants.
M. Dominique Théophile. Ma question s'adresse à M. le ministre de l'Europe et des affaires étrangères.
Monsieur le ministre, depuis quelques semaines, l'administration Trump a choisi de durcir le ton à l'égard de Cuba, allant jusqu'à qualifier l'île d'« État défaillant » et refusant d'exclure l'option militaire.
Nous ne sommes plus dans la simple rhétorique de campagne. Nous sommes dans une stratégie assumée de pression maximale dans la Caraïbe, au nom d'une vision du monde que l'on croyait reléguée dans les livres d'histoire.
Derrière ces déclarations se dessine en effet le retour à peine voilé de la doctrine Monroe, selon laquelle l'ensemble du continent américain constituerait le pré carré naturel des États-Unis, légitimant leur droit d'ingérence.
Monsieur le ministre, cette doctrine s'exercerait alors à quelques centaines de kilomètres seulement de nos territoires. Ainsi, l'île d'Avès, située à proximité immédiate de l'arc antillais, donc de la Guadeloupe, en serait l'illustration la plus concrète.
Pendant ce temps, que fait Washington ? Embargo renforcé, menaces verbales, instrumentalisation de la crise cubaine.
Il s'agit là d'une diplomatie du bras de fer, théâtrale et imprévisible, dictée par des considérations de politique intérieure.
Pourtant, comme l'a rappelé l'ambassade de Cuba en France, « le blocus économique, commercial et financier constitue le principal obstacle au développement et au bien-être du peuple cubain ».
Aujourd'hui, il est question de Cuba. Pourtant, chacun comprend que ce qui est infligé à ce pays pourrait, demain, être appliqué à tout État qui refuserait de s'aligner.
Pour les Antilles, ce n'est pas une querelle lointaine entre grandes puissances, c'est une question de sécurité immédiate, de stabilité régionale et, disons-le clairement, de souveraineté française dans la Caraïbe.
Face à l'asphyxie méthodique de cet État par l'administration Trump, la France entend-elle rompre le silence et s'imposer sur la scène diplomatique ?
Se taire à propos de Cuba aujourd'hui, c'est accepter de voir demain réactivée une doctrine qui placerait les Antilles françaises dans le champ d'intervention américain. (Applaudissements sur les travées des groupes RDPI, RDSE, GEST et SER. - Mme Marianne Margaté applaudit également.)
Réponse du Ministère de l'Europe et des affaires étrangères publiée le 26/02/2026
Réponse apportée en séance publique le 25/02/2026
M. le président. La parole est à M. le ministre de l'Europe et des affaires étrangères.
M. Jean-Noël Barrot, ministre de l'Europe et des affaires étrangères. Monsieur le sénateur Dominique Théophile, je vous remercie de soulever la question de Cuba et donc celle de la situation en mer des Caraïbes et ses conséquences pour nos territoires d'outre-mer où vivent 800 000 de nos compatriotes.
Oui, l'instabilité en mer des Caraïbes, provoquée par les opérations militaires récentes des États-Unis dirigées vers le Venezuela, a eu non seulement des répercussions sur la stabilité dans la région, mais également des conséquences très concrètes pour nos compatriotes. Ainsi, vers le 3 janvier dernier, la suspension des vols Air France desservant la Guadeloupe, la Martinique ou encore Saint-Martin a été décidée.
Cette situation d'instabilité ne doit pas nous conduire à détourner les yeux des interconnexions entre la Caraïbe et l'Amérique latine, notamment en matière de criminalité organisée. Le narcotrafic se densifie et se structure dans cette région, faisant des Antilles un point de transit, voire de rebond.
C'est la raison pour laquelle nous avons assorti le plan de lutte contre la criminalité organisée et la lutte contre le narcotrafic d'un volet international, mis en oeuvre sous l'autorité du Premier ministre.
Monsieur le sénateur, je rejoins vos remarques et vos réflexions. La France considère que ce n'est ni par la pression maximale ni par les embargos qu'elle dénonce chaque année devant l'Assemblée générale des Nations unies que des solutions concernant Cuba peuvent être trouvées. Cela passe par un dialogue exigeant avec les autorités cubaines.
Ces dernières doivent quant à elles s'engager sincèrement dans le dialogue, s'ouvrir économiquement et démocratiquement et respecter un certain nombre de droits fondamentaux. Bien que nous ne puissions qu'acquiescer lorsque les autorités cubaines rappellent les principes d'intégrité territoriale et les principes du droit international, je regrette très vivement qu'elles n'aient pas soutenu, hier, à l'Assemblée générale des Nations unies la résolution présentée par l'Ukraine qui en appelait à ces mêmes principes. (Applaudissements sur les travées du groupe RDPI.)
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