Question de Mme LE HOUEROU Annie (Côtes-d'Armor - SER) publiée le 26/02/2026
Question posée en séance publique le 25/02/2026
M. le président. La parole est à Mme Annie Le Houerou, pour le groupe Socialiste, Écologiste et Républicain. (Applaudissements sur les travées du groupe SER.)
Mme Annie Le Houerou. Monsieur le président, mes chers collègues, avec la ministre Aurore Bergé, la ministre Annie Genevard a présenté un plan d'action national pour favoriser la place des femmes en agriculture. Il aura donc fallu presque dix ans pour reprendre une partie des propositions faites dans le rapport publié en 2017 par le Sénat !
Mieux vaut tard que jamais, je l'admets. Nous serons nombreuses ici à vérifier que vos mesures soient réellement mises en oeuvre. Toutefois, les 11 millions de femmes vivant en ruralité méritent une politique plus globale que ce plan.
En 2021, dans un rapport intitulé Femmes et ruralités : en finir avec les zones blanches de l'égalité, le Sénat dénonçait l'absence de prise en compte de l'égalité femmes-hommes dans nos politiques publiques. Dans ce texte, qui reflète notamment l'excellent travail de ma collègue Marie-Pierre Monier, tout est dit.
La mobilité pèse sur les choix professionnels des femmes, qui sont plus souvent inactives. Elles acceptent des postes moins qualifiés, moins bien payés, mais à proximité de leur domicile. S'accumulent alors temps partiels subis, horaires décalés, offres d'emploi moins diversifiées... Ce sont elles qui prennent soin des plus vulnérables. Pourtant, elles sont sous-payées.
Les femmes sont celles qui gèrent aussi le quotidien de la famille. Et en milieu rural, chaque démarche prend plus de temps. L'accès aux crèches est plus difficile, les écoles sont plus éloignées, les déplacements nécessaires pour que les enfants accèdent à la culture ou au sport sont plus longs. Les services médicaux s'éloignent. Treize départements sont dépourvus de gynécologues, et vous voulez encore fermer nos maternités et plateaux techniques ! L'arbitrage financier sacrifie toujours la femme, aux revenus inférieurs, à son conjoint. Cette fragilité économique et l'isolement géographique piègent parfois les femmes dans leur couple. Le constat est glaçant : près de la moitié des féminicides ont lieu en ruralité.
Monsieur le ministre, à l'approche du 8 mars, quelles mesures globales proposez-vous contre les inégalités femmes-hommes, qui sont amplifiées sur nos territoires ruraux ? (Applaudissements sur les travées du groupe SER.)
Réponse du Ministère délégué auprès de la ministre de l'aménagement du territoire et de la décentralisation, chargé de la ruralité publiée le 26/02/2026
Réponse apportée en séance publique le 25/02/2026
M. le président. La parole est à M. le ministre délégué chargé de la ruralité. (Exclamations.)
M. Michel Fournier, ministre délégué auprès de la ministre de l'aménagement du territoire et de la décentralisation, chargé de la ruralité. Monsieur le président, mesdames, messieurs les sénateurs, madame la sénatrice, je tiens tout d'abord à vous remercier sincèrement pour cette question, car elle est structurante.
Je reviens, comme d'autres, du Salon international de l'agriculture. Ce que j'y ai entendu traduit une réalité : les territoires ruraux sont vivants et engagés. Surtout, ils attendent que la République soit pleinement à leurs côtés, comme vous l'avez souligné. Cette exigence vaut également pour l'égalité entre les hommes et les femmes.
Vous l'avez rappelé, les travaux sur les femmes et les ruralités menés par la délégation du Sénat aux droits des femmes et à l'égalité des chances entre les hommes et les femmes ont utilement mis en lumière les spécificités territoriales et la nécessité d'adapter nos politiques publiques. Il est trop fréquent que, dans nos territoires ruraux, les femmes cumulent les vulnérabilités, que vous avez parfaitement décrites : éloignement des services publics, isolement social... Lorsqu'on vit loin de tout, il est plus difficile de parler, de signaler, de partir. Cette réalité, nous ne pouvons l'ignorer, et elle demeure trop répandue.
Avec Françoise Gatel, Aurore Bergé et Annie Genevard, nous avons fait le choix d'une approche résolument territoriale. Vous l'avez dit, Annie Genevard a ainsi présenté au Salon international de l'agriculture un plan d'action national visant à favoriser la place des femmes en ruralité. Ce plan comporte quarante et une mesures concrètes, issues de plusieurs mois de concertation et de 3 500 contributions.
Les femmes représentent un quart des chefs d'exploitation et 30 % des actifs agricoles. Elles sont indispensables au renouvellement des générations. Sans elles, il n'y a pas d'avenir pour notre agriculture ; sans égalité, il n'y a pas davantage d'avenir pour nos territoires. Permettez-moi, à cet égard, d'avoir une pensée pour ma mère, engagée dans l'exploitation familiale : c'est une réalité que j'ai personnellement vécue.
Par ailleurs, avec l'Association des maires ruraux de France (AMRF), que j'ai présidée, nous avons développé le dispositif élu rural relais de l'égalité (Erre), qui vise à lutter contre les violences intrafamiliales. Il s'agit d'un dispositif concret : un élu est identifié et formé afin qu'il soit capable d'être une première porte d'entrée. En ruralité, vous le savez, c'est souvent la porte de la mairie qui est la plus facile à pousser.
M. le président. Il faut conclure.
M. Michel Fournier, ministre délégué. Il ne peut y avoir aucun angle mort territorial dans la lutte contre les violences, aucun renoncement. L'égalité réelle suppose l'égalité territoriale. Et c'est un homme qui vous le dit ! (MM. François Patriat et Thani Mohamed Soilihi applaudissent.)
M. le président. La parole est à Mme Annie Le Houerou, pour la réplique.
Mme Annie Le Houerou. Merci, monsieur le ministre, mais quand vous réduisez les crédits alloués aux associations luttant contre les violences, ce sont les territoires ruraux que vous touchez, et les permanences donnant aux femmes l'accès à leurs droits. Quand vous fermez des écoles ou des services hospitaliers, vous contribuez aux violences faites aux femmes dans nos territoires ruraux. Alors, monsieur le ministre, chaussez les lunettes de l'égalité pour y voir clair et pour qu'une politique offensive soit menée, afin de construire une ruralité plus heureuse pour tous et toutes ! (Applaudissements sur les travées du groupe SER.)
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