Question de Mme VARAILLAS Marie-Claude (Dordogne - CRCE-K) publiée le 12/02/2026

Mme Marie-Claude Varaillas attire l'attention de Mme la ministre de l'agriculture, de l'agro-alimentaire et de la souveraineté alimentaire sur la pénurie de vétérinaires en milieu rural, et plus particulièrement en Dordogne.

Depuis plusieurs années, la Dordogne connaît une situation de désertification vétérinaire alarmante. De plus en plus de praticiens renoncent aux actes ruraux essentiels (prophylaxies, bilans sanitaires d'élevage, urgences), se concentrant sur les animaux de compagnie afin de maintenir l'équilibre économique de leurs structures.

Cette situation entraîne des conséquences immédiates et lourdes pour les éleveurs : allongement des délais d'intervention, explosion des frais de déplacement supportés par les éleveurs, mise en danger du bien-être animal, fragilisation de la sécurité sanitaire des filières et remise en cause de la viabilité économique des exploitations agricoles.

Les vétérinaires engagés en milieu rural dénoncent unanimement des conditions d'exercice devenues intenables. Surcharge administrative, multiplication des contrôles et des procédures rendent l'activité rurale chronophage et peu rémunératrice. Cette réalité explique en grande partie la perte d'attractivité durable de ces territoires pour les jeunes diplômés.

Si le Gouvernement a engagé un renforcement des effectifs formés dans les écoles nationales vétérinaires, les professionnels soulignent que ces mesures, à elles seules, ne permettront pas de répondre à l'urgence, ni à la spécificité et à la pénibilité de la médecine vétérinaire rurale.

Par ailleurs, le projet de création d'une école vétérinaire à Limoges, au coeur d'un important bassin d'élevage, constitue une réponse structurante et cohérente face à la pénurie croissante de vétérinaires en milieu rural. Porté par la région Nouvelle-Aquitaine, ce projet vise à rapprocher la formation des réalités de terrain et à favoriser, dès le cursus, l'ancrage territorial des futurs praticiens. Dans un contexte marqué par le recul de la médecine vétérinaire rurale et par l'augmentation des risques sanitaires ce projet apparaît complémentaire du renforcement des écoles nationales vétérinaires. Il gagnerait à être pleinement soutenu par l'État afin de contribuer efficacement à l'attractivité de l'exercice vétérinaire dans les territoires d'élevage et à la sécurisation durable des filières agricoles.

Aussi, elle lui demande quelles mesures concrètes le Gouvernement entend prendre pour garantir une présence vétérinaire effective et durable en milieu rural, notamment en Dordogne, en renforçant les incitations à l'installation et à l'exercice en zone rurale, et en assurant que les politiques de formation ne se traduisent pas par une mise en concurrence inefficace entre écoles publiques et privées, au détriment de la qualité de la formation.

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Réponse du Ministère de l'agriculture, de l'agro-alimentaire et de la souveraineté alimentaire publiée le 16/04/2026

La profession vétérinaire forme avec l'État, les éleveurs et les laboratoires d'analyse les quatre piliers du système sanitaire français dont les objectifs sont la détection précoce des maladies animales et une réaction rapide et efficace pour éviter leur diffusion. Les vétérinaires occupent en effet une place essentielle dans le dispositif de sécurité sanitaire, notamment en matière de surveillance, de prévention ou de lutte contre les maladies animales réglementées. Leur rôle en matière de préservation de la santé publique est majeur, en prévenant les risques zoonotiques par une surveillance au plus près du terrain. Ceci est d'autant plus important qu'au moins 60 % des maladies humaines infectieuses ont une origine animale. La performance sanitaire et économique des exploitations et la préservation de la santé publique s'appuient sur la présence des vétérinaires dans les zones d'élevage. Cependant, le constat de la diminution du nombre de vétérinaires dans les territoires ruraux constitue une tendance forte et continue qui induit un phénomène de « désertification vétérinaire » pesant sur la bonne santé du cheptel français, ainsi que sur l'activité agricole en elle-même puisque les éleveurs se retrouvent démunis, faute de vétérinaire disponible. Dès 2016, le ministère chargé de l'agriculture s'est engagé auprès des professions agricoles et vétérinaires dans une « feuille de route pour le maintien des vétérinaires en productions animales et en territoires ruraux » afin d'anticiper les évolutions démographiques du monde vétérinaire et d'assurer ainsi un maillage suffisant pour la santé animale et la santé publique. Cette feuille de route a été recentrée autour de trois axes visant à renforcer le triptyque éleveurs-vétérinaires-État et à trouver des solutions pratiques à la problématique du maillage vétérinaire en mobilisant l'ensemble des acteurs. Un tel renforcement est indispensable au maintien du haut niveau de performance du dispositif sanitaire, à son adaptation aux évolutions en lien avec le règlement européen (UE) 2016-429 dit « Loi de santé animale » et aux actuels changements sociologiques et organisationnels de la profession vétérinaire. Les trois axes de cette feuille de route sont « favoriser l'ancrage territorial », « renforcer la relation éleveurs-vétérinaires » et « renforcer la relation vétérinaires-État ». De plus, le Gouvernement a initié un plan de renforcement des quatre écoles nationales vétérinaires (ENV) pour la période 2023-2025. Tout d'abord, une nouvelle augmentation du nombre d'étudiants porte la taille des promotions de chaque ENV à 180 étudiants contre 160 auparavant, cet accroissement s'accompagnant de recrutements d'enseignants ou de cliniciens. Par ailleurs, la loi de programmation de la recherche a créé un encadrement pour des écoles vétérinaires privées d'intérêt général avec les mêmes niveaux d'exigence que les écoles publiques. À ce titre, l'école vétérinaire UniLaSalle de Rouen a été agréée pour la rentrée de septembre 2022 et accueille 120 étudiants par promotion. En parallèle, les études vétérinaires ont été réformées avec l'ouverture d'un concours post-baccalauréat (post-bac) des ENV. Il permet de devenir vétérinaire en 6 ans après le bac, contre 7 à 8 ans d'études par les autres voies de concours. Ce recrutement post-bac des ENV, limité initialement à 160 étudiants en 2021 pour l'ensemble des 4 ENV, a été renforcé pour atteindre 280 étudiants en 2024. L'école vétérinaire UniLaSalle de Rouen recrute également selon les mêmes modalités. Ainsi, la proportion d'étudiants accédant à une école vétérinaire française directement après le bac est portée à 50 %, norme de recrutement des facultés vétérinaires des autres pays de l'Union européenne. Ce plan de renforcement des ENV et l'agrément de l'école vétérinaire UniLaSalle de Rouen permettront d'augmenter le nombre de vétérinaires formés en France de 75 % entre 2017 et 2030. Enfin, l'appel à manifestation d'intérêt financé en 2022 par le ministère chargé de l'agriculture à hauteur de 300 000 euros a permis l'élaboration, dans 11 territoires sélectionnés, de diagnostics territoriaux sur le maillage en vue de trouver des outils et solutions adaptés pour lutter contre la désertification au sein de ces territoires. Le bilan de cette démarche expérimentale innovante met en évidence la nécessité d'associer tous les acteurs territoriaux concernés. Ainsi, des fiches actions opérationnelles sont à disposition de tout territoire souhaitant mettre en place des solutions concrètes de diagnostic et de lutte contre le délitement du maillage vétérinaire. D'autres chantiers portant sur les modalités d'exercice de la profession vétérinaire et les relations entre vétérinaires et éleveurs se poursuivent afin de renforcer la présence de ces professionnels partout sur le territoire.

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