Question de Mme CARRÈRE Maryse (Hautes-Pyrénées - RDSE) publiée le 26/03/2026

Question posée en séance publique le 25/03/2026

M. le président. La parole est à Mme Maryse Carrère, pour le groupe du Rassemblement Démocratique et Social Européen. (Applaudissements sur les travées du groupe RDSE. - M. Rachid Temal applaudit également.)

Mme Maryse Carrère. Ma question s'adresse à M. le Premier ministre.

Depuis bientôt un mois, les frappes américano-israéliennes en Iran et au Liban engendrent une situation pour le moment incontrôlable dans la région. À cet instant, le début de la fin de ce conflit demeure incertain. Au-delà du drame humain qui se joue là-bas pour toutes les populations civiles et qui nous préoccupe, ce sont aussi les dommages collatéraux, économiques et sociaux, qui inquiètent tous nos concitoyens.

Le blocage du détroit d'Ormuz et les dégâts sur les sites énergétiques de pays producteurs de pétrole et de gaz ont provoqué une flambée des cours. Nous constatons tous amèrement que la hausse est de 60 % pour le pétrole et de 70 % pour le gaz.

Qu'observent les Français ? Des prix à la pompe qui montent et une nouvelle menace sur leur pouvoir d'achat. Comme un air de déjà-vu, dans le sillage de la guerre en Ukraine, des pans de notre économie en subissent les conséquences immédiates : artisans, agriculteurs, pêcheurs, industriels, transporteurs et, sur nos territoires, en particulier ruraux, des professions comme celle des infirmières et des infirmiers. Ces acteurs nous alertent sur la charge que représente la hausse des prix des carburants pour leurs déplacements.

Une fois de plus, la mondialisation prétendument heureuse montre ses limites. Clairement, monsieur le Premier ministre, la France et l'Union européenne doivent poursuivre la diversification de nos approvisionnements énergétiques, mais aussi réfléchir à leur parcours et à leur mode de transport. Le RDSE vous y encourage.

À court terme, quelles pistes le Gouvernement envisage-t-il pour nos concitoyens les plus modestes et nos entreprises les plus fragiles ? Hier, devant les députés, le ministre de l'économie a parlé de « choc pétrolier ». Le mot est fort ; il appelle donc une réponse forte et ciblée en direction des publics les moins en capacité d'amortir ce choc. (Applaudissements sur les travées du groupe RDSE. - M. Thomas Dossus applaudit également.)

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Réponse du Premier ministre publiée le 26/03/2026

Réponse apportée en séance publique le 25/03/2026

M. le président. La parole est à M. le Premier ministre.

M. Sébastien Lecornu, Premier ministre. Monsieur le président, mesdames, messieurs les sénateurs, je m'associe, au nom du Gouvernement, aux hommages rendus en ce début de séance.

Madame la présidente Carrère, je vais prendre le temps de répondre à votre question même si nous nous retrouverons nuitamment pour un débat sur ce sujet en application de l'article 50-1 de la Constitution, demandé par un certain nombre de présidents de groupes ici présents et que le Gouvernement a, bien entendu, accepté.

Ce débat nous permettra de détailler les impacts énergétiques - je répondrai donc de manière succincte pour y revenir de façon plus documentée ce soir -, mais aussi militaires et, de manière plus globale, géopolitiques, intérieurs comme extérieurs, qui pourraient se produire.

Vous avez utilisé l'expression, intéressante, de « comme un air de déjà-vu ». Je partirai de ces mots. Si certains événements ont déjà été vus, ce n'est pas le cas pour d'autres.

Première différence, la crise liée à l'Ukraine constituait une crise d'accès à l'énergie, alors que nous faisons face aujourd'hui à une crise de la volatilité des prix. En effet, comme vous le savez, nos approvisionnements ne proviennent pas particulièrement du Golfe.

Second point - et je me montrerai encore plus prudent que si j'avais répondu hier à la même question -, nous faisons face à une crise militaire qui se rapporte au registre de la circulation maritime. Nous constatons un début d'escalade horizontale et verticale qui peut mener à des frappes répétées sur des installations de production. C'est là que se situe la différence avec l'air de déjà-vu, car cela changerait complètement la dynamique de crise.

Au moment où nous échangeons, nous avons donc, à la fois, une crise de la volatilité des prix et une crise de la circulation maritime. C'est un point clé, qui nous amène à nous adapter aux maux pour trouver des solutions, à la différence de la période 2022-2023, où il fallait sortir de la dépendance au gaz russe et de l'inflation qui l'accompagnait. Ici, nous subissons une inflation importée. Nous y reviendrons ce soir, mais si nous ne nous accordons pas sur le constat, nous aurons évidemment du mal à nous mettre d'accord sur les solutions.

J'ajoute que nous sortons de l'hiver et, surtout, que notre parc nucléaire français produit autrement plus d'énergie aujourd'hui qu'en 2022, ce qui nous permet d'obtenir une décorrélation des prix de l'énergie - les ministres concernés reviendront sur ce point.

Voilà pour les différences avec l'air de déjà-vu que vous avez relevé.

Une fois que tout cela a été dit, il faut se mettre à la place de nos concitoyennes et concitoyens, qui subissent les conséquences de cette situation dans leur activité privée et leur activité économique - vous en avez cité un certain nombre. Il va sans dire qu'il faut amortir le choc sans faire n'importe quoi avec l'argent du contribuable. C'est, pour résumer, l'équation qui est la nôtre et sur laquelle nous sommes, je le crois, globalement d'accord.

La première chose à faire était de jouer sur les stocks stratégiques ; nous y reviendrons ce soir. Cette décision a produit un premier effet systémique, qui fonctionne.

La deuxième est d'agir sur les capacités. Nous avons annoncé au début de la semaine l'augmentation des capacités de transformation et de raffinage du site de Gravenchon. Un certain nombre de décisions entreront en application dès la semaine prochaine, ce qui nous permettra de peser sur les prix à la pompe.

La troisième concerne la distribution. Objectivement, deux voies s'offrent à nous : la coercition par voie réglementaire - les décrets sont prêts - ou le dialogue de place et la confiance. Serge Papin, le ministre chargé de la consommation, s'est livré avec Roland Lescure à un important travail sur le sujet. Nous avons laissé sa chance au dialogue, et cela fonctionne. Pour être très clair et direct, quand les prix augmentent, les distributeurs les répercutent vite ; lorsqu'ils diminuent, la répercussion doit se faire tout aussi vite. Tout l'enjeu qui est devant nous se situe à ce niveau, particulièrement après les différentes déclarations faites depuis hier par la Maison-Blanche, dont il faudra surveiller les effets sur les cours, y compris, dans les heures qui viennent, sur les places asiatiques.

Enfin - je ne veux pas être trop long -, les contrôles doivent être poursuivis. Contrairement aux affirmations de certaines formations politiques, d'extrême droite et d'extrême gauche, ces contrôles ont fonctionné. Il faut désormais prendre des mesures ciblées. Je le dis tout de go : les grandes mesures généralistes à l'aveugle, telles que le chèque en blanc, ne marcheront pas, hormis pour creuser les finances publiques... Elles n'auront aucun effet sur le pouvoir d'achat des Françaises et des Français.

Nous faisons donc face à un enjeu de ciblage important.

Pour les agriculteurs, il faut agir sur les carburants, mais également sur les engrais. Annie Genevard accélère notre plan en faveur des engrais décarbonés. Nous avons pris un peu de retard en la matière ; la ministre est en train de le rattraper.

Concernant les pêcheurs, à propos desquels vous êtes nombreux à nous avoir saisis, les premières mesures que nous avons prises sont importantes, mais elles ne sont pas suffisantes. Les discussions à Bruxelles - au Conseil, lundi, et à la Commission dès aujourd'hui - doivent nous permettre d'aller plus loin sur la question de la modernisation de la flotte.

Je souhaite dire à tous les pêcheurs de notre pays que nous avons bien entendu leur message ; les annonces de cette semaine ne valent pas solde de tout compte. Nous adaptons notre conduite. Il faut que les institutions européennes comprennent qu'elles doivent autoriser certaines aides aujourd'hui interdites, un sujet sur lequel je souhaite avancer. La Commission européenne doit maintenant bouger sur cette question. Je sais que ce point compte beaucoup pour vous, madame la présidente.

Pour ce qui concerne les transporteurs, le ministre Tabarot est mobilisé.

Je n'oublie pas de citer les infirmières ou les taxis.

Bref, chaque ministre est en action pour dresser un plan de ciblage le plus efficace possible.

Si nous devons mettre de l'argent public - vous l'avez évoqué dans votre question -, cela viendra en complément de ce dont nous avons discuté dans le cadre de la programmation pluriannuelle de l'énergie : comment accélérer l'électrification de nos usages ?

Un quart des boulangers de notre pays utilisent encore des fours à gaz et non des fours électriques. Nous ne saurions, d'un côté, défendre le nucléaire et le renouvelable et, de l'autre, avoir une partie de la profession de la boulangerie, pour prendre un exemple populaire et de proximité territoriale, qui soit encore dépendante du gaz.

Je ne mentionne même pas le logement social, caractérisé par une forte dépendance au gaz, ou le secteur automobile. Nous avons également des enjeux sur certains intrants pour l'industrie.

Au-delà des outils qui existent déjà, je propose donc d'accélérer le plan d'électrification. Il doit aller de pair avec un plan de sobriété. Il ne s'agit pas de faire la morale aux Françaises et aux Français, qui savent très bien faire sans l'intervention des politiques.

Néanmoins, des mesures structurelles de sobriété s'imposent. Un certain nombre de dispositions prises à l'automne dernier avaient fonctionné. Là aussi, le mandat est donné.

Je propose au Sénat d'évaluer ces actions. Nous ne resterons pas immobiles. Nous avons pleinement conscience de la situation dans laquelle se trouvent nos concitoyennes et nos concitoyens. Nous nous devons toutefois de faire les choses de la manière la plus efficace possible.

Toutes celles et tous ceux qui se sont aventurés à baisser la TVA, par exemple, à l'instar de la Pologne, s'en sont mordu les doigts. La classe politique française doit regarder ce qui a fonctionné par le passé, mais également ce qui n'a pas marché, pour retenir les meilleures options. (Applaudissements sur les travées des groupes RDPI et RDSE, ainsi que sur des travées du groupe INDEP.)

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