Question de M. GILLÉ Hervé (Gironde - SER) publiée le 02/04/2026
Question posée en séance publique le 01/04/2026
M. le président. La parole est à M. Hervé Gillé, pour le groupe Socialiste, Écologiste et Républicain. (Applaudissements sur des travées du groupe SER. - M. Fabien Gay applaudit également.)
M. Hervé Gillé. « Nous ne pouvons pas nous contenter d'accompagner la baisse démographique : nous devons réfléchir à l'organisation de nos territoires dans l'intérêt des élèves. » Ces paroles, prononcées par Élisabeth Borne, alors ministre de l'éducation nationale, sont depuis restées vaines.
En Gironde, on déplore 151 fermetures de classes pour seulement 58 ouvertures. Le sud-Gironde, le Libournais et le Médoc sont particulièrement touchés. Chaque école de Pauillac subit une fermeture de classe. Cette situation est intolérable.
Je tiens à saluer les maires et leurs équipes municipales, élues il y a à peine quinze jours. Leur répit aura été bref. Dès le lendemain des élections, certains ont découvert un projet de fermeture.
Ces décisions fragilisent surtout les zones rurales, où leurs conséquences sont bien évidemment dramatiques. Elles reposent sur les seuls effectifs, au mépris des réalités locales.
À Podensac, la fermeture d'une classe est justifiée par le seul fait que l'école comptera trois élèves de moins. À Villegouge ou encore à Noaillan, les effectifs augmentent, des familles s'installent et pourtant des fermetures restent envisagées. Ailleurs, on en vient à créer des classes regroupant trois niveaux et qui sont surchargées.
Monsieur le ministre, au lieu d'améliorer l'encadrement, vous dégradez les conditions d'apprentissage. Pendant ce temps, au collège Aliénor-d'Aquitaine à Bordeaux, près de 1 700 heures de cours n'ont pas été assurées depuis septembre dernier.
Comment pouvez-vous fermer des classes quand, en parallèle, toutes les heures de cours ne sont pas garanties ? C'est la défense de notre école publique qui est en jeu.
Mon collègue Jean-Luc Fichet vous a récemment interpellé en vous demandant un moratoire immédiat sur les fermetures de classes en milieu rural. Que répondez-vous à cette colère, qui ne cesse de s'exprimer ? (Applaudissements sur les travées du groupe SER, ainsi que sur des travées des groupes GEST et CRCE-K.)
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Réponse du Ministère de l'éducation nationale publiée le 02/04/2026
Réponse apportée en séance publique le 01/04/2026
M. le président. La parole est à M. le ministre de l'éducation nationale.
M. Edouard Geffray, ministre de l'éducation nationale. Monsieur le sénateur, il y a d'abord une réalité démographique sur laquelle j'ai déjà attiré l'attention plusieurs fois, et dans l'hémicycle du Sénat et dans celui de l'Assemblée nationale, et sur laquelle nous devons impérativement très vite ouvrir les yeux : nous sommes face à un mur démographique - et je pèse mes mots.
Le nombre des naissances enregistrées aujourd'hui est de 25 % inférieur à celui que nous connaissions voilà quinze ans. Autrement dit, nous allons perdre dans nos écoles - le mouvement est enclenché - une génération tous les quatre ans, et ce pendant au moins vingt ans. Dans vingt ans, le système éducatif français comptera 25 % d'élèves en moins par rapport à ce que nous connaissions il y a quelques années.
Votre département de la Gironde n'est, hélas ! pas épargné : non seulement il a perdu 8 000 élèves depuis 2017, mais il va perdre quasiment 3 000 élèves supplémentaires à la rentrée prochaine. À l'évidence, le phénomène s'accélère.
Vous avez raison, il ne faut pas subir cette évolution ; mais, dans une certaine mesure, nous sommes obligés d'ajuster les effectifs pour tenir compte de la démographie. Si nous ne faisons rien, dans quelques années, nous n'aurons tout simplement plus besoin de recruter de professeurs.
Il faut aussi construire l'avenir. Il faut le construire à l'échelle nationale, avec le comité des élus locaux, que j'ai réuni récemment, comme avec les observatoires des dynamiques rurales et territoriales (ODRT), désormais présents sur tout le territoire.
Au sein de ces observatoires, Laurent Nunez et moi-même avons demandé aux préfets et aux directeurs académiques des services de l'éducation nationale (Dasen) de communiquer aux élus locaux, à l'échelle de l'intercommunalité, voire à une échelle plus fine encore, en fonction de la taille des collectivités territoriales, des données démographiques à un an, trois ans, cinq ans et dix ans.
Nous-mêmes, à l'échelle nationale, rendrons publiques, probablement au début de la semaine prochaine, toutes les données démographiques dont nous disposons à dix ans. Le but est d'articuler au mieux l'offre scolaire et les différents enjeux d'aménagement du territoire.
Enfin, vous avez évoqué les mouvements de population. Vous le savez - les directions des services départementaux de l'éducation nationale (DSDEN) mènent ce travail chaque année à la même époque -, au mois de juin prochain, nous procéderons à un certain nombre d'ajustements pour tenir compte d'éventuelles installations de familles ou de l'achèvement de tel ou tel chantier de logements. Des ajustements seront effectués là où ce sera nécessaire. (Applaudissements sur des travées du groupe RDPI.)
M. le président. La parole est à M. Hervé Gillé, pour la réplique.
M. Hervé Gillé. Monsieur le ministre, en matière d'éducation, la France présente l'un des pires taux d'encadrement de l'Union européenne.
Alors que la moyenne européenne s'établit à 13,7 enfants par professeur, nous sommes à 18,2. En Gironde comme ailleurs, les élèves et les équipes pédagogiques subissent déjà la réalité des fermetures. Il s'agit non pas de subir, mais d'agir : nous demandons un moratoire immédiat, des moyens pérennes et des heures garanties dès maintenant. Mais, pour M. le Premier ministre, peut-être l'éducation nationale n'est-elle plus une priorité... (Applaudissements sur des travées des groupes SER et CRCE-K.)
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