Question de M. JADOT Yannick (Paris - GEST) publiée le 09/04/2026
Question posée en séance publique le 08/04/2026
M. le président. La parole est à M. Yannick Jadot, pour le groupe Écologiste - Solidarité et Territoires. (Applaudissements sur les travées du groupe GEST.)
M. Yannick Jadot. Ma question s'adresse à Mme la ministre déléguée auprès du Premier ministre, porte-parole du Gouvernement et ministre déléguée chargée de l'énergie.
Nous vivons des temps obscurs, où des autocrates organisent notre addiction au pétrole et au gaz et où nous en payons le prix au travers des chocs climatiques. Les mêmes déclenchent des guerres dont nous payons le prix à la station-service.
L'extrême droite, cette espèce politique charognarde, toujours se repaît du chaos, du sentiment profondément ancré chez nos concitoyens qu'ils sont condamnés à boire la tasse et qu'ils se trouvent sur un bateau malmené par les tempêtes, qui n'a plus ni boussole ni gouvernail.
Nous n'avons plus les moyens de la démagogie. (Exclamations ironiques sur des travées du groupe Les Républicains.)
M. Marc-Philippe Daubresse. Vous êtes un expert en la matière !
M. Yannick Jadot. Mais cela n'empêche pas l'État d'être protecteur.
Il faut bien sûr encadrer les marges injustifiables des groupes pétroliers et taxer leurs superprofits. Cessons de faire preuve de complaisance vis-à-vis de TotalEnergies, profiteur de guerre en Russie et, maintenant, au Moyen-Orient. (Murmures sur les travées du groupe Les Républicains.)
Monsieur le Premier ministre, le chèque énergie n'a pas été revalorisé depuis 2019, malgré l'inflation et l'explosion de la précarité énergétique.
Nous vous proposons de le porter dès maintenant à 500 euros pour les 6 millions de ménages qui y ont droit. (Exclamations sur les travées du groupe Les Républicains.)
M. Marc-Philippe Daubresse. Quelle stratégie !
M. Stéphane Piednoir. 500 euros, ce n'est pas assez !
M. François Bonhomme. Pourquoi pas 2 000 euros, plutôt ?...
M. Yannick Jadot. C'est une mesure ciblée, qui coûterait trente-cinq fois moins cher que le précédent bouclier énergétique.
Bien plus, l'État doit redevenir stratège et nous sortir des énergies fossiles.
Chaque retard pris dans la sortie des moteurs thermiques et dans le déploiement des énergies renouvelables, ainsi que chaque déstabilisation des aides à la rénovation thermique, condamne nos concitoyens et des secteurs entiers à une crise sans fin.
Notre plan d'urgence est le suivant, monsieur le Premier ministre : un million de voitures électriques en leasing social et un million de pompes à chaleur, en donnant la priorité aux Français les plus fragiles.
Monsieur le Premier ministre, allez-vous enfin proposer ce projet de justice sociale et de souveraineté, donc de liberté, qui nous fait tant défaut ? (Applaudissements sur les travées du groupe GEST. - Mme Émilienne Poumirol applaudit également.)
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Réponse du Ministère délégué, porte-parole du Gouvernement auprès du Premier ministre, et ministère délégué, chargé de l'énergie auprès du ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle, énergétique et numérique publiée le 09/04/2026
Réponse apportée en séance publique le 08/04/2026
M. le président. La parole est à Mme la ministre déléguée chargée de l'énergie.
Mme Maud Bregeon, ministre déléguée auprès du Premier ministre, porte-parole du Gouvernement, et ministre déléguée auprès du ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle, énergétique et numérique, chargée de l'énergie. Monsieur le sénateur Jadot, vous avez parfaitement raison : nous n'avons pas les moyens de la démagogie.
C'est la raison pour laquelle, depuis le début du conflit, nous avons privilégié des aides ciblées pour les secteurs économiques les plus en difficulté : agriculteurs, transporteurs, pêcheurs... Pour ces derniers, le gasoil a atteint un niveau qui rendait insoutenables le départ en mer et la pêche. Le Gouvernement a donc, dès les premiers jours du conflit, décidé de leur venir en aide.
Le chèque énergie, créé en effet en 2015 et pérennisé en 2018, s'élève en moyenne à 150 euros. Certes, il n'a pas été revalorisé depuis plusieurs années, mais je rappelle que le Premier ministre a annoncé un versement automatique pour 700 000 bénéficiaires supplémentaires d'un chèque qui pourra atteindre 277 euros.
Puisque nous n'avons pas les moyens de la démagogie, proposer de porter le chèque énergie à 500 euros n'est vraiment pas utile : privilégions l'aide aux secteurs les plus en difficulté et adaptons les dispositifs en fonction de la situation internationale.
Par ailleurs, vous avez raison, un plan d'électrification sera présenté dans les jours à venir. Il n'émane pas de réflexions menées ces derniers jours ou ces dernières semaines : il est concomitant à la publication de la troisième programmation pluriannuelle de l'énergie (PPE3), laquelle permet de se projeter vers des moyens de production décarbonés. Il ne peut réussir que si l'on électrifie suffisamment rapidement les usages des particuliers comme des professionnels.
Vous connaissez un certain nombre des grands principes de ce plan. Je pense au développement des pompes à chaleur - les certificats d'économies d'énergie (C2E) ont financé près de 200 000 pompes à chaleur l'année dernière. Je pense également aux dispositifs de leasing, comme le leasing social, qui, je l'espère, perdureront. (Applaudissements sur des travées du groupe RDPI.)
M. le président. La parole est à M. Yannick Jadot, pour la réplique.
M. Yannick Jadot. Madame la ministre, pour les 6 millions de ménages qui en dépendent, un chèque énergie à 150 euros ne couvre ni l'inflation, ni la hausse du coût des carburants, ni l'augmentation du prix du gaz.
Vous mettez un sac de sable ici, un sac de sable là, face à une vague scélérate. L'extrême droite s'en lèche les babines ! (Applaudissements sur les travées du groupe GEST. - Exclamations ironiques sur des travées du groupe Les Républicains.)
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