Question de Mme JOURDA Muriel (Morbihan - Les Républicains) publiée le 09/04/2026
Question posée en séance publique le 08/04/2026
M. le président. La parole est à Mme Muriel Jourda, pour le groupe Les Républicains. (Applaudissements sur les travées du groupe Les Républicains.)
Mme Muriel Jourda. Ma question s'adresse à M. le ministre de l'intérieur.
Monsieur le ministre, voilà quelques semaines, à l'occasion d'un événement religieux, vous vous êtes rendu à la grande mosquée de Paris en tant que ministre des cultes. Vous y avez tenu un discours relativement long, au cours duquel vous avez tenu des propos qui n'ont pas manqué d'émouvoir.
« Je ne serai pas celui qui irait expliquer à des enfants qu'en portant le voile elles menacent le vivre ensemble républicain », avez-vous affirmé. Vous avez également indiqué soutenir toute initiative qui permettrait de mieux faire connaître l'islam. Vous avez enfin déclaré que le Président de la République était attaché à développer et à mieux faire connaître l'islam.
Monsieur le ministre, dans la mesure où le rôle du ministre des cultes n'est pas de favoriser une religion, pas plus que de faire la promotion d'une quelconque pratique, et dans la mesure où le Président de la République n'est pas le commandeur des croyants, pouvez-vous apporter des précisions sur les propos que vous avez tenus ? (Bravo ! et applaudissements sur les travées du groupe Les Républicains.)
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Réponse du Ministère de l'intérieur publiée le 09/04/2026
Réponse apportée en séance publique le 08/04/2026
M. le président. La parole est à M. le ministre de l'intérieur.
M. Marc-Philippe Daubresse. Le championnat de France de patinage artistique commence ! (Sourires sur les travées du groupe Les Républicains.)
M. Laurent Nunez, ministre de l'intérieur. Madame la sénatrice, le 12 mars dernier, je me suis effectivement rendu à la grande mosquée de Paris pour la rupture du jeûne en tant que ministre des cultes, et cela avec la chaleur qui me caractérise, quel que soit le culte concerné.
Vous avez rappelé certains de mes propos, mais vous avez oublié de dire que j'y ai tenu un discours de fermeté. J'ai rappelé que ce gouvernement, comme tous les précédents d'ailleurs, ne tolérait pas que l'on développe l'idée que les lois religieuses l'emportent sur les lois de la République.
C'est mon combat, tout aussi professionnel que politique, comme directeur général de la sécurité intérieure (DGSI) et coordinateur national du renseignement et de la lutte contre le terrorisme (CNRLT), ou encore, avant aujourd'hui, comme secrétaire d'État auprès du ministre de l'intérieur.
Je me suis toujours battu sur ce point. J'ai d'ailleurs été le coauteur de l'ensemble des textes qui ont été produits sur ces sujets ces dernières années. Et, de la même façon, je travaille au nouveau projet de loi relatif à l'entrisme. La plupart d'entre vous m'ont d'ailleurs entendu à l'occasion de réunions de commissions parlementaires ces dix dernières années : ma fermeté est absolue.
Toutefois, vous le savez très bien, il faut susciter aussi l'adhésion à ce combat de nos compatriotes de confession musulmane. Sinon, on les perd et on perd le combat. C'est dans ce cadre-là que j'ai parlé du voilement des jeunes filles mineures. J'aurais pu citer d'autres mesures générales ; je vous concède que je n'ai cité que celle-là.
Évidemment, à titre personnel, je suis opposé à ce que des enfants de 6 ou 7 ans portent le voile, elles qui n'ont aucun libre arbitre en la matière. (Exclamations sur des travées du groupe Les Républicains.) Je l'ai dit sur BFM, je vous le répète.
Soyez sans crainte, ma fermeté est absolue. D'ailleurs, je viens d'interdire la rencontre annuelle des musulmans de France au Bourget, ce qui ne s'était pas fait depuis très longtemps. Et, je le répète, je défends le projet de loi relatif à l'entrisme.
En ce qui concerne la promotion de l'islam, je reconnais un propos malheureux. Le ministre des cultes est là pour garantir que chaque fidèle, quelle que soit sa religion, puisse exercer son culte librement et sans entrave. C'est ce que je voulais dire quand j'ai maladroitement parlé de promotion. Je retire ce terme que j'ai utilisé à tort.
Vous le savez très bien, lorsque l'on parle de Laurent Nunez, on dit souvent qu'il est islamophobe. N'oubliez pas le combat que je mène ! (Applaudissements sur les travées du groupe RDPI, ainsi que sur des travées du groupe RDSE.)
M. le président. La parole est à Mme Muriel Jourda, pour la réplique.
Mme Muriel Jourda. Monsieur le ministre, j'avoue vous avoir trouvé plus convaincant lorsque, lors du colloque organisé par la délégation parlementaire au renseignement, vous avez exposé le combat que vous meniez contre l'entrisme islamiste...
L'entrisme islamiste, c'est cet islam radical et rampant qui s'introduit dans notre société. En 2020, dans son rapport réalisé au nom de la commission d'enquête du Sénat sur les réponses apportées par les autorités publiques au développement de la radicalisation islamiste et les moyens de la combattre, notre collègue Jacqueline Eustache-Brinio a parfaitement décrit les façons d'agir de l'entrisme islamiste. Celui-ci se nourrit de la moindre de nos faiblesses. Il faut le dire.
Oui, vous avez fait un plus long discours à la grande mosquée de Paris, mais, à aucun moment, vous n'avez parlé d'entrisme islamiste : vous avez parlé de projet politique. Or, quand celui-ci est abouti, comme c'est le cas en Afghanistan ou en Iran, cela se traduit par l'effacement et la destruction des femmes,...
Mme Laurence Rossignol. Il n'y a pas que l'islamisme qui efface les femmes !
Mme Muriel Jourda. ... voire par leur mort sociale et physique. Et cela commence par le voilement des fillettes.
Vous le savez si bien que, comme vous venez de le rappeler, vous l'avez réaffirmé devant un journaliste.
Monsieur le ministre, nous ne pouvons plus supporter l'ambiguïté commode du « en même temps ».
M. le président. Veuillez conclure, ma chère collègue.
Mme Muriel Jourda. Celle-ci a déjà fait beaucoup de mal à la France. Face à l'entrisme islamiste, elle serait mortelle. (Bravo ! et applaudissements sur les travées du groupe Les Républicains. - Mme Brigitte Devésa applaudit également.)
M. Mickaël Vallet. Pas ça à Nunez !
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