Question de M. HUSSON Jean-François (Meurthe-et-Moselle - Les Républicains) publiée le 09/04/2026
Question posée en séance publique le 08/04/2026
M. le président. La parole est à M. Jean-François Husson, pour le groupe Les Républicains. (Applaudissements sur les travées du groupe Les Républicains.)
M. Jean-François Husson. « Choc pétrolier » avez-vous dit, monsieur le ministre. Savez-vous comment le gouvernement de Pierre Messmer a fait face au choc pétrolier en 1973 ?
Il n'a pas commencé par disserter sur une hypothétique cagnotte fiscale résultant de la hausse des prix. Il n'a pas annoncé un jour des aides pour quelques entreprises, le lendemain des prêts de trésorerie à 3,8 %, puis laissé entendre que des ménages pourraient peut-être y avoir droit le surlendemain.
Il a tout d'abord réuni l'ensemble des acteurs : les services de l'État, les compagnies pétrolières, les distributeurs, les transporteurs, les acteurs professionnels et syndicaux les plus concernés.
À l'issue de cette concertation, il a imposé un effort à chacun : il s'est agi de plafonner les marges, d'organiser les approvisionnements et d'engager, avec nos partenaires européens d'alors, une réponse coordonnée à la crise. Surtout, Pierre Messmer a fixé un cap : réaliser des économies d'énergie immédiates et, à l'époque, mettre en oeuvre une stratégie nationale d'indépendance énergétique.
Comparativement, que faites-vous aujourd'hui ? Vous annoncez un prêt Flash Carburant pour quelques professions et vous laissez prospérer les hausses de marges. Vous donnez le sentiment que chacun improvise, pendant que les Français, eux, subissent une hausse substantielle de leurs dépenses d'énergie.
Ma question est donc simple : quand allez-vous vraiment prendre exemple sur Pierre Messmer ? (Applaudissements sur les travées du groupe Les Républicains.)
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Réponse du Ministère de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle, énergétique et numérique publiée le 09/04/2026
Réponse apportée en séance publique le 08/04/2026
M. le président. La parole est à M. le ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle, énergétique et numérique.
M. Roland Lescure, ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle, énergétique et numérique. Monsieur le sénateur, je me garderai bien d'oser inscrire mes pas dans ceux de Pierre Messmer, qui, à l'époque, a effectivement été à la hauteur du moment.
M. Jean-François Husson. Mais vous êtes grand ! (Sourires sur les travées du groupe Les Républicains.)
M. Roland Lescure, ministre. Pour autant, j'espère que nous pourrons, ensemble, être à la hauteur du défi auquel nous faisons face aujourd'hui et auquel cette crise, une fois de plus, nous renvoie. Vous l'avez mentionné, il s'agit de notre souveraineté énergétique.
À l'époque du premier choc pétrolier, dans les années 1970, la France dépendait à 90 % des hydrocarbures importés. Grâce notamment à la feuille de route que vous avez mentionnée, qui a été mise en oeuvre grâce aux efforts de toutes les Françaises et de tous les Français, nous ne sommes aujourd'hui dépendants qu'à hauteur de 60 %. Il faut aller plus loin, car c'est encore trop, nous le voyons aujourd'hui.
Nous ne pourrons réduire les factures que paient aujourd'hui les automobilistes à la pompe, les acteurs de la chimie, nos pêcheurs et nos agriculteurs - il me semble utile de continuer à les aider à gérer ce défi de court terme -, qu'en ayant une stratégie de long terme ambitieuse.
La programmation pluriannuelle de l'énergie va dans ce sens (Mme Sophie Primas s'exclame.) - mais oui, madame la sénatrice ! -, de même que le plan d'électrification que nous aurons l'occasion de partager avec vous dans les jours qui viennent. Il s'agit de réduire notre dépendance de 60 % à 40 %, puis à 35 % demain, afin de faire face au défi majeur de la souveraineté dans tous nos usages, dans les domaines industriels, commerciaux, du logement et des mobilités.
Il faut pour cela aller chercher la valeur là où elle est : dans nos cerveaux - nous avons des ingénieurs de qualité -, dans les énergies d'aujourd'hui et de demain, dans le nucléaire et les énergies renouvelables, dans lesquels nous devons investir.
Il s'agit de permettre à nos enfants, lorsqu'ils feront de nouveau face à une crise de ce type - cela arrivera encore, je n'en doute pas -, de dire, comme nous aujourd'hui, merci à Pierre Messmer et merci à Jean-François Husson et à tous ceux qui auront travaillé dans ce sens en 2026. (Applaudissements sur les travées du groupe RDPI. - Marques d'ironie sur les travées du groupe Les Républicains.)
M. le président. La parole est à M. Jean-François Husson, pour la réplique.
M. Jean-François Husson. Vous êtes trop aimable et un habile tacticien politique, monsieur le ministre, mais derrière les mots, il y a des réalités. Le sujet n'est pas Jean-François Husson ou Roland Lescure ; c'est la situation qui nous impose d'avoir une vision stratégique et d'apporter une réponse aux professions les plus touchées.
Vous avez ensuite évoqué la programmation pluriannuelle de l'énergie. Excusez-moi, mais celle-ci est passée par la petite porte, après trois années de travaux qui avaient fait ici l'unanimité (Applaudissements sur les travées du groupe Les Républicains.), mais qui n'ont malheureusement pas été pris en compte.
Monsieur le ministre, il est encore temps de vous reprendre. Les Français l'attendent et en ont besoin. (Bravo ! et applaudissements sur les mêmes travées.)
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