Question de Mme CUKIERMAN Cécile (Loire - CRCE-K) publiée le 09/04/2026
Question posée en séance publique le 08/04/2026
M. le président. La parole est à Mme Cécile Cukierman, pour le groupe Communiste Républicain Citoyen et Écologiste - Kanaky.
Mme Cécile Cukierman. Ma question s'adresse à M. le Premier ministre.
Ce matin, un cessez-le-feu a été annoncé, après une nuit où le monde, une fois encore, a frôlé le pire. Mais chacun voit bien qu'il est fragile.
Je veux réaffirmer avec vigueur que la stratégie de Donald Trump, faite de menaces, de bombardements et de démonstrations de force, est une impasse. Elle piétine le droit international et alimente le chaos. On ne renverse pas un régime en bombardant une population !
En Iran, les premières conséquences sont déjà visibles : le renforcement de la répression et la ruine d'un pays, ruine qui frappe en premier lieu le peuple iranien.
Si Trump ce matin s'arrête, Netanyahou continue. Au Liban, la destruction massive des villes et des villages du sud se poursuit, avec le même acharnement qu'à Gaza.
Pourtant, au Liban comme ailleurs au Proche-Orient, la stratégie du chaos et de la terre brûlée n'a jamais apporté la paix. Elle ne produit que plus de violence, plus d'instabilité et plus de souffrances pour les peuples.
Pendant que ces jeux dangereux se poursuivent, les conséquences sont immédiates pour nos concitoyens : les prix du pétrole, donc des carburants, flambent. Ce sont, une fois encore, les Français qui paient, pendant que les marchés spéculent et que les multinationales de l'énergie engrangent des profits.
Monsieur le Premier ministre, ce n'est pas à TotalEnergies de fixer les prix du carburant en France !
M. Pascal Savoldelli. Très bien !
Mme Cécile Cukierman. Le moment est venu de choisir : la paix plutôt que l'escalade, l'indépendance plutôt que l'alignement, la protection de nos concitoyens plutôt que les profits de quelques-uns.
Aussi, que proposez-vous pour une paix durable au Proche-Orient ?
Par ailleurs, allez-vous prendre des mesures fortes et immédiates pour protéger nos concitoyens, en bloquant les prix des carburants et en mettant à contribution les profits des multinationales de l'énergie, comme nous venons de le proposer dans une proposition de loi ? (Applaudissements sur les travées du groupe CRCE-K.)
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Réponse du Premier ministre publiée le 09/04/2026
Réponse apportée en séance publique le 08/04/2026
M. le président. La parole est à M. le Premier ministre.
M. Sébastien Lecornu, Premier ministre. Madame la présidente Cécile Cukierman, permettez-moi de profiter de votre question pour apporter un certain nombre de précisions sur la situation géopolitique au Moyen-Orient, ainsi que sur les différents impacts qu'elle a non seulement pour l'ensemble de nos compatriotes, mais aussi pour la sécurité du territoire national.
Tout d'abord, comme le président du Sénat vient de le faire, je veux rendre hommage à notre réseau diplomatique, aux agents de la DGSE (direction générale de la sécurité extérieure), dont l'action est plus discrète, mais également à Oman pour ses importants efforts d'intermédiation. Tous, nous les saluons. Il a fallu des semaines et des mois entiers de travail pour parvenir à cette libération. Évidemment, le soulagement est de mise aujourd'hui.
Pour autant, tout cela nous rappelle que c'est avec prudence que nous devons poursuivre notre action dans la région, notamment pour assurer la protection de nos ressortissants, où qu'ils soient.
Ce cessez-le-feu va bien sûr dans le bon sens. L'enjeu, c'est son respect dans la durée, afin que ce temps soit mis à profit pour aboutir à une sortie de crise beaucoup plus durable. C'est le premier point.
Pour la France, les choses sont claires. Cela a été affirmé par le Président de la République ce matin en conseil de défense et rappelé par le ministre de l'Europe et des affaires étrangères : ce cessez-le-feu doit impérativement concerner le Liban.
M. Pascal Savoldelli. Très bien !
M. Sébastien Lecornu, Premier ministre. C'est le deuxième point. Vous connaissez notre souci de protection des populations civiles libanaises ; je n'y reviens pas, mais c'est l'un des points de préoccupation les plus cruciaux que nous avons au moment où nous nous parlons.
Le troisième point porte sur la réouverture du détroit d'Ormuz, qui n'est pas sans lien avec la question énergétique. Je crois pouvoir dire que cette réouverture ressemble à une zone grise.
Par conséquent, dans les heures à venir, les différentes discussions diplomatiques qui seront engagées seront déterminantes.
On accorde d'ailleurs beaucoup de crédit à l'initiative française en vue de construire une action pour l'après. En effet, on voit bien, au fond, que deux scénarios s'offrent à nous : soit un scénario gris, que, par prudence, je refuse de qualifier, soit un scénario tourné davantage vers la formation d'une coalition internationale, dans le respect du droit international, qui assure la liberté de circulation.
C'est la crise de liberté de circulation qui crée la crise des prix et l'inflation. Il s'agit là d'un enjeu absolument clé dans ce dossier.
J'en viens au volet énergétique. Plusieurs initiatives et plusieurs décisions s'offrent à nous. Elles seront prises dans les heures et les jours qui viennent pour répondre aux urgences.
Tout d'abord, nous ne sommes pas confrontés à une crise globale de volume, même si certaines stations de service sont touchées par des ruptures d'approvisionnement. Le pétrole arrive bien en France. En revanche, des problèmes d'approvisionnement locaux surviennent.
D'une part, à ma demande, le ministre des transports prendra des mesures réglementaires pour permettre des acheminements logistiques exceptionnels la nuit et le week-end, afin de régler les problèmes d'approvisionnement là où ils se posent.
D'autre part, nous continuerons d'adapter les différents dispositifs d'aide sur lesquels nous étions en train de travailler. Cela va sans dire, mais je veux le redire devant le Sénat : lorsque la crise a commencé, les prix à la pompe ont augmenté très vite, alors que les citernes avaient été remplies avec du carburant acheté avant le début de la guerre. (M. Victorin Lurel s'exclame.)
Par conséquent, autant le Gouvernement peut comprendre qu'il y ait trois ou quatre jours de délai entre l'entrée en vigueur du cessez-le-feu et sa répercussion sur les prix à la pompe, autant il est évident que les effets sur ces derniers devront se voir dès la fin du week-end ou au début de la semaine prochaine.
Le ministre Serge Papin aura d'ailleurs l'occasion de lancer un certain nombre de contrôles. Demain, les différents ministres discuteront avec les distributeurs, pour s'assurer que la situation évolue dans le bon sens.
Néanmoins, nous poursuivons notre politique d'accompagnement ciblée. La ministre de l'agriculture aura l'occasion d'y revenir ce soir ou demain, notamment pour mettre au point un nouvel outil d'accompagnement de nos agriculteurs, département par département, en s'appuyant sur les dispositifs de la MSA (Mutualité sociale agricole), mais aussi en impliquant les préfets.
En effet, nous le savons, un certain nombre d'exploitations agricoles sont en difficulté, et si les premières dispositions que nous avons prises étaient bienvenues, elles ne suffisent pas.
Par ailleurs, madame Cukierman, vous nous interpellez sur la question des profits. Comme vous le savez, une initiative européenne a été lancée par un certain nombre de pays, que les ministres sont en train d'expertiser.
Pour le dire clairement, sur cette question, nous n'avons pas d'opposition de principe, mais cela nous renvoie à nos discussions budgétaires de l'automne dernier : quelle est son assiette ? Quel est son rendement ? Quel est son fonctionnement ? Il faut veiller à ne pas mentir aux Français sur la portée de cette initiative.
Pour le dire de façon transparente, madame la présidente, le mieux que TotalEnergies puisse faire, c'est poursuivre dans la durée l'action qu'elle a engagée, à savoir le plafonnement des prix à la pompe. La meilleure redistribution des profits liés à son activité de producteur, c'est évidemment d'en faire profiter tout de suite les Français à la pompe. Je tiens à ce titre à remercier cette entreprise française. La discussion se poursuivra avec Bercy et l'ensemble des entreprises concernées.
Enfin, se pose la question de l'électrification de nos usages. Nous en parlons depuis trop longtemps. Des actions ont été entreprises, mais nous sommes loin du compte. J'aurai l'occasion d'y revenir en fin de semaine.
Madame la présidente Cukierman, tels sont, de façon synthétique, les éléments d'information que je pouvais vous fournir à date sur la gestion de cette crise qui nous occupe depuis maintenant presque cinq semaines. (Applaudissements sur les travées du groupe RDPI.)
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