Question de Mme PANTEL Guylène (Lozère - RDSE) publiée le 09/04/2026
Question posée en séance publique le 08/04/2026
M. le président. La parole est à Mme Guylène Pantel, pour le groupe du Rassemblement Démocratique et Social Européen. (Applaudissements sur les travées du groupe RDSE.)
Mme Guylène Pantel. Ma question s'adresse à Mme la ministre de la santé, des familles, de l'autonomie et des personnes handicapées.
Dans nos territoires, particulièrement dans les départements ruraux et de montagne comme la Lozère, les métiers du lien - auxiliaires de vie, aides à domicile - sont indispensables à la dignité de nos concitoyens les plus fragiles.
Derrière cet engagement, les réalités sur le terrain sont souvent très dures : les tournées insuffisamment sectorisées obligent ces professionnels à parcourir des dizaines de kilomètres chaque jour ; leur temps de travail contraint ne leur permet pas toujours d'assurer des prestations à la hauteur des besoins des personnes accompagnées ; comme leurs pauses sont réduites au minimum, leur seule solution pour déjeuner est de manger un casse-croûte froid dans leur véhicule, faute de lieu adapté.
Fait particulièrement préoccupant, certains professionnels sont eux-mêmes contraints de recourir à l'aide alimentaire.
À ces conditions déjà difficiles s'ajoute une érosion continue du pouvoir d'achat. Depuis plusieurs semaines, le prix du carburant dépasse nettement les 2 euros le litre. Pour ces professionnels qui sillonnent quotidiennement nos territoires, un plein d'essence atteint vite les 100 euros et se consomme très rapidement.
Les dispositifs d'indemnisation, laissés aux départements, sans compensation suffisante de la part de l'État, ne couvrent pas réellement ces coûts et sont à l'origine d'importantes inégalités territoriales.
À cela s'ajoutent des blocages répétés des revalorisations salariales, alors que syndicats et patronats sont unanimes : l'avenant n° 72, qui représenterait environ 63 euros bruts supplémentaires par mois pour un temps plein, se heurte une nouvelle fois à l'absence d'engagement financier clair de l'État envers les départements. Ce désaccord, déjà constaté à plusieurs reprises, empêche toute avancée concrète. Pendant ce temps, les salaires stagnent, les professionnels se découragent et les difficultés de recrutement s'aggravent.
Cette situation est d'autant plus préoccupante que ces métiers ont une caractéristique essentielle : ils sont par nature non numérisables, non délocalisables et non industrialisables. Ils reposent avant tout sur la présence humaine et ne peuvent être remplacés.
Aussi, madame la ministre, quand mettrez-vous fin à cette impasse ? Garantirez-vous enfin des revalorisations effectives, de même qu'une juste compensation des frais de déplacement pour ces professionnels essentiels ? (Applaudissements sur les travées du groupe RDSE.)
- page 2355
Réponse du Ministère délégué auprès de la ministre de la santé, des familles, de l'autonomie et des personnes handicapées, chargé de l'autonomie et des personnes handicapées publiée le 09/04/2026
Réponse apportée en séance publique le 08/04/2026
M. le président. La parole est à Mme la ministre de la santé, des familles, de l'autonomie et des personnes handicapées.
Mme Stéphanie Rist, ministre de la santé, des familles, de l'autonomie et des personnes handicapées. Madame la sénatrice, vous évoquez les métiers de l'humain, ces professionnels qui nous accompagnent du début à la fin de notre vie. Ces professions connaissent, notamment du fait du vieillissement de notre population et de notre transition démographique, des difficultés très nettes de recrutement et d'attractivité, car il s'agit de métiers difficiles, qui offrent de faibles rémunérations et dont le modèle de financement repose sur plusieurs acteurs.
Nous faisons donc face à un cercle vicieux : compte tenu des difficultés de recrutement, le recours à l'intérim est de plus en plus fréquent, la rotation élevée des personnels rendant difficile l'élaboration de projets.
Ces dernières années, nous avons revalorisé les salaires dans ces filières à la suite du Ségur de la santé, à hauteur de 4 milliards d'euros par an. Nous avons aussi proposé des évolutions de carrière et des réformes de la formation pour certains de ces professionnels. Malgré tout, nous restons dans une situation difficile, comme vous l'avez expliqué.
Je travaille en ce moment même avec mes collègues Jean-Pierre Farandou et Camille Galliard-Minier à des propositions, en concertation avec les collectivités territoriales, les financements étant communs et intriqués.
Ces propositions, qui seront dévoilées dans quelques jours, s'articuleront autour d'enjeux majeurs comme la qualité de vie au travail, la lutte contre la sinistralité, les innovations managériales, mais aussi la formation professionnelle et la validation des acquis de l'expérience. Notre objectif est de susciter des vocations, mais aussi de faire en sorte que, une fois engagés dans ces métiers, ces professionnels y restent.
Nous vous proposerons dans les jours qui viennent, je l'espère, des mesures qui permettront d'accroître l'attractivité de ces métiers. (Applaudissements sur les travées du groupe RDPI.)
- page 2355
Page mise à jour le