Question de Mme BRIANTE GUILLEMONT Sophie (Français établis hors de France - RDSE) publiée le 16/04/2026
Question posée en séance publique le 15/04/2026
M. le président. La parole est à Mme Sophie Briante Guillemont, pour le groupe du Rassemblement Démocratique et Social Européen. (Applaudissements sur les travées du groupe RDSE.)
Mme Sophie Briante Guillemont. Ma question s'adresse au ministre de l'Europe et des affaires étrangères.
Monsieur le ministre, il y a exactement une semaine, nous apprenions que les États-Unis, juste après avoir promis de « déchaîner les enfers » sur l'Iran, admettaient le principe d'un cessez-le-feu.
Deux jours plus tard, des négociations directes débutaient à Islamabad. Mais après quarante-huit heures, il était donné acte de l'impossibilité de parvenir à un accord et, dès le lendemain, Donald Trump annonçait un blocus du détroit d'Ormuz, déjà bloqué par l'Iran - une sorte de blocus du blocus...
En une semaine, nous sommes passés de l'espoir de la fin de la guerre à la plus grande confusion.
Dans ce contexte, le prix du baril oscille à la moindre nouvelle déclaration. L'incertitude pèse lourdement sur les marchés et, in fine, sur le pouvoir d'achat des habitants du monde entier.
Le directeur de l'Agence internationale de l'énergie a même déclaré que « la crise [énergétique] actuelle est plus grave que celles de 1973, 1979 et 2022 réunies ». Après un mois de blocage du détroit d'Ormuz, où transite non seulement le pétrole, mais aussi l'engrais, le spectre d'une crise alimentaire plane désormais sur le continent africain.
Si cette crise nous rappelle une chose, c'est à quel point tout, absolument tout est lié : une artère est touchée et c'est l'ensemble des chaînes d'approvisionnement mondiales qui dysfonctionnent.
Surtout, la guerre au Moyen-Orient a d'ores et déjà fait des milliers de victimes dans la région, en particulier en Iran et au Liban, ainsi qu'en Irak, en Israël et aux Émirats arabes unis. Pour un très grand nombre d'entre elles, il s'agit de civils pris au piège d'une escalade qui les frappe de plein fouet. Les 400 000 Français résidant dans la zone traversent également des moments d'intense incertitude.
Au milieu de ce qui commence à ressembler à un chaos généralisé, la voix de la France compte. Elle dérange même, si l'on en croit les dernières déclarations de l'ambassadeur d'Israël aux États-Unis. Dans ces conditions, quels sont nos moyens d'action pour oeuvrer en faveur de la désescalade ?
Mon groupe l'a affirmé dans cet hémicycle à de nombreuses reprises : la seule ligne que la France peut et doit défendre est celle de la diplomatie et du droit international.
Monsieur le ministre, le Président de la République a annoncé lundi une mission multinationale pacifique pour restaurer la liberté de navigation. Quels pays y participeront, avec quel objectif et selon quel calendrier ?
En découle une question subsidiaire, mais non moins importante : où est l'Europe ? (Applaudissements sur les travées du groupe RDSE, ainsi que sur des travées du groupe GEST.)
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Réponse du Ministère délégué auprès du ministre de l'Europe et des affaires étrangères, chargé du commerce extérieur et de l'attractivité publiée le 16/04/2026
Réponse apportée en séance publique le 15/04/2026
M. le président. La parole est à M. le ministre délégué chargé du commerce extérieur et de l'attractivité.
M. Nicolas Forissier, ministre délégué auprès du ministre de l'Europe et des affaires étrangères, chargé du commerce extérieur et de l'attractivité. Madame la sénatrice, votre question en contient plusieurs autres. Elle a le mérite de souligner la dimension globale de cette crise et de rappeler toutes ses conséquences, y compris sur l'énergie, sur les chaînes d'approvisionnement, notamment en engrais, et donc sur l'alimentation.
Sur le plan diplomatique, permettez-moi de vous répondre en lieu et place de Jean-Noël Barrot, absent aujourd'hui.
Notre priorité est la mise en oeuvre, le respect et la consolidation rapide de l'accord de cessez-le-feu qui a été conclu. Bien que celui-ci ait été interrompu, les négociations entre les États-Unis et l'Iran se poursuivent.
Nous faisons tout notre possible, y compris en engageant des échanges directs entre le Président de la République et les chefs d'État concernés, pour parvenir à un règlement politique du conflit. C'est la seule voie possible pour trouver une solution durable.
Pour ce faire, nous devons nous conformer à certaines exigences. Pour parvenir à un règlement pacifique, une réponse durable doit être apportée à l'ensemble des composantes de la menace iranienne : je pense aussi bien aux activités nucléaires et balistiques de ce pays qu'à ses actions déstabilisatrices dans la région. À cet égard, une question très importante se pose : celle du Liban. Nous devons intégrer ce pays dans un accord de cessez-le-feu plus global.
La France, de ce point de vue, a fermement condamné les frappes israéliennes massives sur le Liban, qui fragilisent le cessez-le-feu temporaire, alors même que nous appelons l'Iran à cesser sa stratégie de déstabilisation, qui passe par le soutien au Hezbollah. Nous appelons aussi à la poursuite des discussions engagées entre le chef d'État libanais et les autorités israéliennes.
Enfin, la question du détroit d'Ormuz est extrêmement importante. Une visioconférence sera organisée ce vendredi par le Président de la République et le Premier ministre du Royaume-Uni, Keir Starmer. Elle réunira de nombreux participants, dont je ne connais pas la liste actuellement : je pourrai vous la faire parvenir ultérieurement.
L'objectif est d'inciter l'ensemble des pays d'Europe, au-delà de l'Union européenne, à se mobiliser en faveur d'une solution, y compris, s'il le faut, en protégeant militairement le détroit d'Ormuz - ce point est en cours de discussion.
Cet enjeu stratégique est déterminant pour l'avenir du monde et la paix, mais aussi pour le règlement durable du conflit entre, d'une part, les États-Unis et Israël et, d'autre part, l'Iran.
M. le président. Il faut conclure !
M. Nicolas Forissier, ministre délégué. Sachez que nous restons totalement mobilisés. (Applaudissements sur des travées du groupe RDPI.)
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