Question de M. LEVI Pierre-Antoine (Tarn-et-Garonne - UC) publiée le 16/04/2026

Question posée en séance publique le 15/04/2026

M. le président. La parole est à M. Pierre-Antoine Levi, pour le groupe Union Centriste. (Applaudissements sur les travées du groupe UC.)

M. Pierre-Antoine Levi. Ma question, qui porte sur la future ligne à grande vitesse Bordeaux-Toulouse-Dax, s'adresse à M. le ministre des transports. J'y associe mon collègue François Bonhomme, ainsi que les sénateurs des territoires concernés.

Monsieur le ministre, vous avez reçu le 3 avril dernier le rapport du Conseil d'orientation des infrastructures (COI). Son contenu, désormais public, fait état de coûts en hausse de 20 % et d'une livraison repoussée à 2035. Il contient également cette conclusion sans ambiguïté : « la participation de l'État sera difficilement mobilisable à la hauteur et dans le cadre auxquels il s'était pourtant engagé ».

Appelons les choses par leur nom : c'est une remise en cause de la parole de l'État. Les collectivités du Sud-Ouest ont cofinancé la ligne à grande vitesse (LGV) Tours-Bordeaux en contrepartie d'un engagement contractualisé en février 2022, selon lequel les dépenses étaient ainsi réparties : 40 % pour l'État, 40 % pour les collectivités, 20 % pour l'Europe. Ce n'était pas une déclaration d'intention, c'était un contrat signé devant la République.

Aujourd'hui, la Société du grand projet du Sud-Ouest (SGPSO) a dû emprunter 50 millions d'euros auprès de la Banque des territoires, son endettement ayant été rendu nécessaire par le retard pris par l'État pour verser sa part.

Monsieur le ministre, dans votre projet de loi-cadre relatif au développement des transports que le Sénat examinera tout à l'heure, vous affirmez que les investissements devront reposer sur des financements clairs et sincères. C'est précisément ce que réclame le Sud-Ouest : des engagements tenus, pas des annonces.

Toulouse reste la seule grande métropole française sans ligne à grande vitesse, à plus de quatre heures trente de Paris. Après quarante ans d'attente, il s'agit d'un enjeu national de désenclavement et d'équité territoriale.

Monsieur le ministre, l'État va-t-il respecter sa signature, garantir sa part de financement et confirmer une mise en service de la LGV à l'horizon de 2032 ? Le Sud-Ouest ne demande pas une faveur, il demande que la parole de l'État soit tenue. (Applaudissements sur les travées des groupes UC, ainsi que sur des travées du groupe SER.)

- page 2688


Réponse du Ministère des transports publiée le 16/04/2026

Réponse apportée en séance publique le 15/04/2026

M. le président. La parole est à M. le ministre des transports.

M. Philippe Tabarot, ministre des transports. Monsieur le sénateur Levi, comme je l'ai dit à Mme la sénatrice de Marco, le COI joue un rôle d'orientation et de conseil, mais ne se substitue pas aux décisions politiques. D'ailleurs, son rapport n'a pas encore été officiellement remis au Gouvernement ; il serait donc prématuré d'en tirer des conclusions définitives.

Vous savez combien je vous apprécie, monsieur le sénateur (Exclamations amusées sur des travées des groupes UC et Les Républicains.), mais je ne peux vous laisser dire que la parole de l'État est remise en cause. J'en veux pour preuve la parole du Premier ministre, qui a récemment réaffirmé son soutien au projet.

Surtout, plus que des paroles, des actes concrets montrent que le projet avance. Des travaux sont déjà lancés, une société dédiée a été créée par le Parlement, des autorisations environnementales ont été délivrées. Des aménagements au sud de Bordeaux et au nord de Toulouse sont en cours, financés notamment à hauteur de plus de 180 millions d'euros par l'Agence de financement des infrastructures de transport de France (Afit France) en 2026. Bref, le chantier avance.

Quant aux financements, ainsi que je l'indiquais à Mme de Marco, des pistes sont activement à l'étude et des réunions régulières sont tenues avec l'ensemble des cofinanceurs.

Le projet n'est pas porté par l'État seul : les collectivités territoriales, l'Union européenne et les opérateurs y contribuent. À ce titre, le coordinateur européen a rappelé à plusieurs reprises que la ligne nouvelle du Sud-Ouest (LNSO) est une priorité du réseau ferroviaire européen.

Enfin, monsieur le sénateur, vous avez raison de rappeler que les financements doivent être structurés dans la durée. Cela tombe bien, c'est précisément l'objet de l'article 1er de l'excellent projet de loi-cadre relatif au développement des transports, que nous examinerons tout à l'heure. Si vous me permettez de le dire, ce texte illustre concrètement les propos de M. le Premier ministre, qui soulignait plus tôt que des projets de loi de qualité sont étudiés en ce moment par les deux assemblées.

Ce texte actera, je l'espère, le principe de la programmation pluriannuelle des investissements de transport, qui donnera vraiment à notre pays la visibilité et la soutenabilité financière que nos infrastructures de transport méritent. (Applaudissements sur les travées du groupe RDPI.)

M. le président. La parole est à M. Pierre-Antoine Levi, pour la réplique.

M. Pierre-Antoine Levi. Monsieur le ministre, je vous remercie de votre réponse. Vous savez également combien je vous apprécie (Sourires.), à l'instar de nombreux sénateurs. C'est pourquoi nous comptons tous sur vous pour faire en sorte que la parole de l'État soit tenue.

M. Philippe Tabarot, ministre. Vous le pouvez !

M. Pierre-Antoine Levi. Cela fait plus de quarante ans que nous attendons cette ligne à grande vitesse. Deux gares nouvelles doivent être construites, à Montauban et à Agen. Aujourd'hui, il est absolument inadmissible que Toulouse ou Montauban soient à plus de quatre heures de train de Paris.

Nous comptons donc sur vous pour arriver rapidement à faire en sorte qu'en 2032 nous puissions tous prendre le train à grande et non à petite vitesse. (Applaudissements sur les travées des groupes UC, ainsi que sur des travées du groupe INDEP.)

- page 2688

Page mise à jour le