Question de Mme MARGATÉ Marianne (Seine-et-Marne - CRCE-K) publiée le 02/04/2026

Mme Marianne Margaté attire l'attention de M. le ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle, énergétique et numérique sur le téléphérique d'Antananarivo à Madagascar.
Par deux question écrites ( https://www.senat.fr/questions/base/2021/qSEQ211225885.html et https://www.senat.fr/questions/base/2022/qSEQ220126323.html ) l'attention de votre prédécesseur était attirée sur la nécessité de renoncer à financer pour un montant de 152 millions d'euros un projet de téléphérique à Antananarivo, par un prêt du Trésor et un prêt de la Société générale garanti par la Banque Publique d'Investissement (BPI). La faible utilité du projet, l'impossibilité de l'alimenter en électricité vu le grave déficit d'offre, son inaccessibilité au plus grand nombre vu le coût du billet impossible à subventionner vu l' état des finances publiques de Madagascar, la nécessité de prioriser les investissements publics dans un pays où 80% de la population vit dans l'extrême pauvreté et où des crises alimentaires aiguës frappent les populations du sud de ce pays, étaient mises en avant.
Aujourd'hui, le téléphérique est à l'arrêt et balafre le paysage urbain d'Antananarivo. Il donne une image désastreuse de l'action de la France.
Les travaux ont été réceptionnés entre mai et août 2025. Le projet a fonctionné à temps partiel entre mi-août et fin septembre 2025, le plus souvent avec des groupes électrogènes, moyennant des coûts financiers et environnementaux élevés. Aucune structure de gestion pérenne (régie municipale ou dispositif privé) n'est en place. Une station de ce téléphérique a été endommagée pendant les manifestations de septembre et octobre 2025. Le téléphérique illustrait aux yeux de la population la dérive du pouvoir alors en place.
Outre l'absence d'étude préalable approfondie (analyse des coûts d'investissement et de fonctionnement, modalités de gestion, inscription du tracé dans le développement urbain, justification économique et sociale, impact sur la dette publique) l'exécution du projet révèle, à la responsabilité de la partie française, des défaillances graves quant à la mise en place des prêts sans condition et quant au suivi des décaissements. Par ailleurs, la Cour des Comptes de Madagascar a publié en mars un rapport montrant que sur deux lignes prévues, une seule a été réalisée (ligne orange) avec un surcoût de 18 922 662 d'euros sur un marché initial en gré à gré de 92 198 526 d'euros, soit plus de 20 %.
Des considérations commerciales à très court terme semblent avoir prévalu au détriment de l'intérêt des populations locales les plus pauvres.
Le remboursement des prêts jusqu'en 2034 pèsera lourdement sur les finances publiques de Madagascar. Cela s'ajoute au fait que Madagascar est l'un des pays du monde le plus affecté par la réduction de l'aide publique au développement, en premier lieu américaine. En effet en 2023, l'Aide publique au développement (APD) représentait, selon la Banque Mondiale, plus de 70 % des dépenses du gouvernement central. L'aide américaine en matière de santé devrait baisser de 61 % et le Programme alimentaire mondial fait face à un déficit de financement de 18 millions de dollars en 2026, ce qui affecte gravement le sud de l'île.
Dans ces conditions, elle lui demande sur les suites qu'il compte donner à la demande d'annulation de la dette relative au financement du téléphérique, d'un montant de 130 millions d'euros, que l'actuel président malgache a formulée à l'occasion de sa visite en France de mars 2026.

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En attente de réponse du Ministère de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle, énergétique et numérique.

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