Question de M. LAHELLEC Gérard (Côtes-d'Armor - CRCE-K) publiée le 02/04/2026

M. Gérard Lahellec attire l'attention de Mme la ministre de la santé, des familles, de l'autonomie et des personnes handicapées sur la nécessité d'augmenter le nombre de postes d'internes en gynécologie médicale à la rentrée prochaine. Pour la première fois depuis le rétablissement obtenu en 2003 de la formation avec le diplôme d'études spécialisées de gynécologie médicale, le nombre d'étudiants admis à suivre l'internat pour devenir gynécologue médical a subi une diminution d'ampleur, puisque la baisse actée à la rentrée 2024 (de 91 à 79) a été reconduite à la rentrée 2025. L'argument selon lequel cette diminution aurait pour origine un faible engouement des étudiants pour ce choix de spécialité ne peut être recevable. La réponse aux besoins territoriaux d'offre de santé relève d'une décision politique gouvernementale et non de choix discrétionnaires individuels. Cette diminution est d'autant plus problématique que le nombre de gynécologues médicaux en exercice est déjà déficitaire. Son seul département des Côtes-d'Armor connaît une diminution de trois quarts de ses effectifs depuis 2010. Il ne reste plus que 5 gynécologues médicaux à l'échelle départementale. Certaines communautés d'agglomération comme Lannion-Trégor-Communauté (plus de 100 000 habitants) n'en contient pas un seul. Les conséquences d'un tel choix politique sur la santé des femmes sont malheureusement connues : retards de diagnostics pour les cancers qui mettent en périls la réussite des traitements, multiplication des infections sexuellement transmissibles, ménopauses à l'abandon. À titre d'exemple, 53 % des costarmoricaines ont recours au dépistage généralisé du cancer du sein, contre 60 % il y a dix ans. Cette situation s'inscrit dans un contexte de modifications inquiétantes des pratiques chez les jeunes, mises en évidence par l'Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) en matière de contraception, vaccination et démédicalisation de la santé sexuelle. L'investissement pour la santé des femmes est donc une nécessité absolue. Il lui demande de prendre l'engagement de sanctuariser a minima 91 postes d'internes en gynécologie médicale, c'est-à-dire le niveau de 2023, et de porter ce nombre dans la mesure du possible à 100.

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Réponse du Ministère de la santé, des familles, de l'autonomie et des personnes handicapées publiée le 15/04/2026

Réponse apportée en séance publique le 14/04/2026

M. le président. La parole est à M. Gérard Lahellec, auteur de la question n° 1039, adressée à Mme la ministre de la santé, des familles, de l'autonomie et des personnes handicapées.

M. Gérard Lahellec. Madame la ministre, il se dit que la gynécologie est la spécialité médicale qui s'occupe des maladies de la femme. Fort heureusement, les mentalités évoluent, mais il faut que ce mouvement se poursuive encore davantage.

La principale qualité de la gynécologie médicale est précisément de dépasser le champ de l'obstétrique pour en faire un champ universel, qui dépasse les rapports de genre, de classe et de savoir. La gynécologie médicale répond bien entendu à un enjeu de santé publique, mais elle représente en réalité beaucoup plus que cela.

Pourtant, le nombre d'internes en gynécologie médicale a subi une baisse drastique : douze postes ont été supprimés à la rentrée 2024 et ils n'ont pas été rétablis en 2025, ce qui est d'autant plus problématique que le nombre de gynécologues médicaux en exercice est déjà déficitaire.

Je viens d'un département qui a vu disparaître les trois quarts de ses effectifs depuis 2010 et qui n'est désormais pourvu que de cinq praticiens. Certaines communautés d'agglomération de plus de 100 000 habitants, comme Lannion-Trégor Communauté par exemple, n'en comptent plus qu'un seul.

Les conséquences d'un tel choix politique sont pourtant connues, notamment des retards de diagnostic pour les cancers. Or, chaque année, Octobre rose fédère sur le sujet du cancer du sein. Le 12 octobre dernier, dans une commune de 5 000 habitants, Ploumagoar, s'élançaient ainsi près de 6 500 sportives pour la marche organisée par l'association Rose Espoir. Ne serait-il pas temps de traduire cet engouement en actes et en mesures concrètes ?

Vous-même, madame la ministre, à l'occasion d'Octobre rose, vous vous étiez engagée en faveur du dépistage précoce. Qu'y aurait-il de mieux pour cela qu'un rendez-vous annuel de gynécologie médicale pour toutes les femmes ? Prenez-vous, dès lors, l'engagement de sanctuariser, pour la rentrée 2026, au minimum 91 postes d'interne en gynécologie médicale, soit le niveau de 2023 ?

M. le président. La parole est à Mme la ministre.

Mme Stéphanie Rist, ministre de la santé, des familles, de l'autonomie et des personnes handicapées. Monsieur le sénateur Lahellec, vous m'interrogez sur l'évolution du nombre de postes d'interne en gynécologie médicale et ses effets dans votre département des Côtes-d'Armor.

Je tiens tout d'abord à rappeler que la santé des femmes est une priorité majeure de ce gouvernement. Devant la nécessité de maintenir un nombre suffisant de gynécologues médicaux, les postes offerts aux internes de médecine dans cette spécialité ont augmenté de 42 % depuis 2017, contre 16 % pour l'ensemble des spécialités.

Une attention particulière sera portée à cette spécialité pour les postes d'interne ouverts à la rentrée universitaire 2026-2027, d'autant plus que, pour la première fois, nous bénéficierons cette année des effets de la suppression du numerus clausus, une mesure que nous avons portée.

En Bretagne, cette dynamique s'est traduite par une progression du nombre d'internes formés - vingt en 2025, vingt-cinq en 2026.

Parallèlement, des actions concrètes et complémentaires sont mises en oeuvre afin de mobiliser l'ensemble des professionnels concourant à la santé des femmes.

Les médecins généralistes assurent déjà une part significative du suivi gynécologique, notamment dans les territoires où la démographie spécialisée est plus fragile.

Les sages-femmes, dont les compétences ont été élargies ces dernières années, constituent également un pilier essentiel de l'offre de soins en santé sexuelle et reproductive. Afin de soutenir leur implantation, le zonage relatif aux sages-femmes a été révisé en 2024 dans votre département, notamment dans le Trégor, ce zonage ouvrant droit à des aides à l'installation et à l'exercice.

Depuis un an, un médicobus propose également des consultations de gynécologie pour des patientes identifiées et contactées par l'assurance maladie à Rostrenen et à Callac, ce qui contribue à rapprocher l'offre de soins des populations qui en sont les plus éloignées.

C'est l'ensemble de ces acteurs, que nous soutenons, qui participent à la prise en charge de la santé des femmes.

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