Question de Mme MERCIER Marie (Saône-et-Loire - Les Républicains) publiée le 02/04/2026
Mme Marie Mercier attire l'attention de M. le ministre de l'intérieur sur la nouvelle tenue de protection qui doit équiper les sapeurs-pompiers et fait polémique. Les pompiers en colère la décrivent comme dangereuse et inadaptée. La direction générale de la sécurité civile, à l'origine de leur élaboration, défend quant à elle un travail basé sur plusieurs années de tests en laboratoire. Censée permettre aux pompiers d'intervenir sur des feux de forêts comme urbains, la tenue est jugée trop longue à enfiler (2 min 47 secondes au lieu de 20 secondes actuellement, composée jusque-là de deux éléments, il y en a désormais cinq à assembler avec des fermetures éclair ), trop épaisse, trop chaude, trop lourde. Il est moins facile de bouger à l'intérieur. Bref, les critiques se multiplient. « C'est comme si on recommandait à un cuisinier de porter un gant de 2 kilos pour sortir son plat du four afin d'éviter qu'il se brûle », a déclaré un responsable. Aussi, elle souhaite savoir si les pompiers, ces héros du quotidien qui risquent leur vie pour sauver la nôtre, ont été entendus. De leurs conditions de travail dépend notre protection.
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Réponse du Ministère délégué auprès de la ministre de l'aménagement du territoire et de la décentralisation, chargé de la ruralité publiée le 15/04/2026
Réponse apportée en séance publique le 14/04/2026
M. le président. La parole est à Mme Marie Mercier, auteure de la question n° 1042, adressée à M. le ministre de l'intérieur.
Mme Marie Mercier. Monsieur le ministre, nos sapeurs-pompiers ont un problème : un problème d'habillement. Vous le savez, ils ont plusieurs tenues qu'ils portent en fonction des secours qu'ils apportent.
J'appelle votre attention sur un nouvel équipement, contre lequel bataille André Accary, président du conseil départemental de la Saône-et-Loire, mais aussi président de la commission Sdis (services départementaux d'incendie et de secours) de Départements de France.
De quoi s'agit-il ? Lorsqu'ils sont mobilisés sur un important incendie ou un grave accident de la route, les sapeurs-pompiers enfilent une tenue dite « jaune ». Cela leur prend vingt secondes - et chaque seconde compte. Or il est question de remplacer cette tenue jaune, qui ne présente aucune difficulté en matière de sécurité, par un équipement composé de deux pantalons et de deux vestes qu'il faut ajuster au moyen de fermetures éclair, scratch et compagnie. Tout ce bazar prend 2 minutes 47, alors que, j'y insiste, chaque seconde compte.
Si encore cet équipement était formidable... mais ce n'est pas du tout le cas ! Il est plus épais, donc plus lourd - 2 kilogrammes de plus. Surtout, il est plus chaud ; or la chaleur est dangereuse pour les sapeurs-pompiers en intervention sur des incendies.
Monsieur le ministre, je vous le redis : les sapeurs-pompiers, notamment ceux de Marseille et de Paris, refusent cet équipement. L'équipementier leader français, qui fabrique ces équipements, ne veut pas de ce marché, alors même qu'il concerne 250 000 pompiers et s'élève à 300 millions d'euros - pour mon département, le coût s'élèverait à 1,2 million d'euros. C'est donc bien qu'il y a un problème.
Vous qui êtes un homme de terrain et de bon sens, reconnaissez-vous que c'est une erreur d'imposer cet équipement ? Pensez-vous faire entendre raison à la direction générale de la sécurité civile et de la gestion des crises (DGSCGC) ? (M. le ministre délégué sourit.)
M. le président. La parole est à M. le ministre délégué.
M. Michel Fournier, ministre délégué auprès de la ministre de l'aménagement du territoire et de la décentralisation, chargé de la ruralité. Madame la sénatrice, la réponse que je vous livre est celle du ministre de l'intérieur.
Mme Marie Mercier. Ah !
M. Michel Fournier, ministre délégué. Eh oui... (Sourires.)
Les travaux d'élaboration du nouvel ensemble de protection incendie et de secours technique ont été engagés notamment afin d'assurer une meilleure protection aux sapeurs-pompiers face aux risques liés aux fumées d'incendie et aux particules nocives associées.
La DGSCGC n'a pas élaboré cet ensemble sans l'aide du réseau des services d'incendie et de secours : dix-neuf Sdis ont été associés à ces travaux.
Après une nécessaire phase de recherche et de développement, de premiers essais ont déjà permis de faire progresser le référentiel de cette tenue.
En lien avec les Sdis ayant d'ores et déjà fait le choix de procéder à des acquisitions - il y en a - et de contribuer à l'évaluation de ces nouveaux ensembles de protection, mais également grâce à l'acquisition par la DGSCGC de lots de dix ensembles de tenue, des tests en situation réelle seront réalisés dans plusieurs centres de secours de métropole et d'outre-mer. Comme vous le constatez, la phase d'étude est toujours en cours.
Vous avez évoqué les temps d'habillage et de déshabillage, qui sont de l'ordre de 50 secondes. Quant au poids de la tenue, le différentiel est, semble-t-il, de 300 grammes seulement (Mme Marie Mercier le conteste.) et se voit largement compensé par la meilleure ergonomie de cet équipement.
J'en viens à l'effet de chaleur. Contrairement à certaines anciennes tenues, celle qui est proposée ne dispose pas de membrane pour bloquer la chaleur ; elle a donc été conçue pour réduire cet effet.
Enfin, le coût d'acquisition de cette nouvelle tenue est inférieur au coût additionné des trois tenues qu'elle peut remplacer.
Force est de constater que des commentaires positifs sont également émis par les Sdis et les organisations représentatives des sapeurs-pompiers - visiblement, pas par toutes. Reste qu'ils sont moins relayés que les critiques.
Madame la sénatrice, soyez assurée que les services du ministère de l'intérieur, accompagnés des acteurs du réseau des services d'incendie et de secours qui mesurent les enjeux réels des nécessaires évolutions à apporter aux équipements de protection individuelle des sapeurs-pompiers, mettent tout en oeuvre pour veiller à ce que ces équipements soient adaptés aux besoins variés des sapeurs-pompiers, tout en répondant à l'ensemble des normes en vigueur et en évitant la multiplication de tenues distinctes.
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