Question de M. SAVOLDELLI Pascal (Val-de-Marne - CRCE-K) publiée le 16/04/2026
M. Pascal Savoldelli attire l'attention de Mme la ministre de la santé, des familles, de l'autonomie et des personnes handicapées au sujet de la surexposition des Françaises et des Français au cadmium, telle que révélée par un rapport de l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (Anses) en date du 25 mars 2026.
Le cadmium est un métal lourd s'accumulant lentement dans l'organisme, notamment dans les reins, sans possibilité d'élimination naturelle efficace. Il est classé cancérogène (catégorie 1A) par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) depuis 2012. Même à faibles doses, une exposition prolongée peut avoir des conséquences graves sur la santé. Il est responsable d'atteintes rénales, du développement des fragilités osseuses (ostéoporose, fractures) en cas d'exposition prolongée et a des effets cardiovasculaires et neurodéveloppementaux.
Bien que naturellement présent dans les sols, sa concentration en quantité importante est grandement due à l'épandage d'engrais phosphatés sur les sols agricoles. L'Union européenne a fixé en 2022 une limite maximale de 60mg de cadmium par kilo de phosphate. Mais plusieurs pays, comme la Finlande ou le Danemark, appliquent déjà des seuils plus stricts (20 à 48mg/kg). En France, le plafond reste fixé à 60mg/kg, malgré les recommandations de l'Anses, qui préconise une diminution progressive de 60 à 20mg/kg.
Cette situation suscite d'autant plus d'inquiétude que les niveaux d'imprégnation de la population Française sont beaucoup plus élevés que dans les autres pays européens, pointant la nécessité d'une action rapide et spécifique de l'État. Selon l'étude Esteban de Santé Publique France de 2021, près de 48 % des adultes dépassent la concentration critique en cadmium urinaire pour les effets osseux. Jusqu'à 36 % des jeunes enfants dépassent la dose journalière tolérable. Les enfants français présentent des niveaux quatre fois plus élevés que ceux mesurés en Allemagne.
Face à un enjeu sanitaire majeur, une intervention rapide du Gouvernement s'impose. Aujourd'hui, le ministère de l'agriculture prévoit de nouveaux décrets et arrêtés qui fixent la teneur maximale à 40mg/kg en 2030. Cet objectif est trop peu restrictif. Selon les médecins et les organisations non gouvernementales (ONG) cet écart entre les recommandations sanitaires et la réglementation illustre une inertie politique préoccupante.
Par ailleurs, ces constats posent la question plus large de l'orientation agricole de la France. Bien que le cadmium ne soit pas nouveau, l'activité humaine en a fait un polluant omniprésent, notamment via l'agriculture intensive qui en reste la principale source. Les engrais phosphatés riches en métaux lourds représentent 60 à 75 % des apports en cadmium dans les sols agricoles selon l'Institut national de la recherche agronomique (INRAE).
Aussi, il l'interroge sur les dispositions que le Gouvernement entend prendre pour réduire l'exposition des Françaises et des Français à ce contaminant et l'appelle à limiter drastiquement la présence de cadmium dans les engrais phosphatés, à soutenir des pratiques agricoles propres et à renforcer l'information des consommatrices et des consommateurs.
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En attente de réponse du Ministère de la santé, des familles, de l'autonomie et des personnes handicapées.
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