Question de Mme BONNEFOY Nicole (Charente - SER) publiée le 23/04/2026

Mme Nicole Bonnefoy attire l'attention de Mme la ministre de la santé, des familles, de l'autonomie et des personnes handicapées sur la situation particulièrement préoccupante de la Charente en matière d'imprégnation de la population au cadmium.

Les données récemment rendues publiques placent en effet la Charente parmi les territoires les plus exposés, avec des niveaux d'imprégnation supérieurs à la moyenne nationale. Cette réalité suscite une vive inquiétude au sein de la population, d'autant plus que l'ampleur du phénomène semble avoir été découverte tardivement, sans que des réponses immédiates et concrètes de l'État ne soient encore pleinement déployées.

Le Gouvernement a annoncé la mise en place d'un plan de dépistage. En Charente, l'urgence sanitaire est réelle et les attentes sont fortes. Les habitants, les élus locaux et les professionnels de santé demandent des mesures rapides, lisibles et adaptées aux spécificités de ce territoire.

Dans ce contexte, elle souhaiterait savoir quelles communes de Charente seront effectivement concernées par le dispositif de dépistage et dans quels délais les habitants pourront y accéder. Elle demande également quels publics seront prioritairement ciblés, notamment les enfants et les femmes enceintes, et quelles modalités d'accompagnement seront mises en place pour les personnes présentant des niveaux d'imprégnation préoccupants. Enfin, elle souhaite connaître les mesures immédiates et spécifiques que le Gouvernement entend engager en Charente afin de réduire durablement l'exposition des populations au cadmium.

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Réponse du Ministère délégué auprès de la ministre de la santé, des familles, de l'autonomie et des personnes handicapées, chargé de l'autonomie et des personnes handicapées publiée le 17/06/2026

Réponse apportée en séance publique le 16/06/2026

M. le président. La parole est à Mme Nicole Bonnefoy, auteure de la question n° 1074, adressée à Mme la ministre de la santé, des familles, de l'autonomie et des personnes handicapées.

Mme Nicole Bonnefoy. Madame la ministre, les données récemment rendues publiques sont sans appel : mon département, la Charente, figure parmi les plus exposés au cadmium ; les niveaux d'exposition y dépassent significativement la moyenne nationale.

Pour les Charentais, ce n'est pas vraiment une découverte, puisque, depuis des décennies, ce territoire vit avec le cadmium.

Je songe par exemple aux salariés de l'usine Saft, devenue Arts Energy, qui ont travaillé pendant des années en contact direct avec ce métal lourd cancérigène, et cela sans protection suffisante. Ils l'ont touché, respiré. Ils ont même déjeuné à leur poste en présence de cette substance hautement toxique.

Pourtant, ces travailleurs, dont, hélas, certains sont morts et d'autres malades, ont eu toutes les peines du monde à faire reconnaître le lien entre leur maladie et leur exposition professionnelle. Je voudrais que, ici, l'on s'en souvienne.

Aujourd'hui, la menace dépasse les seuls murs des usines. L'ensemble de la population charentaise est en effet concerné par les sols, par l'alimentation, par un environnement durablement contaminé par des engrais phosphatés. Le Gouvernement a annoncé un plan de dépistage. C'est un premier pas, mais les Charentais, comme les Français, ont besoin de réponses concrètes.

Ma question est donc simple, madame la ministre. Quels publics seront prioritairement ciblés par ce dépistage ? Qu'en sera-t-il, en particulier, des enfants, des femmes enceintes et des anciens salariés exposés professionnellement ?

Suivrez-vous en ce sens les recommandations de la Haute Autorité de santé (HAS) ?

Quelles mesures immédiates et spécifiques le Gouvernement entend-il déployer dans les territoires surexposés, comme la Charente, pour réduire durablement l'exposition de nos populations ?

Enfin, quelles recommandations envisagez-vous en matière d'alimentation, de comportement prophylactique, d'accompagnement des agriculteurs, etc. ?

M. le président. La parole est à Mme la ministre déléguée.

Mme Camille Galliard-Minier, ministre déléguée auprès de la ministre de la santé, des familles, de l'autonomie et des personnes handicapées, chargée de l'autonomie et des personnes handicapées. Madame la sénatrice Bonnefoy, je vous prie d'excuser l'absence de la ministre, Mme Stéphanie Rist, qui m'a chargée de vous répondre.

Les études de Santé publique France et de l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (Anses) montrent qu'une partie de la population fait l'objet d'une imprégnation préoccupante au cadmium. Cette exposition est principalement liée à l'alimentation, par l'intermédiaire de produits du quotidien comme le pain, les céréales, les pommes de terre ou certains légumes.

Concrètement, qu'avons-nous fait ? À partir d'aujourd'hui, le dosage urinaire du cadmium - la cadmiurie - est pris en charge par l'assurance maladie. Ce dépistage est ciblé en priorité sur les personnes les plus exposées, notamment sur celles qui vivent sur des sols pollués et qui consomment des productions locales susceptibles d'être contaminées, ainsi que sur les publics les plus vulnérables, en particulier les enfants et les femmes enceintes.

Il appartiendra au médecin d'apprécier avec son patient, au regard de l'exposition environnementale, si la réalisation d'une cadmiurie est pertinente.

Surtout, ce dépistage doit déboucher sur un accompagnement concret si c'est nécessaire : un suivi rénal, une surveillance osseuse, des conseils pour réduire l'exposition alimentaire et le tabagisme, un suivi médical dans la durée, etc.

Toutefois, le dépistage ne suffit pas. Il faut aussi réduire les contaminations à la source. C'est le sens de la réforme engagée sur les matières fertilisantes et de la trajectoire de réduction progressive du cadmium dans les engrais phosphatés.

Le Gouvernement est attentif aux débats parlementaires en cours et prendra ses responsabilités pour protéger durablement la santé des Françaises et des Français.

M. le président. La parole est à Mme Nicole Bonnefoy, pour la réplique.

Mme Nicole Bonnefoy. Madame la ministre, je vous remercie de ces annonces, qui sont bien sûr tout à fait intéressantes.

Je suivrai avec attention leur déclinaison dans mon département. J'ai bien compris qu'elles ne viseraient pas uniquement les sites industriels, mais concerneraient aussi les particuliers les plus exposés, comme les enfants et les femmes enceintes.

Il faut mettre l'accent sur la prévention, c'est une nécessité. J'entends parler d'un plan de dépistage, mais la prévention est aussi indispensable.

La question de l'exposition au cadmium confirme l'interpénétration entre les écosystèmes et la santé humaine. Nous avons désormais besoin d'une approche globale de la santé environnementale ; c'est absolument nécessaire et vital.

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