Question de M. DEMILLY Stéphane (Somme - UC) publiée le 07/05/2026
Question posée en séance publique le 06/05/2026
M. le président. La parole est à M. Stéphane Demilly, pour le groupe Union Centriste. (Applaudissements sur les travées du groupe UC.)
M. Stéphane Demilly. Ma question s'adresse à M. le ministre de l'intérieur.
Ce week-end, dans le Cher, comme notre collègue Rémy Pointereau l'a rappelé voilà quelques instants, une rave-party illégale a rassemblé entre 20 000 et 30 000 teufeurs sur un terrain militaire, au mépris total des règles les plus élémentaires de sécurité.
Le bilan est lourd, il a été rappelé : une trentaine de blessés, dont quatre en urgence absolue, en lien avec la consommation de stupéfiants, des centaines d'infractions, des centaines de verbalisations. Les forces de l'ordre et les démineurs de la direction générale de l'armement (DGA) ont même dû intervenir après la découverte de deux obus sur les lieux.
Ce qui s'est passé dans ce petit village de 220 habitants n'est pas nouveau. En 2023, pour une manifestation du même genre dans l'Indre, et en 2025, pour un rassemblement similaire dans le Lot, j'avais déjà alerté le Gouvernement sur l'image délétère que renvoie à l'opinion publique notre incapacité à empêcher ce genre de free parties pourtant interdites. En 2025, on m'a dit qu'il y en avait eu plus de 330.
Nous assistons depuis quelques années à une sorte de banalisation de l'illégalité de masse, avec des risques sanitaires, sécuritaires et environnementaux majeurs. Cela, sans compter, le coût financier pour la puissance publique qui, résignée, est contrainte d'encadrer ces soirées qu'elle a pourtant interdites.
Le projet de loi Ripost, qui arrivera au Sénat dans quelques jours, prévoit - vous l'avez rappelé tout à l'heure en réponse à notre collègue - de durcir les sanctions, avec deux ans de prison et 30 000 euros d'amende pour les organisateurs d'une rave-party non déclarée, ainsi que la création d'un délit de participation. Nous soutiendrons ce texte.
Toutefois, mon interrogation porte non pas sur la gestion dissuasive et curative de ces délits, mais bel et bien sur notre défaillance préventive.
Certes, ces soirées s'organisent via des messageries ou des réseaux cryptés, mais tout le monde le sait quelques jours à l'avance. Une riposte est une réponse à une transgression qui gère le problème ; on sanctionne après coup. Je voudrais vous entendre, monsieur le ministre, sur l'amont. Qu'envisagez-vous pour que ces rassemblements illégaux ne puissent tout simplement pas se tenir et pour que l'État de droit soit a minima respecté ? (Applaudissements sur les travées du groupe UC.)
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Réponse du Ministère de l'intérieur publiée le 07/05/2026
Réponse apportée en séance publique le 06/05/2026
M. le président. La parole est à M. le ministre de l'intérieur.
M. Laurent Nunez, ministre de l'intérieur. Monsieur le sénateur, les chiffres des rassemblements musicaux illégaux que vous mentionnez sont exacts : 337 rassemblements ont été recensés, réunissant en moyenne 300 participants ; seuls 4 % d'entre eux ont dépassé les 1 000 personnes. C'est toujours trop et cela occasionne toujours beaucoup de nuisances.
Nous parvenons à empêcher la plupart des rassemblements de quelques centaines de personnes. Tous les week-ends des rassemblements musicaux illégaux sont ainsi dissuadés. Quand le nombre de participants est faible, nous arrivons à les interdire.
En revanche, il en va autrement lorsque ces rassemblements prennent une dimension beaucoup plus importante, pouvant réunir plusieurs milliers de personnes. Dans ce cas, citez-moi un seul exemple où la puissance publique aurait été en mesure d'empêcher des individus, arrivant de points multiples du territoire national, se coordonnant via des messageries cryptées et chiffrées, et décidant, au dernier moment, de fondre sur un point.
S'agissant du village de Cornus que vous évoquez, la décision d'installation est intervenue quelques heures seulement auparavant. C'est très difficile à prévoir. Quiconque prétendrait le contraire se tromperait.
Pour des rassemblements de plus faible importance, en revanche, nous les dissuadons. Ainsi, dans le Var, un événement qui avait lieu au même moment et qui rassemblait 150 personnes a pu être interrompu par le préfet et les forces de gendarmerie.
Le renforcement du volet dissuasif constitue une première réponse importante. Sur le plan préventif, nous ne sommes pas en présence de groupes d'ultragauche ou d'ultradroite, ni d'organisations engagées dans des processus de radicalisation violente. Dès lors, nous ne disposons pas de moyens de renseignement pour suivre ces groupes.
Sans doute faut-il rappeler que le site de Cornus, que nous connaissons bien avec le sénateur Rémy Pointereau, est un terrain militaire, dont l'accès est strictement encadré : on ne le traverse pas librement, même en véhicule, et il est interdit de s'y arrêter ou d'y prendre des photographies en dehors des périodes d'ouverture autorisées. Or ce qui s'est produit sur ce site correspond à une intrusion en force sur une emprise militaire.
Si l'on examine les éléments de revendication diffusés par les auteurs, on constate des messages à forte connotation antimilitariste - « on fait la guerre à la guerre » -, visant accessoirement le ministre de l'intérieur, né à Bourges. Il existe donc bien une revendication politique, ainsi qu'une intrusion sur un terrain militaire, ce qui interroge.
Dans ce contexte, la question de la prévention et du rehaussement de notre niveau de protection mérite d'être posée : ne devons-nous pas envisager d'aller plus loin dans nos modalités de suivi de ces groupes ? Les services de renseignement assurent déjà une veille, mais sans recourir nécessairement à des techniques intrusives, dès lors que nous ne sommes pas dans le champ de la radicalisation violente. Pour autant, ce qui s'est passé à Cornus doit nous amener à réfléchir, je vous le concède. (Applaudissements sur les travées du groupe RDPI.)
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