Question de M. FICHET Jean-Luc (Finistère - SER) publiée le 07/05/2026

Question posée en séance publique le 06/05/2026

M. le président. La parole est à M. Jean-Luc Fichet, pour le groupe Socialiste, Écologiste et Républicain. (Applaudissements sur les travées du groupe SER.)

M. Jean-Luc Fichet. Monsieur le Premier ministre, depuis plusieurs semaines, nos concitoyens constatent la multiplication de faits inacceptables commis lors de certains banquets du Canon français : propos racistes, appels à la violence, gestes rappelant les heures les plus sombres de notre histoire. Ces faits ne sont plus contestables.

Ils relèvent d'une stratégie idéologique structurée, dont il n'est plus à démontrer qu'elle s'appuie sur des financements liés à Odyssée Impact, fonds de Pierre-Édouard Stérin au service de son projet Périclès.

Il est tout aussi établi que, sous couvert de convivialité, ces événements constituent des rassemblements d'extrême droite, où propos et gestes tombent sous le coup de la loi et dont les organisateurs cherchent à duper élus locaux et participants de bonne foi, comme l'a montré le repas du Canon français à Caen.

À Quimper, Mme la maire Isabelle Assih a pris ses responsabilités en refusant d'accueillir un tel banquet. Depuis, elle fait face à un déferlement de haine, d'insultes, de propos racistes et de menaces, notamment sur les réseaux sociaux. Monsieur le Premier ministre, c'est l'intimidation des élus de la République qui est en jeu.

Ma question est claire : comment le Gouvernement entend-il protéger et soutenir concrètement les maires confrontés à de telles menaces ?

Au-delà, demanderez-vous aux préfets d'interdire ces rassemblements et prendrez-vous vos responsabilités face à ceux qui les organisent ou les financent ?

La République ne peut tolérer ni haine ni intimidation à l'égard de ses élus. (Applaudissements sur les travées des groupes SER et GEST.)

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Réponse du Ministère de l'intérieur publiée le 07/05/2026

Réponse apportée en séance publique le 06/05/2026

M. le président. La parole est à M. le ministre de l'intérieur.

M. Laurent Nunez, ministre de l'intérieur. Monsieur le sénateur, votre question englobe, de manière plus générale, celle des repas et des festivités qu'organise le Canon français.

Je tiens d'abord à dire que ce qui s'est passé à Quimper est absolument ignoble. La maire de Quimper a effectivement demandé au parc des expositions de la ville que l'une des manifestations de cette organisation n'ait pas lieu. Cette manifestation a donc été « débranchée » et la maire a reçu, sur les réseaux sociaux, des insultes absolument abjectes, à caractère raciste notamment. Le préfet est évidemment venu en soutien, en assurant, avec l'ensemble des services de police, la protection de cette élue, et j'espère que la justice sera saisie.

Les préfets peuvent-ils interdire les repas du Canon français ? Pour pouvoir interdire des manifestations de ce type, il faut qu'il y ait un risque de trouble à l'ordre public. Or, qu'on les apprécie ou non, les repas du Canon français ne présentent pas ce risque, au sens où un préfet pourrait interdire de tels rassemblements. (Mme Mathilde Ollivier proteste.)

Nous sommes néanmoins vigilants : ces repas suscitant des contre-manifestations, nous veillons à ce qu'il n'y ait pas d'affrontements - c'est ce que font les préfets chaque jour.

Cela étant dit, il est évident que les signalements que nous avons reçus en masse sur ce qui vient de se passer à Quimper - moi, comme ministre de l'intérieur, et ma collègue Aurore Bergé, encore récemment - interpellent et que les propos qui auraient été tenus par des participants à ces festivités, dans les rues de Caen, après le dîner - je reste prudent, car nous devons évidemment étudier tout cela avec sérieux - interrogent. De fait, on nous rapporte toute une série de propos à caractère raciste, voire dignes de l'ultradroite de la vie politique française.

M. Rachid Temal. De l'extrême droite !

M. Laurent Nunez, ministre. Nous allons évidemment regarder de très près les signalements qui nous ont été remontés.

Je ne veux pas juger sans avoir en main toutes les pièces du dossier.

Toutefois, je peux vous dire que, premièrement, les préfets ne peuvent, à ce jour, interdire de telles manifestations, qui ne présentent pas de risque de trouble à l'ordre public ; deuxièmement, ce qu'a subi la maire de Quimper est abject ; troisièmement, nous allons examiner les signalements venus de Caen avec beaucoup d'attention - je puis vous l'assurer.

Si ces signalements sont exacts, les propos qui ont été tenus dans l'espace public...

M. le président. Il faut conclure.

M. Laurent Nunez, ministre. ... et qui nous ont été rapportés par de nombreux restaurateurs de la ville de Caen impliqueront une réaction du Gouvernement, car ils sont absolument inacceptables. (Applaudissements sur les travées du groupe RDPI.)

M. le président. La parole est à M. Jean-Luc Fichet, pour la réplique.

M. Jean-Luc Fichet. Merci, monsieur le ministre, de votre réponse, mais, sous prétexte de convivialité, ces banquets constituent des événements extrêmement nauséabonds et parfaitement orchestrés. (Protestations sur des travées du groupe Les Républicains. - Oui ! et applaudissements sur les travées du groupe SER.)

Il ne faut pas oublier que le salut nazi est interdit.

M. Mickaël Vallet. Oui !

M. Jean-Luc Fichet. Pourtant, Dieu sait si les témoignages selon lesquels les propos et saluts nazis prolifèrent lors des manifestations de ce genre sont nombreux !

M. le président. Il faut conclure.

M. Jean-Luc Fichet. Il faudra que les préfets, à un moment ou un autre, viennent en soutien des élus locaux. (Applaudissements sur les travées des groupes SER et GEST.)

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