Question de M. THÉOPHILE Dominique (Guadeloupe - RDPI) publiée le 14/05/2026
Question posée en séance publique le 13/05/2026
M. le président. La parole est à M. Dominique Théophile, pour le groupe Rassemblement des démocrates, progressistes et indépendants. (Applaudissements sur les travées du groupe RDPI. - M. Michel Masset applaudit également.)
M. Dominique Théophile. Monsieur le ministre délégué chargé de l'Europe, je m'adresse, à travers vous, à l'ensemble du Gouvernement. Et puisque les murs ont des oreilles, le Président de la République prendra connaissance de mes propos.
Je veux saluer la présence dans les tribunes de Son Excellence M. l'ambassadeur d'Haïti.
Mes chers collègues, l'Histoire est parfois étrange. Certains peuples n'ont jamais été pardonnés d'avoir conquis leur liberté par eux-mêmes. Haïti n'est juridiquement pas en guerre contre un autre État, mais d'aucuns savent que le peuple haïtien vit désormais des conditions assimilables à une guerre interne, marquée par l'effondrement de l'autorité publique et la terreur exercée par des groupes armés.
Les chiffres des Nations unies sont glaçants : plus de 5 500 morts en moins d'un an en 2025, des milliers de blessés, des violences sexuelles massives, près de 2 millions de déplacés internes, des routes nationales contrôlées par des gangs et une capitale coupée du reste du pays et du monde.
L'ONU parle même d'une violence devenue « quotidienne et intenable ». Sur le seul premier trimestre 2026, plus de 1 500 personnes ont été tuées.
Cette crise touche directement l'ensemble du bassin caribéen, notamment les territoires français d'Amérique.
La Guadeloupe, la Martinique et la Guyane voient déjà les premières conséquences humanitaires, migratoires, sanitaires et sécuritaires de l'instabilité haïtienne dans une région structurellement vulnérable.
Aider Haïti à retrouver la stabilité, ce n'est donc pas seulement répondre à une urgence humanitaire, c'est aussi préserver l'équilibre de notre espace régional. Or, face à cette situation, la réponse internationale demeure sans cohérence d'ensemble.
Pourtant, la France a démontré ces dernières années sa capacité à fédérer la communauté internationale lors de crises majeures.
Monsieur le ministre, rassurez-vous : il n'y a aucune demande pécuniaire derrière ma question. La France ne peut-elle pas prendre avec la même détermination l'initiative de réunir et de fédérer la communauté internationale autour d'une conférence de soutien à Haïti ?
À l'heure des mémoires et des réparations, un tel geste de la France pourrait constituer un premier acte de réparation historique envers le peuple haïtien. (Applaudissements sur les travées du groupe RDPI, ainsi que sur des travées des groupes RDSE et SER. - M. Stéphane Demilly applaudit également.)
Réponse du Ministère délégué auprès du ministre de l'Europe et des affaires étrangères, chargé de l'Europe publiée le 14/05/2026
Réponse apportée en séance publique le 13/05/2026
M. le président. La parole est à M. le ministre délégué chargé de l'Europe.
M. Benjamin Haddad, ministre délégué auprès du ministre de l'Europe et des affaires étrangères, chargé de l'Europe. Monsieur le sénateur Dominique Théophile, vous avez raison de ne pas oublier Haïti. Je connais votre engagement personnel sur ce sujet ; j'ai également eu l'occasion d'échanger avec le président Patriat. Je profite de votre question pour saluer à mon tour la présence de M. l'ambassadeur en tribune.
Vous l'avez souligné, Haïti est confrontée depuis plusieurs années à une crise majeure. La population souffre de violences. Des gangs armés contrôlent une part importante du territoire grâce à différents trafics : drogues, armes, etc. Les chiffres parlent malheureusement d'eux-mêmes. Au mois de juillet 2025, plus d'une tonne de cocaïne a été saisie par la police haïtienne : c'est l'une des plus importantes saisies de ces trente dernières années. Et, selon le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l'homme, entre 270 000 et 500 000 armes circulent aujourd'hui illégalement dans le pays. Vous avez à juste titre évoqué le désastre humanitaire qui est en cours.
Dans ce contexte, de nombreux Haïtiens ont trouvé refuge dans nos collectivités d'outre-mer. En Guyane, nous avons agi avec le démantèlement d'une filière d'immigration irrégulière via le Suriname à la fin de l'année 2024. La Guadeloupe et la Martinique sont aussi concernées par l'afflux de migrants haïtiens.
Notre pays est engagé aux côtés d'Haïti pour favoriser le retour à la sécurité et à l'ordre constitutionnel. Nous soutenons la police et les forces armées. Nous avons contribué à la mise en place d'une nouvelle force internationale de répression des gangs sous mandat des Nations unies. Les premiers soldats tchadiens sont arrivés à Port-au-Prince au mois d'avril. Au total, 5 500 militaires et policiers sont attendus d'ici au mois d'octobre.
La France a salué, au mois de février, la transition vers un pacte national et le remaniement ministériel qui s'en est suivi. Désormais, nous devons réfléchir aux moyens de développer les échanges commerciaux et les investissements mutuels en faveur de la stabilisation du pays.
J'ai entendu votre proposition d'une conférence de soutien à Haïti. Vous le savez, la France est déjà mobilisée : 40 millions d'euros en faveur d'Haïti en 2025, dont 4 millions d'euros pour la sécurité, 17 millions d'euros pour l'aide humanitaire et 17 millions d'euros pour l'aide au développement.
Soyez-en assuré, monsieur le sénateur, nous poursuivrons notre engagement aux côtés de la population haïtienne. (M. François Patriat applaudit.)
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