Question de M. JOMIER Bernard (Paris - SER) publiée le 14/05/2026

Question posée en séance publique le 13/05/2026

M. le président. La parole est à M. Bernard Jomier, pour le groupe Socialiste, Écologiste et Républicain. (Applaudissements sur les travées du groupe SER ainsi que sur des travées du groupe GEST.)

M. Bernard Jomier. Ma question s'adresse à Mme la ministre de la santé, des familles, de l'autonomie et des personnes handicapées.

Les cas d'hantavirus inquiètent notre population. C'est évidemment la mémoire de la pandémie de covid-19 qu'ils ravivent. Si une leçon a bien été retenue de cette période, c'est la nécessité d'une mobilisation rapide ; et je le dis sans détour, les décisions qui ont été prises ces derniers jours sont les bonnes.

Cela étant, sur la durée, plusieurs facteurs risquent de peser.

Le premier, Henri Cabanel l'a évoqué : la désinformation en santé a instantanément refleuri.

Les antivax sont à la manoeuvre. Oui, il y a des antivax... alors même qu'il n'existe aucun vaccin contre les hantavirus ! (Sourires.) Vraiment, les antivax ont été bercés trop près du mur. (Rires. - Mme Nadia Sollogoub applaudit.)

Je pense aussi aux complotistes, qui ne veulent pas que notre population ait accès au savoir.

Dès lors, madame la ministre, qu'avez-vous fait de concret, ces derniers mois, à la suite de la publication du rapport sur la désinformation en santé que les professeurs Molimard, Costagliola et Maisonneuve - j'aurai d'ailleurs le plaisir de les accueillir au Sénat la semaine prochaine - vous ont récemment remis ?

Second point : la situation des scientifiques.

Hier, vous avez fait appel à eux pour fonder vos décisions ; vous avez eu raison.

Comme vous le savez, les scientifiques sont aujourd'hui harcelés, non seulement sur les réseaux sociaux, mais également devant les tribunaux, où les procédures se multiplient. Or l'Ordre des médecins reste apathique ; les parquets et les tribunaux affichent une large indifférence ; quant à l'université, elle se rend parfois complice d'un tel harcèlement, comme c'est le cas à Marseille.

Quelles mesures allez-vous prendre pour protéger nos scientifiques contre ce harcèlement ? (Applaudissements sur les travées du groupe SER, ainsi que sur des travées des groupes CRCE-K, GEST, RDSE et UC.)


Réponse du Ministère de la santé, des familles, de l'autonomie et des personnes handicapées publiée le 14/05/2026

Réponse apportée en séance publique le 13/05/2026

M. le président. La parole est à Mme la ministre de la santé, des familles, de l'autonomie et des personnes handicapées.

Mme Stéphanie Rist, ministre de la santé, des familles, de l'autonomie et des personnes handicapées. Monsieur le sénateur Jomier, vous l'avez souligné, la mobilisation a été rapide. Nous avons réagi tout de suite, avec Santé publique France, avec le centre de crise du ministère et avec des experts scientifiques qui nous accompagnent depuis le début.

En outre, et vous l'avez également rappelé, dans un souci de transparence, nous avons tenu à organiser une conférence de presse ; il était en effet normal que les informations transmises la veille par les scientifiques au Premier ministre soient portées à la connaissance des Français.

Cette exigence de transparence nous conduit, avec le Premier ministre, à communiquer de façon claire dès que de nouvelles données nous parviennent.

Vous faites par ailleurs allusion au mouvement, dont on ne saurait nier l'ampleur, des antivax et des complotistes. Ceux-ci n'ont pas attendu l'apparition de ce virus pour s'agiter.

Vous l'avez dit, les scientifiques sont harcelés, notamment sur les réseaux sociaux, et ce depuis longtemps.

Pour répondre à ce phénomène, nous avons annoncé une stratégie globale de lutte contre les fausses informations. Celle-ci repose en particulier sur un dispositif d'« infovigilance », sur lequel nous travaillons. L'objectif est de construire une sorte de task force efficace composée d'experts scientifiques coordonnés. Sitôt qu'une fausse information sera détectée, cette cellule pourra agir très vite et de façon massive pour en arrêter la diffusion.

Nous soutenons évidemment les soignants et les experts scientifiques qui subissent ce harcèlement. Vous le savez, des signalements sont systématiquement effectués, notamment auprès de la plateforme d'harmonisation, d'analyse, de recoupement et d'orientation des signalements (Pharos).

Nous continuons de mener cette lutte aux côtés, notamment, des ordres professionnels.

Pour vous répondre très concrètement sur l'exigence de transparence, outre l'information due aux Français, nous veillons à celle des professionnels de santé. J'ai d'ailleurs réuni ce matin l'ensemble de leurs ordres et de leurs syndicats pour un temps d'échange. Quant aux élus, ils sont informés notamment par l'intermédiaire des préfectures.

M. le président. La parole est à M. Bernard Jomier, pour la réplique.

M. Bernard Jomier. Madame la ministre, je vous remercie de votre réponse. Comme je vous l'ai indiqué, vous pouvez compter sur nous dès lors que vos décisions sont adaptées.

La solidité du lien entre scientifiques, politiques et population est essentielle pour qu'une société puisse affronter dans la durée un phénomène épidémique, quel qu'il soit. Je vous appelle donc à intensifier vos actions en la matière, car les scientifiques désespèrent de se retrouver seuls face au harcèlement judiciaire. (Applaudissements sur les travées du groupe SER, ainsi que sur des travées des groupes CRCE-K, GEST, RDSE et RDPI.)

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