Question de Mme SOUYRIS Anne (Paris - GEST) publiée le 14/05/2026

Question posée en séance publique le 13/05/2026

M. le président. La parole est à Mme Anne Souyris, pour le groupe Écologiste - Solidarité et Territoires. (Applaudissements sur les travées du groupe GEST.)

Mme Anne Souyris. Madame la ministre de la santé, qui aurait pu prédire qu'une nouvelle zoonose viendrait rappeler notre vulnérabilité sanitaire ? (Exclamations sur les travées du groupe Les Républicains.) Eh oui, mes chers collègues : en vérité, tout le monde le pouvait !

Toute notre histoire récente nous y préparait, depuis au moins quarante ans et l'émergence dramatique du VIH dans les années 1980, qui avait conduit à la naissance de la démocratie sanitaire, jusqu'à l'épisode du monkeypox, que nous avons pu enrayer notamment grâce à la santé communautaire et à l'action des collectivités locales - je pense évidemment à la Ville de Paris. Plus récemment encore, nous avons traversé l'épidémie de covid-19, dont nous aurions dû tirer des leçons salvatrices.

Oui, madame la ministre : en vérité, tout nous l'indiquait !

Pourtant, cinq ans après le covid, quelles réponses concrètes la France a-t-elle apportées pour prévenir et soigner les zoonoses ? Une belle conférence One Health, certes ; mais où est la stratégie d'accélération « maladies infectieuses émergentes » du plan France 2030 ? Et la production souveraine de médicaments essentiels ?

Aujourd'hui, l'hantavirus inquiète le pays. Bien sûr, nul ne sait si sa diffusion deviendra épidémique, mais, sans attendre, madame la ministre, disposez-vous d'un plan d'action assorti de protocoles différenciés selon la circulation du virus, que vous pourriez présenter aux parlementaires dès maintenant ?

Un tel plan devrait impliquer pleinement les citoyens dans la gestion épidémique, au lieu de se résumer à de simples déclarations hebdomadaires délivrées par un « chef de guerre », comme nous l'avons déjà trop vécu ! (Applaudissements sur les travées du groupe GEST, ainsi que sur des travées des groupes SER et CRCE-K.)


Réponse du Ministère de la santé, des familles, de l'autonomie et des personnes handicapées publiée le 14/05/2026

Réponse apportée en séance publique le 13/05/2026

M. le président. La parole est à Mme la ministre de la santé, des familles, de l'autonomie et des personnes handicapées.

Mme Stéphanie Rist, ministre de la santé, des familles, de l'autonomie et des personnes handicapées. Madame la sénatrice Souyris, nous faisons face à un virus dont l'origine est identifiée : il s'agit de deux ressortissants hollandais qui ont séjourné pendant quatre mois en Amérique du Sud avant d'embarquer sur un bateau où la transmission s'est opérée, le nombre de cas restant limité.

Il est très important de le préciser à l'attention de nos concitoyens : à l'heure actuelle, le virus ne circule pas dans la population générale.

Vous avez raison de dire que ces virus d'origine animale représentent un défi à court terme, auquel nous faisons face par le biais de l'approche dite Une seule santé (One Health), qui se décline en une série d'engagements.

En l'espèce, nous avons identifié et hospitalisé les cinq ressortissants français qui se trouvaient sur le bateau. Par ailleurs, huit passagers ayant emprunté le même vol qu'une femme qui est ensuite décédée ont été admis à l'hôpital par mesure de précaution, car ils ont pu être en contact avec elle. Enfin, quatorze personnes étaient présentes à bord d'un second vol dont la même femme a été débarquée, après être d'abord montée dans l'avion, en raison de l'aggravation de son état de santé - comme je l'ai dit, elle est malheureusement décédée ensuite.

Au total, à l'heure actuelle, vingt-sept personnes - les cinq passagers du bateau et les vingt-deux passagers aériens - sont donc hospitalisées sur notre sol dans des centres de référence, au sein de chambres à pression négative - qui aspirent l'air - conçues pour éviter toute contagion. Elles y sont prises en charge par des professionnels spécialement formés.

Il n'y a donc pas de circulation du virus à ce jour.

La responsabilité du Gouvernement était bien évidemment de se mettre en action dès le début, c'est-à-dire dès l'alerte émise par l'OMS, et d'anticiper tous les scénarios possibles. C'est la raison pour laquelle j'ai souhaité d'emblée être accompagnée par des experts scientifiques, avec lesquels nous travaillons quotidiennement à l'élaboration de modélisations et de stratégies.

Comme nous nous y sommes engagés, nous ferons preuve d'une transparence totale dans la transmission des informations : tout nouvel élément sera communiqué.

M. le président. La parole est à Mme Anne Souyris, pour la réplique.

Mme Anne Souyris. Je vous remercie de cette réponse, madame la ministre, mais notre inquiétude demeure.

Dès mars 2021, dans son rapport public annuel, la Cour des comptes faisait état d'angles morts dans la gestion des stocks stratégiques de masques ; le Sénat a fait de même en 2023 dans son rapport sur les pénuries de médicaments, pointant du doigt notamment une doctrine de rotation des stocks toujours inachevée.

Quelque 706 millions de masques étaient déjà périmés à la fin de 2024, tandis que le nombre de lits hospitaliers continue de baisser et qu'une grippe saisonnière suffit à déclencher une centaine de plans blancs. Enfin, 9,4 % seulement des médicaments innovants autorisés en Europe sont fabriqués en France, contre 24 % en Allemagne.

Nous ne sommes pas prêts, madame la ministre ! Nous n'avons pas entendu de votre part l'annonce d'un plan à venir qui nous permettrait de réagir. (Applaudissements sur les travées du groupe GEST.)

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