Question de M. PERRIN Cédric (Territoire de Belfort - Les Républicains) publiée le 14/05/2026

Question posée en séance publique le 13/05/2026

M. le président. La parole est à M. Cédric Perrin, pour le groupe Les Républicains. (Applaudissements sur les travées du groupe Les Républicains.)

M. Cédric Perrin. Ma question s'adresse à Mme la ministre des armées.

Madame la ministre, plusieurs informations évoquent une offre de l'industriel américain fabricant du F-35 portant sur la vente de lance-roquettes Himars à l'armée de terre française. Ces informations sont-elles exactes ? Si oui, pouvez-vous nous confirmer que vous n'achèterez pas de matériel américain ? (Applaudissements sur les travées du groupe Les Républicains. - M. Pierre Ouzoulias et Mme Michelle Gréaume applaudissent également.)


Réponse du Ministère des armées et des anciens combattants publiée le 14/05/2026

Réponse apportée en séance publique le 13/05/2026

M. le président. La parole est à Mme la ministre des armées et des anciens combattants.

Mme Catherine Vautrin, ministre des armées et des anciens combattants. Monsieur le président Perrin, pas plus tard que mardi dernier, nous avons eu dans cet hémicycle un débat au titre de l'article 50-1 de la Constitution consacré à la loi de programmation militaire (LPM).

À cette occasion, j'ai rappelé que la question de l'artillerie, et singulièrement celle des frappes dans la profondeur, constitue un enjeu absolument majeur pour notre pays.

Il nous faut en effet reconnaître, mesdames, messieurs les sénateurs, qu'après une vingtaine d'années d'investissements assez limités - particulièrement limités, devrais-je dire - pour notre artillerie, nous avons atteint des seuils qui nécessitent des réponses rapides.

Monsieur le président de la commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées, nous avons évoqué ensemble le travail mené actuellement par la direction générale de l'armement (DGA), laquelle coopère avec deux groupements d'entreprises françaises, donc souveraines.

Nous sommes actuellement dans une phase de tests s'agissant de procéder au remplacement du lance-roquettes unitaire (LRU) en tenant compte d'un autre élément tout aussi important, à savoir le nombre de nos équipements.

Le Premier ministre, alors qu'il était ministre des armées, avait déjà apporté une réponse en augmentant le nombre de LRU. Dans le cadre de l'actualisation de la LPM, dont nous débattrons dans quelques jours au Sénat, nous avons décidé de doubler notre parc pour atteindre vingt-six équipements. J'espère que ce matériel sera souverain et je mets tout en oeuvre à cet effet.

Tels sont les éléments que je tenais à partager avec vous, monsieur le sénateur. (Applaudissements sur des travées du groupe RDPI.)

M. Michel Savin. Vous n'avez pas répondu à la question !

M. le président. La parole est à M. Cédric Perrin, pour la réplique.

M. Cédric Perrin. Je vous remercie, madame la ministre, de ces éléments de réponse. Je connais parfaitement votre engagement sur cet enjeu du feu dans la profondeur terrestre, dont les conflits récents ont démontré l'importance, et je mesure l'urgence qu'il y a à posséder de tels moyens.

Dans le contexte stratégique actuel, il est évidemment inconcevable pour notre groupe, comme pour l'ensemble du Sénat, me semble-t-il, que notre pays achète américain pour une capacité aussi cruciale que l'artillerie de longue portée, et ce pour trois raisons très simples.

Premièrement, il est hors de question de placer notre souveraineté militaire sous dépendance américaine. Nous n'éviterons pas les trous capacitaires en achetant américain, car nous ne sommes pas la priorité des États-Unis.

Nous voyons aujourd'hui les conséquences concrètes de cette dépendance chez nos voisins, notamment en Estonie, madame la ministre : les matériels livrés l'ont été avec des restrictions d'emploi - ils sont bridés - et les commandes ont été considérablement retardées, voire, pour certaines, payées mais non livrées, par décision de Washington.

Deuxièmement, les solutions souveraines existent, vous l'avez dit. Dès 2023, le Sénat demandait une réponse souveraine de frappe dans la profondeur. Nous avons les compétences, nous avons les industriels, et les offres semblent concluantes : il vous reviendra de nous l'annoncer très prochainement.

Troisièmement, quel signal enverrions-nous à nos partenaires européens, après avoir défendu l'autonomie stratégique européenne pendant des années ? Comment justifier l'achat d'un système américain au détriment d'une solution possiblement souveraine ? Il y aurait là, évidemment, un reniement politique majeur et une perte totale de crédibilité.

Madame la ministre, je vous le dis solennellement : envisager un achat américain dans le contexte actuel, alors même qu'il existe des alternatives souveraines, serait un très mauvais signal à quelques jours de l'ouverture du salon Eurosatory.

Nous allons bientôt débattre de la LPM ; si nous vous faisons entièrement confiance, il me semblait important de rappeler ces éléments, car une petite musique circule de manière insistante,...

Mme Catherine Vautrin, ministre. Vous êtes mal informé !

M. Cédric Perrin. ... au sein de certains états-majors, en faveur de l'achat de matériel américain... (Bravo ! et applaudissements sur les travées du groupe Les Républicains, ainsi que sur des travées des groupes UC, INDEP, RDSE, SER, GEST et CRCE-K.)

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