Question de M. ROIRON Pierre-Alain (Indre-et-Loire - SER) publiée le 14/05/2026
Question posée en séance publique le 13/05/2026
M. le président. La parole est à M. Pierre-Alain Roiron, pour le groupe Socialiste, Écologiste et Républicain. (Applaudissements sur les travées du groupe SER.)
M. Pierre-Alain Roiron. Monsieur le ministre de l'intérieur, depuis mars dernier, les maires du Rassemblement national multiplient des décisions qui, prises isolément, semblent relever de la liberté d'administration, mais qui, mises bout à bout, dessinent un système idéologique sapant notre héritage républicain.
À Liévin, ville où, voilà cinquante ans, quarante-deux mineurs sont morts au travail, la cérémonie du 1er mai a été annulée au motif que les syndicats seraient d'extrême gauche, comme si célébrer les conquêtes sociales n'était pas une nécessité absolue !
À Vierzon, la commémoration de l'abolition de l'esclavage, instituée par le président Chirac, a été annulée pour faire des économies par des élus qui, dans le même temps, augmentaient leurs indemnités.
À Carcassonne, les associations et la presse locale ont vu leurs subventions supprimées pour cause de divergences politiques.
Les exemples sont multiples.
Sur les frontons de ces hôtels de ville, les drapeaux européens tombent. Nos mairies ne sauraient être des officines de propagande ; elles sont le premier espace de la mémoire collective, le lieu où le vivre ensemble prend corps, où les valeurs de la République - liberté, égalité, fraternité - sont inscrites.
Cette démolition méthodique de ce que nous avons patiemment construit depuis des siècles, menée à l'échelon local, brique par brique, nous oblige au sursaut.
Monsieur le ministre, quand l'État se tait, il cautionne. Aussi, je vous pose une question simple : quelles instructions transmettez-vous au corps préfectoral pour que la République ne recule pas dans ses propres communes ? (Applaudissements sur les travées du groupe SER, ainsi que sur des travées des groupes GEST et CRCE-K.)
Réponse du Ministère de l'intérieur publiée le 14/05/2026
Réponse apportée en séance publique le 13/05/2026
M. le président. La parole est à M. le ministre de l'intérieur.
M. Laurent Nunez, ministre de l'intérieur. Monsieur le sénateur Roiron, les événements que vous citez ne nous ont évidemment pas échappé, qu'il s'agisse des faits survenus le 1er mai ou de la situation observée à Vierzon, où le maire a refusé d'organiser les commémorations de l'abolition de l'esclavage - crime reconnu comme tel, faut-il le rappeler.
La plupart de ces manifestations relèvent malheureusement d'usages et non d'obligations légales. Nous appliquons la loi, rien que la loi, sous la vigilance des préfets. Il y a des obligations, à l'instar du pavoisement des édifices publics, auquel nous veillons, et il y a des usages, des traditions.
Les préfets formulent des remarques - croyez-moi, là encore, nous y veillons - et tous les faits que vous évoquez sont signalés au ministère de l'intérieur.
Vous avez raison de le souligner, ces procédés, ces façons de faire, en disent long sur l'adhésion des élus concernés aux principes mêmes de la République. Voilà ce que je suis en mesure de vous indiquer.
Étant moi-même originaire du département du Cher et connaissant bien la ville de Vierzon, je vous confie avoir reçu comme une blessure personnelle qu'un maire, pour des raisons financières, puisse renoncer à organiser une cérémonie pour commémorer l'abolition de l'esclavage. C'est un problème !
Malheureusement, les préfets ne sont là que pour faire appliquer la loi.
Il y a les obligations légales, mais il y a aussi les usages républicains, la tradition républicaine, qu'il convient de respecter. Je le répète, ce qui s'est passé dans les communes que vous citez, notamment à Vierzon, en dit long sur l'adhésion aux principes républicains d'un certain nombre d'élus appartenant à ces formations politiques. Vous noterez d'ailleurs que le maire de Vierzon se revendique apolitique. En tout cas, il est manifestement engagé ; et, ce jour-là, cet engagement l'a très largement éloigné du respect des principes et des valeurs de la République. (Applaudissements sur les travées du groupe RDPI, ainsi que sur des travées du groupe SER - M. Akli Mellouli applaudit également.)
M. le président. La parole est à M. Pierre-Alain Roiron, pour la réplique.
M. Pierre-Alain Roiron. Monsieur le ministre, pendant que vous réaffirmez votre attachement aux valeurs de la République, à Carpentras et à Canet-en-Roussillon, c'est Maréchal, nous voilà ! qui résonne lors des commémorations du 8 mai... Par erreur, nous dit-on, mais, décidément, le hasard fait doublement les choses !
Pendant ce temps, les drapeaux européens tombent. Or chaque drapeau décroché est un signal de bienvenue adressé à Vladimir Poutine et un soutien offert à Donald Trump dans son entreprise de démantèlement de l'Europe. (Applaudissements sur les travées du groupe SER, ainsi que sur des travées du groupe GEST. - Mme Sophie Primas applaudit également.)
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