Question de M. BLEUNVEN Yves (Morbihan - UC) publiée le 14/05/2026

Question posée en séance publique le 13/05/2026

M. le président. La parole est à M. Yves Bleunven, pour le groupe Union Centriste. (Applaudissements sur les travées du groupe UC.)

M. Yves Bleunven. Madame la ministre de l'agriculture, depuis des mois, le Gouvernement nous parle de souveraineté alimentaire et de patriotisme économique.

Or, pendant que nos agriculteurs travaillent, investissent et se battent pour maintenir à flot leurs exploitations, d'autres s'organisent méthodiquement pour affaiblir notre agriculture.

Désormais, les faits sont connus : l'élevage français est victime d'actions d'ingérence et de déstabilisation soutenues par des intérêts étrangers, notamment américains, pour ne pas les nommer. En 2020, l'association L214 indiquait avoir reçu plus de 1 million d'euros de subventions de la part d'Open Philanthropy. En 2025, on évoque désormais 5 millions de dollars de subventions américaines.

Soyons lucides : il est évident que nos concurrents se servent de ces associations écologistes radicales et anti-élevage. Ils ont parfaitement compris qu'affaiblir notre élevage revenait à saper notre souveraineté alimentaire et notre capacité de production.

M. Vincent Louault. Excellent !

M. Yves Bleunven. Le plus sidérant, madame la ministre, c'est que l'État participe lui-même à ce système, car ces associations bénéficient également en France de mécanismes de défiscalisation des dons représentant plusieurs millions d'euros.

Autrement dit, cela revient à subventionner directement l'agri-bashing, et indirectement les actions d'ingérence et de déstabilisation étrangères.

Accepterions-nous que des intérêts étrangers financent des campagnes pour affaiblir notre industrie automobile, notre aéronautique ou notre défense ? Évidemment non ! Dès lors, pourquoi l'accepter pour notre agriculture ?

La vérité, madame la ministre, c'est qu'il existe aujourd'hui une contradiction insupportable : on ne peut pas prôner la souveraineté alimentaire le matin et, l'après-midi, subventionner ceux qui organisent le recul de notre production.

Ma question est double.

Premièrement, avez-vous eu vent de ces opérations d'ingérence étrangère, et comment comptez-vous y répondre ?

Deuxièmement, pouvons-nous accepter que nos dispositifs d'aide aux associations subventionnent des acteurs oeuvrant contre nos intérêts économiques et souverains ? (Bravo ! et applaudissements sur les travées des groupes UC et INDEP, ainsi que sur des travées des groupes Les Républicains et RDSE.)


Réponse du Ministère de l'agriculture, de l'agro-alimentaire et de la souveraineté alimentaire publiée le 14/05/2026

Réponse apportée en séance publique le 13/05/2026

M. le président. La parole est à Mme la ministre de l'agriculture, de l'agroalimentaire et de la souveraineté alimentaire.

Mme Annie Genevard, ministre de l'agriculture, de l'agroalimentaire et de la souveraineté alimentaire. Monsieur le sénateur Yves Bleunven, je partage votre indignation. Je ne supporte pas davantage que vous que l'on mette en cause les agriculteurs, ceux qui travaillent dur pour nous nourrir, et singulièrement nos éleveurs, dont on stigmatise l'activité, les modes de production, voire le fait même qu'ils existent et élèvent des animaux pour nous nourrir. C'est insupportable !

Or des associations en ont fait profession. Elles font de l'entrisme dans nos écoles en diffusant des documents auprès des élèves. Il y a là un point d'inquiétude que je partage avec mon collègue ministre de l'éducation nationale, et j'alerte sur la particulière gravité de ces agissements.

Vous le savez, nous sommes dans un État de droit, dans une démocratie où la liberté d'association et la liberté d'expression sont des droits garantis par la Constitution. Néanmoins, ces droits n'autorisent pas tout, a fortiori lorsque les associations concernées bénéficient de financements publics par le biais de la défiscalisation des dons.

La solidarité nationale ne saurait s'exercer au détriment de nos intérêts souverains et stratégiques ; or notre agriculture est un pan essentiel de notre souveraineté. Vous posez donc une question légitime ; D'autres parlementaires l'ont d'ailleurs formulée en déposant des amendements dans le cadre de l'examen du projet de loi de finances.

Vous posez également la question de l'entrisme de puissances étrangères trouvant intérêt à agir en soutenant des opposants à l'élevage dans notre pays. Cette question est tout aussi légitime que la précédente et mérite d'être instruite soigneusement, scrupuleusement.

Je ne dispose pas aujourd'hui d'éléments précis à vous communiquer, mais votre interrogation est fondée. On a vu, dans le passé, des instances étrangères oeuvrer pour discréditer tel ou tel secteur de notre économie. Or la France est un immense pays d'élevage, le plus important de l'Union européenne. Dès lors, des intérêts offensifs s'exercent sans doute contre nous. Il convient néanmoins de ne pas porter d'accusations à la légère et de documenter ces agissements.

La question est en tout cas légitime, je le répète, et je vous remercie de l'avoir soulevée.

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